vendredi 30 août 2019

Ulysse 31 en blu-ray : les dix commandements (1 & 2)

Comme je l'ai récemment annoncé sur la page Facebook Génération Ulysse 31, une édition d'Ulysse 31 sur support blu-ray est actuellement préparation chez un éditeur français.

La nouvelle a de quoi soulever l'enthousiasme. Elle a, aussi, de quoi inquiéter, car dans le domaine de l'édition de séries animées anciennes, les expériences malheureuses ne manquent pas. Et pour ce qui concerne Ulysse 31, les précédentes éditions sur support DVD (trois éditions successives ont paru depuis 2002 !) ne sont pas irréprochables, loin s'en faut.

C'est pourquoi je propose d'énoncer les dix commandements que cet éditeur devrait suivre s'il veut que cette réédition soit une réussite et que cette réussite devienne un événement.

Aujourd'hui, les deux premiers commandements, qui portent principalement sur l'image !


1. D'une source argentique tu partiras

Négatif 35 mm du premier épisode
La série Ulysse 31 a été, comme les autres productions du studio TMS de la même époque, photographiée sur film 35 mm. C'est le cas, également, de son épisode pilote réalisé en 1980.

Aujourd'hui, une réédition d'Ulysse 31 n'a de sens que si un nouveau master numérique est fabriqué à partir de la meilleure source analogique disponible, donc, dans l'idéal, le négatif 35 mm, propriété de TMS et vraisemblablement conservé dans un laboratoire japonais. Le négatif original, s'il a été stocké dans le bonnes conditions, mérite les honneurs d'un scan image par image au standard 4K.

Si le négatif n'est pas accessible ou s'il a subi les outrages du temps, il reste la solution de se rabattre sur un tirage 35 mm positif ou sur les copies d'exploitation 16 mm qui étaient fournies aux chaînes de télévision à l'époque. Dans ce cas, un scan au standard 2K s'impose.

Négatif 16 mm de Nérée
Toute autre solution, notamment celle qui consisterait à fabriquer un master haute définition (HD) à partir d'une source vidéo en définition standard (comme l'a fait Kazé pour Les Mystérieuses cités d'or) serait un gâchis ; et la commercialisation sur un support HD (disque blu-ray ou VOD) qui proviendrait de cette source relève de ce que l'on appelait autrefois le gonflage et frôlerait l'escroquerie.

Par ailleurs, à partir du moment où l'on utilise comme source un support analogique comme un film 16 ou 35 mm, il faut en respecter les qualités propres. J'entends par là, ne pas chercher à effacer le grain en appliquant sauvagement des filtres de type DNR simplement parce que notre œil n'est pas habitué à voir la série sous cette forme : cette image en haute définition est son apparence d'origine ; effacer le grain pour lui restituer l'apparence qui nous est familière, c'est-à-dire l'apparence dégradée des masters vidéos postérieurs, serait un contresens absolu.

Un mot sur le son. Les films d'Ulysse 31 étaient en « double bande », c'est-à-dire qu'à chaque bobine image correspond une bobine magnétique de même format contenant le son : sur ces photos, je donne un aperçu des films 35 et 16 mm n'ont pas de piste sonore.

Positif 16 mm du générique
Pour que la qualité sonore du blu-ray soit la meilleure possible, il faut repartir de la source magnétique la plus ancienne possible (monter le plus possible en amont de la chaîne de fabrication, pour éviter de numériser une copie de copie de copie... dont le signal est dégradé).

Dans les deux dernières éditions DVD parues chez IDP, il subsiste des défauts dans la bande-son, comme le tout début de l'épisode Ulysse rencontre Ulysse (on entend de façon nette que la musique de fond est dégradée, comme lorsqu'une bande audio subit des variations dans sa vitesse de déroulement). Ces défauts, espérons-le, seront absents du master utilisé pour le blu-ray.


2. L'étalonnage tu soigneras

Depuis 2005, la qualité d'image proposée sur les DVD publiés chez IDP est globalement bonne... mais la luminosité, le contraste et les couleurs varient fortement d'un épisode à l'autre. Et sur la quasi-totalité de la série, le contraste est poussé trop loin : certains plans de Sisyphe sont extrêmement sombres, presque indistincts. Et comme l'a souligné Olivier Putschkar il y a déjà longtemps, la comparaison avec les VHS japonaises permettent de se rendre compte que dans nos masters français, beaucoup de décors se perdent dans la pénombre alors qu'ils sont visibles pour les spectateurs japonais.

Finalement, si l'on met côte à côte les écrans-titre de chacun des 26 épisodes (écrans qui devraient avoir une apparence absolument identiques, puisqu'ils présentent la même image), le résultat est confondant : il existe des variations considérables d'un épisode à l'autre en termes d'étalonnage.

Il faut souhaiter que ce problème ne soit plus qu'un mauvais souvenir dans l'édition blu-ray qui se prépare. Pour éviter cet écueil, je fais cadeau à l'éditeur d'un outil tout simple : placer les 26 écrans-titres côte à côte et voir si des disparités se font jour. S'il y en a effectivement, c'est que le travail n'est pas terminé. (Et vous jugerez, ci-dessous, si dans les DVD actuels le travail d'IDP sur l'image était terminé ou pas.)


Suite des dix commandements :
3. L'épisode pilote tu proposeras
4. Tu n'abuseras point de la compression
5. Tu ne zoomeras point
6. La version en 156 épisodes tu proposeras
7. Avant le premier épisode, point de résumé ne mettras
8. Les génériques point ne négligeras
9. La version japonaise tu proposeras
10. Le droit d'auteur tu respecteras

© Hervé Lesage de La Haye, août 2019.

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