lundi 7 octobre 2019

Ulysse 31 en blu-ray : les dix commandements (7 & 8)

Suite de notre grand feuilleton : les dix commandements à suivre pour faire une édition d'Ulysse 31 en blu-ray qui soit à la hauteur des attentes et qui corrige les erreurs du passé.

Les premiers commandements étaient :
1. D'une source argentique tu partiras
2. L'étalonnage tu soigneras
3. L'épisode pilote tu proposeras
4. Tu n'abuseras point de la compression
5. Tu ne zoomeras point
6. La version en 156 épisodes tu proposeras


7. Avant le premier épisode, point de résumé ne mettras

C'est l'une des petites bêtises qui agacent depuis qu'Ulysse 31 existe en DVD et qui n'a jamais été corrigée : au début du premier épisode, avant le générique, il NE doit PAS y avoir le résumé du premier épisode !
« Le trente-et-unième siècle. C'est parce qu'Ulysse avait terrassé le Cyclope, et ainsi sauvé Télémaque, Thémis et Noumaïos, que les dieux de l'Olympe imaginèrent cette terrible vengeance… »

Ce résumé, cher à la mémoire de tous les amateurs d'Ulysse 31, a été conçu pour que le spectateur qui a raté le début de l'aventure puisse prendre la série en cours de route. Il doit donc être présent au début de chaque épisode de 26 minutes… à partir du second épisode seulement.

Rappelons aussi que dans la version en 156 épisodes de 5 minutes, il n'y a pas de résumé du tout.


8. Les génériques point ne négligeras

Cela peut sembler une évidence, mais ça va mieux en le disant : concernant les génériques français de début et de fin, le spectateur doit pouvoir choisir entre les chansons correspondant à la première diffusion (interprétées par Lionel Leroy), et la chanson correspondant à la majorité des rediffusions à partir de 1983 (« Ulysse revient », interprétée par Jacques Cardona). Cela vaut aussi bien pour les génériques longs de la version en 26 épisodes que pour les génériques abrégés de la version en 156 épisodes.

 

Parlons maintenant de l'image. Dans toutes les éditions commercialisées par IDP depuis vingt ans, le générique de début est miné par deux problèmes :
– master vidéo médiocre, avec ces images pâles et légèrement bleutées, loin des couleurs éclatantes que l'on a pu voir à la télévision ; d'ailleurs le générique japonais proposé en bonus dans l'édition Premium est déjà infiniment meilleur ;
– partant de ce mauvais master, IDP a dégradé encore ce générique par trop de compression ; cela génère, dans presque tous les plans, les « images fantômes » dont nous avons déjà parlé.

Le générique de fin, sans doute parce que le matériel disponible était de piètre qualité, n'est guère mieux loti. Et pour ne rien simplifier, il en existe deux versions : dans la seconde version, les textes ont été refaits, avec quelques fautes de frappe, et surtout, le texte est différent pour les crédits musicaux (les mentions « Osmond Studios » et « Editions Radmus New-York » ont été ajoutées ; il est probable que cet ajout soit la raison pour laquelle ce nouveau générique de fin a été créé, à une date que j'ignore, 1983 peut-être).

Ce second générique est celui qui a été utilisé dans les éditions VHS des années quatre-vingt, certaines rediffusions télévisées, ainsi que les premières éditions vidéo commercialisées par IDP : cassettes VHS en 1999, puis DVD en 2002. On reconnaît cette version à sa luminosité nettement trop forte, comme une photo surexposée, brûlée par endroit, et aux crédits contenant des fautes (« Adanov » au lieu de « Adamov », « Polidor » au lieu de « Polydor »).

Version refaite
présente en VHS et sur la 1re édition DVD
Version d'origine
présente sur les éditions DVD de 2005 et 2007


Depuis 2005, IDP nous gratifie d'un nouveau master, conforme au générique de la première diffusion télévisée, mais l'image est sombre et mal définie… c'est à peine mieux. Et… au lieu d'être coupée à droite, l'image est coupée à gauche.

Version refaite
(édition DVD de 2002)
Version d'origine
(éditions DVD de 2005 et 2007)

Quand on compare ces différentes captures d'écran, on se rend compte qu'aucune des versions n'est satisfaisante. En 2002, il manque une partie du robot jaune, que l'on récupère en 2005, mais alors c'est le visage de Thémis qui est rogné ; et dans les deux cas, les traits des personnages sont indistincts et le titrage peu lisible.

Enfin, il ne faut pas oublier d'intégrer les génériques courts, ceux qui correspondent à la version en 156 épisodes (générique de début : 46 secondes ; générique de fin avec la mention « à suivre » : 18 secondes).

À ce jour, cet écran mythique reste inédit en VHS et en DVD.

Ce n'est pas tout ! Dans toutes les éditions DVD, il manque les dernières secondes du générique de fin. Voici un montage réalisé à partir d'un DVD auquel j'ai ajouté les secondes manquantes, provenant d'une vieille édition VHS.


La moindre des choses, sur une réédition, serait que ce générique soit enfin proposé en entier, sans coupure.

La morale de tout cela, c'est qu'il y a, en apparence, un énorme travail à faire pour restituer aux génériques d'Ulysse 31 leur splendeur perdue. En réalité, si les précédents commandements sont respectés (partir d'une source pellicule, soigner l'étalonnage, ne pas zoomer), les choses vont, si l'on peut dire, se faire naturellement. Il ne faut simplement pas oublier, comme ce fut le cas lors de l'édition Premium, que les génériques font partie intégrante de l'œuvre — oubli d'autant plus dommageable que ces génériques ont joué un rôle considérable dans le succès d'Ulysse 31 et dans son accession au rang de classique.



Suite des dix commandements :
9. La version japonaise tu proposeras
10. Le droit d'auteur tu respecteras

© Hervé Lesage de La Haye, octobre 2019.

samedi 21 septembre 2019

Ulysse 31 en blu-ray : les dix commandements (5 & 6)

Suite de notre grand feuilleton : les dix commandements à suivre pour faire une édition d'Ulysse 31 en blu-ray qui soit à la hauteur des attentes et qui corrige les erreurs du passé.

Les premiers commandements étaient :
1. D'une source argentique tu partiras
2. L'étalonnage tu soigneras
3. L'épisode pilote tu proposeras
4. Tu n'abuseras point de la compression


5. Tu ne zoomeras point

Depuis les premières diffusions d'Ulysse 31, nous sommes habitués à voir des master vidéo dans lesquels l'image a été zoomée. Si l'on compare les photogrammes qui apparaissent sur la pellicule 35 mm et les images issues des différentes éditions DVD, on constate, en effet, que le cadre original a été fortement resserré.


Les parties de l'image qui manquent sur le DVD apparaissent ici en négatif.

D'ailleurs, dans le générique de fin, l'image actuellement proposée en DVD est à ce point zommée qu'un nom sort du cadre et perd sa dernière lettre !

Dans le générique de fin, le nom de Motoyoshi Tokunaga est coupé.

Une restauration à partir de la pellicule permettrait, enfin, de profiter de l'image dans sa totalité. Sa totalité, ça veut dire offrir l'image telle quelle, sans modifier le cadrage, et non pas, comme l'a fait Procidis pour Il était une fois... l'homme et Il était une fois... la vie, ouvrir le cadre à gauche et à droite mais le fermer en haut et en bas, avec l'objectif de transformer une image de proportions 4/3 en image approchant du 16/9.

Ce sixième commandement en contient donc un autre : tu ne recadreras point.


6. La version en 156 épisodes tu proposeras

On l'a un peu oublié, mais initialement, la série Ulysse 31 a été diffusée à la télévision sous forme d'un court feuilleton quotidien, constitué de 156 épisodes de 5 minutes. Ceux qui ont vécu cette expérience peuvent témoigner de l'intense suspense que cela engendrait, et je ne suis pas loin de penser que cet épisode quotidien d'Ulysse d'une brièveté redoutable a beaucoup contribué au succès de la série, en l'installant dans la vie quotidienne des jeunes spectateurs et en transformant chaque journée en une longue attente, l'attente de la suite du feuilleton.

Source : http://greniertv.over-blog.com

Est-il possible de revivre cette expérience aujourd'hui, de la recréer chez soi pour une nouvelle génération de jeunes spectateurs ? Non. Les épisodes sont désespérément figés dans leur carcan de 26 minutes, et le fameux écran « à suivre » a totalement disparu.

Pour autant, est-ce une fatalité ? Absolument pas. Aujourd'hui (et, en fait, depuis que le DVD existe) la technique permettrait tout à fait de laisser le choix : visionner Ulysse 31 sous forme de 26 épisodes complets, ou bien sous forme d'un feuilleton de 156 mini-épisodes. Sur un DVD comme sur un disque Blu-Ray, en effet, la technique dite du seamless branching (qu'on pourrait traduire par « aiguillage automatique ») permet d'offrir sur un même support plusieurs versions de la même œuvre (par exemple, la version cinéma et la version longue du même film). Avant de commencer le visionnage, on indique son choix à l'aide d'un menu, et la machine fait le reste.

Un éditeur avisé pourrait donc proposer les deux versions d'Ulysse 31 ; la principale conséquence, c'est qu'il faut restaurer également les génériques ultra-courts (début et fin) qui accompagnent chaque épisode de 5 min. N'est-ce pas cela, le principe même d'une restauration : permettre de revoir une œuvre telle qu'elle a été vue initialement ?



Suite des dix commandements :
7. Avant le premier épisode, point de résumé ne mettras
8. Les génériques point ne négligeras
9. La version japonaise tu proposeras
10. Le droit d'auteur tu respecteras

© Hervé Lesage de La Haye, septembre 2019.

jeudi 5 septembre 2019

Ulysse 31 en blu-ray : les dix commandements (3 & 4)

Suite de notre grand feuilleton : les dix commandements à suivre pour faire une édition d'Ulysse 31 en blu-ray qui soit à la hauteur des attentes et qui corrige les erreurs du passé.

Les deux premiers commandements étaient :
1. D'une source argentique tu partiras
2. L'étalonnage tu soigneras


3. L'épisode pilote tu proposeras

C'est le bonus que tout le monde attend depuis bientôt quinze ans. Il est incontournable.

A ce jour, il n'a jamais été vu autrement que sur Internet, sous la forme d'une copie japonaise très dégradée et de faible définition. Une seule et unique fois, il a été montré lors d'une projection publique, au festival Les Utopiales de Nantes, le 30 octobre 2016, mais le master n'était guère meilleur.

En fait, pour une série comme Ulysse 31 que tous les amateurs possèdent déjà en DVD, la présence de cet épisode constituerait l'une des seules vraies bonnes raisons pour mettre de nouveau la main au porte-monnaie.

Il doit donc être présent, avec une qualité d'image équivalente à celle de la série elle-même, c'est-à-dire en haute-définition, restauré à partir du matériel 35 mm d'origine. Il doit être proposé dans sa version française ET sa version japonaise sous-titrée, car les deux bandes-son comportent des différences considérables.

Attention ! le montage français et le montage japonais ne sont pas absolument identiques. Il appartiendra à la personne chargée de l'authoring, c'est-à-dire la confection des supports (blu-ray, DVD) d'en tenir compte. Rappelons que la technique du « seamless branching » permet de proposer sur un même disque deux montages différents du même film, sans qu'il soit nécessaire de doubler l'espace de stockage.

 


4. Tu n'abuseras point de la compression

Il est loin de temps où, sur un cassette VHS, chaque image d'un programme audiovisuel était stockée à égalité avec les autres. Aujourd'hui, les formats vidéo de grande diffusion (DVD, Blu-Ray, mais aussi certains formats de streaming) reposent sur la compression des données et notamment, sur un principe étonnant, celui des images-clefs (keyframes). Cela veut dire que sur votre DVD, certaines images de la vidéo sont stockées telles quelles et que les images intermédiaires sont stockées sous forme de données partielles, puis reconstituées.

Cette technologie a fait ses preuves, mais elle implique un travail : la fabrication d'un DVD passe par une étape technique où il faut choisir un équilibre entre la capacité du disque et la quantité d'informations que l'on souhaite y stocker ; cette quantité varie en fonction de la durée de la vidéo, du nombre de bandes-sonores proposées, mais aussi de qualités intrinsèques au film lui-même : brièveté des plans, rapidité du montage, mouvements de caméra vont augmenter la masse de données à traiter.

Qui dit « choix » dit possibilité de se tromper et toutes les éditions DVD d'Ulysse 31 à ce jour le prouvent, malheureusement.

Depuis 2005, le corps même des épisodes est relativement préservé ; le générique de début ainsi que le résumé qui lui sert de prologue, en revanche, sont gravement affectés par une compression excessive et c'est immédiatement visible : la totalité de ces séquences sont peuplées d'images fantômes, c'est-à-dire d'un défaut qui fait apparaître à l'image, en superposition, des éléments (généralement, des contours) qui proviennent de l'image précédente. Ces fantômes sont fugitifs, car le montage est rapide, mais l'oeil peut les saisir au passage. Lorsque l'on fait un arrêt sur image, ça devient un véritable festival ; on peut ainsi admirer un Télémaque avec quatre yeux…

Vous pouvez cliquer sur chaque image pour l'agrandir et faire la chasse aux fantômes.


Suite des dix commandements :
5. Tu ne zoomeras point
6. La version en 156 épisodes tu proposeras
7. Avant le premier épisode, point de résumé ne mettras
8. Les génériques point ne négligeras
9. La version japonaise tu proposeras
10. Le droit d'auteur tu respecteras

© Hervé Lesage de La Haye, septembre 2019.

vendredi 30 août 2019

Ulysse 31 en blu-ray : les dix commandements (1 & 2)

Comme je l'ai récemment annoncé sur la page Facebook Génération Ulysse 31, une édition d'Ulysse 31 sur support blu-ray est actuellement préparation chez un éditeur français.

La nouvelle a de quoi soulever l'enthousiasme. Elle a, aussi, de quoi inquiéter, car dans le domaine de l'édition de séries animées anciennes, les expériences malheureuses ne manquent pas. Et pour ce qui concerne Ulysse 31, les précédentes éditions sur support DVD (trois éditions successives ont paru depuis 2002 !) ne sont pas irréprochables, loin s'en faut.

C'est pourquoi je propose d'énoncer les dix commandements que cet éditeur devrait suivre s'il veut que cette réédition soit une réussite et que cette réussite devienne un événement.

Aujourd'hui, les deux premiers commandements, qui portent principalement sur l'image !


1. D'une source argentique tu partiras

Négatif 35 mm du premier épisode
La série Ulysse 31 a été, comme les autres productions du studio TMS de la même époque, photographiée sur film 35 mm. C'est le cas, également, de son épisode pilote réalisé en 1980.

Aujourd'hui, une réédition d'Ulysse 31 n'a de sens que si un nouveau master numérique est fabriqué à partir de la meilleure source analogique disponible, donc, dans l'idéal, le négatif 35 mm, propriété de TMS et vraisemblablement conservé dans un laboratoire japonais. Le négatif original, s'il a été stocké dans le bonnes conditions, mérite les honneurs d'un scan image par image au standard 4K.

Si le négatif n'est pas accessible ou s'il a subi les outrages du temps, il reste la solution de se rabattre sur un tirage 35 mm positif ou sur les copies d'exploitation 16 mm qui étaient fournies aux chaînes de télévision à l'époque. Dans ce cas, un scan au standard 2K s'impose.

Négatif 16 mm de Nérée
Toute autre solution, notamment celle qui consisterait à fabriquer un master haute définition (HD) à partir d'une source vidéo en définition standard (comme l'a fait Kazé pour Les Mystérieuses cités d'or) serait un gâchis ; et la commercialisation sur un support HD (disque blu-ray ou VOD) qui proviendrait de cette source relève de ce que l'on appelait autrefois le gonflage et frôlerait l'escroquerie.

Par ailleurs, à partir du moment où l'on utilise comme source un support analogique comme un film 16 ou 35 mm, il faut en respecter les qualités propres. J'entends par là, ne pas chercher à effacer le grain en appliquant sauvagement des filtres de type DNR simplement parce que notre œil n'est pas habitué à voir la série sous cette forme : cette image en haute définition est son apparence d'origine ; effacer le grain pour lui restituer l'apparence qui nous est familière, c'est-à-dire l'apparence dégradée des masters vidéos postérieurs, serait un contresens absolu.

Un mot sur le son. Les films d'Ulysse 31 étaient en « double bande », c'est-à-dire qu'à chaque bobine image correspond une bobine magnétique de même format contenant le son : sur ces photos, je donne un aperçu des films 35 et 16 mm n'ont pas de piste sonore.

Positif 16 mm du générique
Pour que la qualité sonore du blu-ray soit la meilleure possible, il faut repartir de la source magnétique la plus ancienne possible (monter le plus possible en amont de la chaîne de fabrication, pour éviter de numériser une copie de copie de copie... dont le signal est dégradé).

Dans les deux dernières éditions DVD parues chez IDP, il subsiste des défauts dans la bande-son, comme le tout début de l'épisode Ulysse rencontre Ulysse (on entend de façon nette que la musique de fond est dégradée, comme lorsqu'une bande audio subit des variations dans sa vitesse de déroulement). Ces défauts, espérons-le, seront absents du master utilisé pour le blu-ray.


2. L'étalonnage tu soigneras

Depuis 2005, la qualité d'image proposée sur les DVD publiés chez IDP est globalement bonne... mais la luminosité, le contraste et les couleurs varient fortement d'un épisode à l'autre. Et sur la quasi-totalité de la série, le contraste est poussé trop loin : certains plans de Sisyphe sont extrêmement sombres, presque indistincts. Et comme l'a souligné Olivier Putschkar il y a déjà longtemps, la comparaison avec les VHS japonaises permettent de se rendre compte que dans nos masters français, beaucoup de décors se perdent dans la pénombre alors qu'ils sont visibles pour les spectateurs japonais.

Finalement, si l'on met côte à côte les écrans-titre de chacun des 26 épisodes (écrans qui devraient avoir une apparence absolument identiques, puisqu'ils présentent la même image), le résultat est confondant : il existe des variations considérables d'un épisode à l'autre en termes d'étalonnage.

Il faut souhaiter que ce problème ne soit plus qu'un mauvais souvenir dans l'édition blu-ray qui se prépare. Pour éviter cet écueil, je fais cadeau à l'éditeur d'un outil tout simple : placer les 26 écrans-titres côte à côte et voir si des disparités se font jour. S'il y en a effectivement, c'est que le travail n'est pas terminé. (Et vous jugerez, ci-dessous, si dans les DVD actuels le travail d'IDP sur l'image était terminé ou pas.)


Suite des dix commandements :
3. L'épisode pilote tu proposeras
4. Tu n'abuseras point de la compression
5. Tu ne zoomeras point
6. La version en 156 épisodes tu proposeras
7. Avant le premier épisode, point de résumé ne mettras
8. Les génériques point ne négligeras
9. La version japonaise tu proposeras
10. Le droit d'auteur tu respecteras

© Hervé Lesage de La Haye, août 2019.

lundi 26 août 2019

Atlantide !

Dans le cadre de la belle exposition « Scientifiction, Blake et Mortimer au musée des Arts et Métiers », j'ai l'honneur d'être invité à donner une conférence le 13 septembre prochain.

Il sera question de Blake et Mortimer et de l'album L'Énigme de l'Atlantide, bien sûr, mais aussi de Platon, et de trois dessins animés qui ont donné une lecture particulière du mythe de l'Atlantide : Il était une fois… l'espace, Les Mystérieuses cités d'or et Les Mondes engloutis.

L'entrée est gratuite, mais la réservation conseillée :
https://www.arts-et-metiers.net/musee/latlantide  
 
Hervé de La Haye
 

 
Conférences et débats - Scientifiction, Blake et Mortimer au musée des Arts et Métiers
L'Atlantide
Vendredi 13 septembre de 19h à 20h30
Amphi Abbé Grégoire
Accès 60 rue Réaumur, Paris 3e

mardi 23 juillet 2019

Quand Didier Barbelivien chantait un générique des Mondes engloutis

La série animée française Les Mondes engloutis, diffusée à la télévision entre 1985 et 1987, a marqué une génération de spectateurs. Elle se distinguait, notamment, par la qualité de sa musique, composée par Vladimir Cosma. La chanson du générique, composée par Cosma sur un texte de Nina Wolmark (créatrice de la série, et auteur des scénarios et dialogues), était interprétée par le groupe Mini-Star, et a remporté un succès considérable.

Mais avant que Vladimir Cosma soit choisi, d'autres compositeurs ont proposé des maquettes de chansons, dans l'espoir d'écrire la musique de la série. Il y eut, tout d'abord, Haïm Saban et Shuki Levy (à qui l'on doit notamment les musiques des Mystérieuses cités d'or et des Maîtres de l'univers). D'après la légende, Jean-François Porry et Gérard Salesses, auteurs-compositeurs de Dorothée, ont également été approchés (mais j'ignore si une maquette a survécu).

De manière plus inattendue, peut-être, le chanteur Didier Barbelivien, auteur-compositeur de certains des plus grands succès de l'époque (il a signé d'innombrables tubes, pour C. Jérôme, Philippe Lavil, Gilbert Montagné...), a enregistré une proposition de chanson pour le générique des Mondes engloutis. En 1984, il a composé la musique du film Viva la vie, de Claude Lelouch et souhaite sans doute se faire une place en tant qu'auteur de musique pour l'écran. En tout cas, il écrit, compose et enregistre une chanson, « Shagma », qui est un projet de générique et de thème principal pour la série. Malheureusement, cet essai ne convainc pas, et Didier Barbelivien n'est pas retenu. La chanson tombe aux oubliettes.

Trente-cinq ans plus tard, elle a survécu : je viens d'en découvrir une copie. L'artiste a-t-il conservé le master de ce titre ? Ce n'est même pas certain.

Je vous propose aujourd'hui d'en découvrir une petite minute d'extrait, ainsi que son texte complet.


Cette chanson sera-t-elle, un jour, intégrée à une réédition collector de la bande originale des Mondes engloutis ? Impossible à dire. En tout cas, elle s'ajoute à la liste déjà longue des musiques inédites de ce dessin animé.



Shagma

Dans la cité d’Arkadia
Le soleil s’appelle Shagma
Shagma, Shagma, Shagma, Shagma

Et Shangor et Shangora
Rêvent de sauver le Shagma
Shagma, Shagma, Shagma, Shagma

  Terre, soleil, pluie, rivières…
  Ciel, étoiles, fleurs, lumières…

  Shagma, Shagma, tu guériras !
  Shagma, Shagma, tu revivras !
  Shagma, Shagma, tu brilleras !

N’oublie jamais, Arkana,
Qu’il faut garder le Shagma
Shagma, Shagma, Shagma, Shagma

Et d’aventures en exploits
Tu te battras pour Shagma
Shagma, Shagma, Shagma, Shagma

  [Refrain]

Et la cité d’Arkadia
Un beau matin renaîtra
Shagma, Shagma, Shagma, Shagma

  [Refrain ad lib]


Paroles et musique : Dider Barbelivien
Date : inconnue (fin 1984-début 1985)
Durée : 3 min 08
© Hervé Lesage de La Haye, juillet 2019.
Paroles et musique de « Shagma » : © DR.

jeudi 8 novembre 2018

Les cinquante ans de 2001, ou Retour des Utopiales

2001 : l'odyssée de l'espace, sorti aux États-Unis en avril 1968 (le 27 septembre 1968 en France) a cinquante ans. Un demi-siècle, pour un film sur le futur, c'est beaucoup. Pourtant, le légendaire bon film de science-fiction imaginé par Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke tient le choc du temps qui passe, et il suffit de le revoir pour s'en convaincre. Il reste, également, absolument fidèle à ce qu'en disait le critique Michel Ciment : un film qui « exige et défie en même temps l'analyse ».

Je rentre tout juste du festival des Utopiales, à Nantes, où j'ai eu la chance d'être convié pour contribuer à célébrer cet anniversaire. Ce fut d'abord, vendredi 2 novembre au matin, une table ronde en compagnie de Marc Caro et d'Olivier Cotte, sous le feu des questions de Philippe Guedj. On en trouve un extrait conséquent sur Youtube, avec ce moment assez fantastique où Olivier Cotte explique, ce qui est vrai, que son chien adore 2001 (et pourquoi). Mes deux comparses ont assez magnifiquement su mêler la légèreté du ton et la pertinence du propos, moi un peu moins (si seulement j'avais su que les calembours étaient autorisés…! ceux qui me connaissent comprennent très bien ce à quoi les Utopiales ont échappé). Cette table ronde est également évoquée sur le blog En attendant Nadeau.


Puis, le soir du même jour, j'ai eu le plaisir et l'honneur de présenter, seul, dans le cadre de l'université éphémère des Utopiales, une conférence d'une heure et demie qui s'intitulait « Le corps secret et musical de 2001 » et dont l'argument était le suivant :
2001 a marqué les esprits par son utilisation singulière de la musique, mélange de pièces classiques et contemporaines. Pourtant, une partition originale avait été commandée au compositeur Alex North. À quoi le film aurait-il ressemblé si Kubrick avait emprunté cette voie ? Quels autres choix a-t-il envisagés ? Hervé de La Haye vous invite à imaginer, à entendre et à entrevoir ces mille autres 2001.
Cela s'est fort bien passé et je remercie, chaleureusement, celles et ceux qui se sont déplacés pour cette longue immersion dans les différentes partitions musicales de 2001. Seul bémol (en musique, il en faut) : entre 14 pages de notes, de nombreux extraits audio et plus de 50 minutes d'extraits vidéo, je n'ai évidemment pas pu aller au bout de mon exposé (c'était prévu ainsi, cela n'est pas grave, j'ai privilégié une forme plus vivante qu'un « cours » un peu professoral qui m'aurait permis de tout dire mais sans doute aussi d'endormir l'auditoire).

Toujours est-il que je m'interroge à présent sur ce que je peux faire de ce travail. Outre la préparation proprement dite, qui m'a mobilisé pendant des semaines, il s'agit de l'aboutissement de dix ou douze années de recherches ; et il y a quelques documents rarissimes que j'aimerais montrer.

Mais je ne sais pas encore sous quelle forme je peux diffuser tout cela : entre faire deux heures de vidéo sur Youtube ou bien publier ici un article interminable, je me demande ce qui serait le pire. L'une des difficultés, ce sera de montrer (puis-je le faire ?) les passages du film que j'ai remontés avec d'autres musiques. Je doute fort que Warner et les ayant-droit de Kubrick (pour des raisons que je conçois) m'autorisent à mettre en ligne d'énormes morceaux du film sous une forme modifiée. Il faut que je réfléchisse encore un peu à la meilleure manière de procéder. (Il y a toujours la solution qui constiste, pour ne pas essuyer un refus, à ne surtout pas demander ; mais Christiane Kubrick, Katharina Kubrick-Hobbs ou Jan Harlan ne sont pas des gens que j'ai envie de traiter par le mépris.)


Je veux profiter de ce billet pour dire le bonheur assez rare qu'a constitué pour moi cette édition 2018 des Utopiales. Les conférences, tables rondes, expositions dont j'ai été public m'ont constamment intéressé, stimulé, ému. Plus encore, les rencontres en cascade qui ont donné toute leur saveur à ces trois journées nantaises font les meilleurs souvenirs et, dans un exercice probablement narcissique mais absolument sincère, je veux citer les plus belles, les plus sympathiques, les plus enrichissantes.

Il y a eu, d'abord, les multiples conversations, parfois brèves, parfois développées, qui se sont nouées comme de jolis impromptus autour d'un café, à tous moments de la journée, petit déjeuner compris ; je pense en particuliers aux moments de calme avant la fièvre des conférences que j'ai partagés avec le talentueux Lloyd Chéry, mais également avec Laurent Genefort, qui a évoqué avec passion et clarté ses travaux en cours, avec Jean-Daniel Brèque qui m'a donné, quelques heures avant d'entrer en scène pour célébrer Theodore Sturgeon, quelques indications précieuses, avec Élodie Serrano qui m'a fait l'honneur de m'accueillir sur un coin de table, un vendredi matin où les places étaient chères, mais aussi à Anouk Arnal et Éric Picholle qui m'ont tenu compagnie dans les brumes mentales d'un petit matin, sans oublier Lloyd Chéry (de nouveau) et Laurent Whale dans les brumes mentales du matin suivant.

Je veux saluer aussi les compagnons des déjeuners et dîners à la cantine du festival, occasion de se détendre entre deux conférences, de faire parfois le debrief des conférences passées ou de passer en revue celles qui arrivent, de lancer de nouveaux sujets de réflexion, et (éventuellement) de ne parler de rien, ce qui est un luxe exceptionnel ; salut, donc, à Mathias Echenay, Philippe Curval, Gérard Klein, Sylvie Lainé, ainsi qu'aux indispensables Simon Bréan et Matthieu Walraet, présents comme en écho à nos déjeuners du lundi un peu loin dans l'espace et le temps ; et merci au toujours surprenant Xavier Mauméjean pour m'avoir fort à propos signalé un film dont j'ignorais tout (L'Opération diabolique, de John Frankenheimer).

Ma gratitude va à Olivier Cotte pour son soutien technique tout autant qu'amical, à Antoine Mottier pour la même raison, ainsi qu'à Jeanne-A Debats sans qui nous ne serions pas tous à Nantes et moi, en tout cas, certainement pas.


Il eût fallu que je cite ensuite des personnes dont j'ignore le nom. Celles de l'accueil, d'abord, qui ont toujours résolu tous les problèmes même les plus graves (besoin urgent d'un bic et d'un stabilo pour finir de préparer un texte, besoin d'un ticket repas). Et les personnes anonymes qui m'ont fait le cadeau de venir discuter de 2001 le jeudi soir et le vendredi, parfois au hasard de nos déplacements dans la Cité des congrès ; celles et ceux à qui j'ai promis de communiquer des éléments (informations, vidéos, partitions…), j'attends votre email.

Enfin et surtout, peut-être, je veux remercier l'incroyable Ange (c'est son nom) qui m'a littéralement kidnappé au détour d'un couloir du pôle ludique, au prétexte suivant : « Tu veux venir faire le loup-garou ? On n'est que quatre… » Pris de cours, j'ai répondu positivement et une seconde plus tard, sous l'œil amusé de sa sœur, elle abordait un autre passant : « Tu veux jouer au loup-garou ? On n'est que cinq… » et je me disais que je m'étais peut-être fait avoir. Et je me suis retrouvé autour d'une table, pendant une heure, à jouer aux Loups-Garous de Thiercelieux en compagnie d'enfants, de jeunes et d'adultes d'âges divers, peut-être le moment le plus amusant et le plus inattendu de ces trois journées ; merci à Ange, Louise, Emma, Solenn pour m'avoir accueilli puis tué un nombre incroyable de fois (ne jouez jamais à ce jeu avec des enfants : ils commencent toujours par tuer tous les adultes, c'est tellement plus amusant), et un salut spécial à Lucie-Lou avec qui la discussion s'est interrompue un peu vite et à qui je voulais simplement dire ceci : Tu veux devenir écrivain, devenir cinéaste ? Prend du papier et un stylo, écris une histoire de deux pages avec un début et une fin, puis une deuxième, une troisième un peu plus longue, et ne t'arrête plus. Et prends un appareil photo ou un téléphone, un ordinateur, filme, fais ton montage, projette le résultat, archive-le, puis fais un second film, et ne t'arrête plus.

Celles et ceux qui feront les prochains 2001 étaient autour de cette table, en ce jour de novembre, j'en suis certain. Comme je suis d'un naturel patient, j'attends.

© Hervé Lesage de La Haye, novembre 2018.