vendredi 10 juin 2022

Pascale Ogier a joué dans Ulysse 31

Pascale Ogier et Fabrice Luchini sur le tournage des Nuits de la pleine lune
(Photo : Ilse Ruppert)

En 2015, lorsque l'épisode pilote d'Ulysse 31 a refait surface, le premier travail à faire était d'en identifier le casting vocal. Certaines voix comme celles de Philippe Ogouz, Gilles Laurent, Jean Topart, ou encore Gérard Hernandez pour une brève apparition, me semblaient évidentes mais pour étudier la totalité des personnages, je n'étais pas compétent. Fort heureusement, l'un des meilleurs connaisseurs de ce domaine, qui officie sur Planète-Jeunesse sous le pseudonyme d'Arachnée, m'a prêté main forte. Il a été en mesure de mettre un nom sur presque chaque voix… presque. Quelques personnages se sont dérobés, à commencer par Thémis, dont la voix entre deux âges et l'étrange diction parfois proche de la mélodie semblait totalement inconnue du monde du doublage.

Sept ans plus tard, un nom est enfin apparu, au détour de notes de production que j'ai pu consulter. Le 10 juin 1980, une réunion rassemble René Borg (réalisateur), Nina Wolmark et Jean Chalopin (auteurs) ainsi que Hélène Fatou et Mireille Chalvon qui représentent la chaîne FR3 (producteur et futur diffuseur). Il s'agit de faire le point sur le pilote et notamment sur la voix des personnages : lesquelles changer, lesquelles conserver ? Le compte-rendu de cette réunion mentionne notamment :
« Thémis : Paraît niaise par moments. Garder Pascale Ogier, mais mieux la diriger. »


Pascale Ogier !

Pascale Ogier est inconnue du monde du doublage, mais elle a été une vedette du grand écran, actrice chez Jacques Rivette et surtout chez Éric Rohmer, étoile filante du cinéma français au début des années quatre-vingt qui disparaît prématurément à la veille de son vingt-sixième anniversaire.

En 1984, elle illumine le film de Rohmer Les Nuits de la pleine lune, dont elle partage la tête d'affiche avec Fabrice Luchini et Tchéky Karyo. En voici la bande-annonce.

Bande-annonce LES NUITS DE LA PEINE LUNE from Les Films Du Losange on Vimeo.


Le 10 septembre 1984 dans le quotidien Le Monde, Louis Marcorelles écrit : « Éric Rohmer et Pascale Ogier ont réussi une des rares comédies à la française qui ne soit pas indigne de nos meilleurs souvenirs d'Hollywood à son zénith. »

Le film vaut à Pascale Ogier un prix d'interprétation féminine à la 41e Mostra de Venise présidée par Michelangelo Antonioni.

Voici des images d'archives qui montrent sa consécration et permettent de l'écouter parler de son travail avec Rohmer. Elle devait mourir quelques semaines plus tard, le 25 octobre 1984.


Sa voix, sa diction : c'est bien elle qui incarne Thémis dans l'épisode pilote. Et c'est effectivement son jeu « faux », emblématique d'une époque et d'un certain cinéma, celui de Rohmer (mais aussi de Truffaut, bien sûr), qui gêne dans Ulysse 31. Pouvait-elle proposer autre chose ? Sans doute, mais cela n'aurait peut-être pas été bien intéressant. Celui ou celle qui eut l'idée de la convoquer pour incarner la jeune extraterrestre faisait sans doute un pari : celui de donner vie à cet être étranger en lui prêtant la voix d'une comédienne apportant un jeu différent, comme venu d'ailleurs.

Belle idée évidemment. Quand elle arrive dans Ulysse 31, elle a déjà tourné dans Perceval le Gallois et surtout, joué au théâtre dans La Petite Catherine de Heilbronn également mis en scène par Éric Rohmer.

Redécouvrir aujourd'hui que Pascale Ogier fut brièvement Thémis, c'est un peu comme si Fabrice Luchini avait joué Ulysse ou Télémaque. Et qu'il était mort en 1984, bien sûr.

Je suis heureux d'ajouter ce nom au générique du pilote, dont la dimension expérimentale continue, je crois, de nous échapper largement. Cette dimension, en tout cas, a laissé de marbre les producteurs et créateurs français de la série, et a contribué à coûter sa place à René Borg. La suite, bien sûr, vous la connaissez.

Pour conclure, je rends hommage à Pascale Ogier en vous offrant un extrait inédit de l'épisode pilote : la première rencontre entre Télémaque, Thémis et Noumaïos.



© Hervé Lesage de La Haye, le 10 juin 2022.
À Lire :
Armelle Leturcq, Pascale Ogier, ma sœur, in Crash, 3 février 2021.

Le pilote d'Ulysse 31 retrouvé… en anglais !

Découverte du pilote d'Ulysse 31 dans sa version anglaise
Ulysses 31 unaired pilot english version discovered!


L'épisode « pilote » d'Ulysse 31, réalisé en 1980 par René Borg et Shigestugu Yoshida, a été rejeté par ses producteurs français. L'épisode est entièrement refait l'année suivante et deviendra « Le Cyclope ou la malédiction des dieux ».

En 2015, j'ai découvert sur une cassette VHS la première copie connue de ce pilote dans sa version française, alors considérée comme perdue. (La version japonaise avait, elle, refait surface sur Internet en 2007.) En 2016, j'ai découvert une seconde copie, sur VHS également. À chaque fois, j'ai fait part ici-même de la découverte, et j'ai proposé des extraits pour appuyer mes dires :
  • 35 ans après, l'épisode pilote d'Ulysse 31 enfin retrouvé en français [21 juillet 2015]
  • Ulysse 31 : une deuxième copie du pilote en français retrouvée [11 octobre 2016]

  • Je suis donc très heureux d'annoncer qu'en 2022, j'ai fait la découverte d'une troisième copie, cette fois sur support U-Matic. L'U-Matic est un format semi-professionnel, plus ancien que la VHS (et de qualité comparable), qui avait la particularité de permettre l'enregistrement de 2 pistes sonores différentes pour le même programme. Autrement dit, il était possible d'avoir, sur la même cassette, deux langues différentes au choix pour le même film.

    C’est le cas ici : cette cassette comporte non seulement le pilote d'Ulysse 31 dans sa rarissime version française, mais comporte également sa version anglaise, encore jamais entendue. Voici une photo de ce document :

    La bande a plus de quarante ans, c'est considérable pour ce type de support qui n'était pas conçu pour la conservation. La qualité de l'image n'est donc pas sensiblement meilleure que sur les VHS auxquelles j'ai déjà eu accès. La nouveauté, c'est la présence de deux bandes-son et le témoignage unique de cette version anglaise que personne n'a jamais plus entendue depuis son enregistrement. Je vais donc vous en proposer trois extraits.


    Jamais plus entendue ? Pourtant, le 20 mai 2013, un internaute a mis en ligne sur Youtube une vidéo intitulée "Ulysses 31 Pilot Edit (in English)"… De quoi s'agit-il ?

    Il s'agit en réalité d'un montage, sorte de reconstitution fallacieuse : la bande-son anglophone du premier épisode définitif est plaquée sur des séquences tirées du pilote japonais, qui a été sauvagement remonté. Bien entendu, ni les musiques ni les dialogues ne correspondent au véritable pilote. Et ce ne sont sans doute pas non plus les mêmes voix… Bref, ce N'est PAS le pilote dans sa version anglaise et cette vidéo mérite les oubliettes.

    Fort heureusement, le véritable épisode pilote en anglais a donc survécu.


    Ne le prenez pas mal : il est inutile de m'écrire pour demander la mise en ligne du pilote dans sa totalité ; je ne le ferai pas. En cela, je reste fidèle au principe qui est le mien depuis de début : respecter les ayant-droit, et respecter la confiance que m'accordent les personnes qui me donnent accès à leurs archives.

    Bien entendu, le jour où un éditeur souhaitera exploiter ce film, ces documents seront disponibles… les ayant-droit d'Ulysse 31 savent où me trouver.

    Si je puis vous en offrir ces trois extraits, c'est parce que la cassette U-Matic a été numérisée. Si elle a été numérisée, c'est parce que j'ai considéré qu'il fallait le faire. La bande a été confiée à un laboratoire professionnel, qu'il a fallu payer. Je remercie ici Gilles Broche qui, avec moi, a mis la main au portefeuille. Nous ne regrettons pas de l'avoir fait. Le fichier est maintenant soigneusement archivé sur deux disques durs stockés en deux lieux différents. Tout cela, et d'abord le temps que nous consacrons à ces recherches, c'est un sacrifice que nous faisons parce que nous croyons que la conservation du patrimoine du dessin animé est quelque chose de primordial. Il m'arrive de me demander si cette idée est partagée par d'autres… mais c'est un bien vaste sujet.



    Les années passent, les qualités d'Ulysse 31 demeurent. Nous allons continuer à faire des découvertes. De mon côté, en tout cas, je continue à faire tout mon possible.

    © Hervé Lesage de La Haye, le 9 juin 2022.

    jeudi 2 juin 2022

    Les génériques de Goldorak (5)

     
    Pour Olivier Fy.



    Vous pouvez lire ici les épidodes précédents de cette série :
    – épisodes 1 et 2 : Les génériques japonais, précédés d'un hommage à Shunsuke Kikuchi ;
    – épisodes 3 et 4 : Les génériques français par Enriqué (1978)

    Le générique français par Noam (1978)

    Les premiers génériques français de Goldorak, chantés par Enriqué, sont remarqués à cause de paroles litigieuses et doivent être remplacés au plus vite. C'est le producteur Haïm Saban qui, en un temps record, se charge de fournir une chanson de remplacement. Une chanson, une seule : il faut aller vite, il n'est pas question d'écrire, composer et enregistrer deux chansons différentes. Donc, le générique de début et le générique de fin de Goldorak (qui ont l'avantage d'être exactement de la même durée) ne seront plus illustrés chacun par une chanson spécifique, mais accompagnés par une chanson identique.
    Paraxodalemenent, c'est l'auteur du texte polémique, Pierre Delanoë, qui est chargé d'écrire les paroles de la nouvelle chanson. La contrainte de temps a dû jouer : il connaissait déjà l'univers de Goldorak. La musique, elle, est confiée à Pascal Auriat, compositeur du tube de Dalida « Il venait d'avoir 18 ans », et Michel Bernholc est chargé de son orchestration.

    Le chant est confié à une jeune vedette de la chanson, Noam Kaniel. Il a 16 ans lorsqu'il enregistre « Goldorak ».

    Transition

    Les génériques d'Enriqué passent à la trappe et le générique chanté par Noam prend l'antenne le 31 août 1978 ; cette date est connue. Pourtant, si l'on y regarde de plus près, la transition se fait en plusieurs étapes.

    Le 28 août (épisode 18), le générique de début « Accours vers nous, prince de l'espace » est utilisé pour la toute dernière fois à l'antenne… et l'épisode est diffusé sans générique de fin. « Va combattre ton ennemi », la chanson litigieuse, a été coupée. Cela suggère que la pression de la polémique était trop forte et qu'il n'était pas possible d'attendre l'arrivée de la chanson de remplacement.

    Le 31 août (épisode 19), les nouveaux génériques de début et de fin, accompagnés par la chanson de Noam, sont à l'antenne pour la première fois et leur arrivée suscite une petite mise en scène. Sur le plateau, l'animateur Gérard Chambre, qui présente l'émission Récré A2, a l'œil rivé à sa lunette astronomique et à l'écran, le spectateur voit une carte du ciel figurant le ciel étoilé qu'il est censé observer. Là, l'animateur annonce qu'il voit… Goldorak, et on entend le début de la chanson de Noam, tandis que les images correspondantes ne sont pas montrées. Puis, dans la découpe circulaire de la lunette, les images arrivent, superposées à la carte du ciel. Progressivement, la carte disparaît et l'on assiste à la quasi totalité du générique à l'intérieur de l'œil de la lunette. Enfin, la découpe disparaît en fondu et l'on peut voir uniquement les 15 dernières secondes du générique en plein écran.

    Gérard Chambre découvre le nouveau générique de Goldorak à travers sa lunette… le téléspectateur aussi.

    Tout cela est-il mûrement réfléchi, pour rendre la transition plus douce ? À près d'un demi-siècle de distance, il est impossible de répondre avec certitude à cette question, mais il est probable que oui. À aucun moment toutefois, le commentaire de Gérard Chambre ne fait allusion au changement de chanson. Tout se passe comme s'il fallait, en détournant l'attention et en masquant en partie le générique, en faire un non-événement.

    La mise en place du nouveau générique se fait sur des épisodes dont la version française est déjà enregistrée et montée sur l'image. Donc, pendant plusieurs épisodes, on continue à entendre les chansons d'Enriqué lors des scènes d'action comme je l'ai indiqué. De même, l'écran qui présente les crédits musicaux des chansons d'Enriqué ne peut être aisément enlevé et remplacé sur les épisodes déjà terminés ; pendant cinq épisodes, la fin du générique de fin sera systématiquement abrégée pour masquer l'ancien écran de crédit, en attendant l'arrivée d'un nouvel écran (que nous verrons plus loin).

    Critiques

    Cette nouvelle chanson, avec sa musique calme, ses chœurs éthérés et ses paroles consensuelles, a-t-elle suffi à faire taire les critiques ? Pas le moins du monde.

    Dans son édition datée du 8 janvier 1979, le journal Le Monde publie la lettre d'un lecteur qui s'interroge sur « l'extraordinaire succès du dessin animé » et ne mâche pas ses mots.

    Le problème n'est plus tant le nazisme supposé de la série, mais sa « naïveté », sa « bêtise », son « manichéisme primaire », en un mot, sa « stupidité ». Et aux yeux de ce lecteur plutôt offensif, s'il y a pire encore que la bêtise de Goldorak, c'est son mercantilisme : la série serait principalement destinée à vendre des produits dérivés aux enfants.
    […] la fascination de ce héros des « temps nouveaux » est telle sur les jeunes esprits que c'est une affaire en or pour les fabricants de jouets. Tous les enfants veulent à leur tour faire fonctionner le « fulguro-poing » et lancer l'« astéro-hache ».

    Il y a donc de quoi s'interroger sur de telles productions qui s'adressent directement aux jeunes enfants,
    Cendrillon et Bambi, c'est dépassé. Les enfants d'aujourd'hui sont les fils de la violence et de l'arme atomique. Espérons qu'ils n'en seront pas les victimes…

    L'auteur de ce billet cite les paroles du générique de Noam (« temps nouveaux »), preuve que remplacer une chanson par une autre ne résout pas tout.

    Au-delà de certains partis-pris, ce courrier exprime une peur et une critique légitimes : que les productions audiovisuelles deviennent, en réalité, de longs spots publicitaires destinés à vendre des jouets, des autocollants, des déguisements, etc. L'appareil de production japonais a progressivement intégré ce qu'on appelle pudiquement les « droits dérivés » dans son mode de production : le dessin animé coûte cher ; associer l'industrie du jouet permet de trouver des capitaux supplémentaires. Mais il semble bien, pourtant, que les premiers à l'avoir compris sont les Américains et notamment les studios Disney, qui ont commercialisé des produits dérivés dès l'immédiate après-guerre. Tout bien considéré, Cendrillon n'est peut-être pas plus pure que Goldorak…

    Disques d'or

    Si la polémique dure, et continuera de durer plusieurs années, le succès de la série ne faiblit pas. Haïm Saban, qui a produit ce nouveau générique, sait le bénéfice qu'il peut en tirer et pour la première fois, la chanson du générique est commercialisée sous forme d'un simple, un disque vinyle 45 tours.

    Noam fait quelques apparitions télévisées en novembre et décembre 1978

    Ce 45 tours de Noam connaît un véritable triomphe. C'est tout simplement, et de loin, la meilleure vente de tous les temps pour une chanson de générique de dessin animé en France.

    Maintenant qu'on a dit ça, reste une question : combien de disques se sont vendus exactement ?

    Et là, force est de constater que l'épineuse question des chiffres de vente trouve des réponses très diverses selon les sources que l'on consulte. Dans la presse écrite, on peut lire :
    - 3,5 millions (L'Express, 16 décembre 1999 et Libération, 26 février 2000)
    - 3 millions (Le Monde, 18 mars 2003)

    Si l'on se tourne vers les livres consacrés aux séries animées, c'est encore plus disparate.
    - Pierre Faviez (La Télé : un destin animé, 2010) ne donne aucun chiffre mais indique que la chanson a obtenu 2 disques d'or ;
    - dans son livre, Eddy Chantel (Les Secrets de nos héros télé ciné BD, 2019) avance prudemment le nombre de 2 millions de disques vendus ;
    - dans leur livre (Les Mystérieuses cités d'or : les secrets d'une saga mythique, 2013), Gilles Broche et Rui Pascoal donnent précisément 1 353 000 exemplaires vendus ;
    - mais le même Rui Pascoal, dans le livre qu'il cosigne avec Olivier Fallaix (La Belle Histoire des génériques télé, de "Goldorak" à "Pokémon", 2019) parle ensuite de quatre milions
    - et dans l'excellent livre de Sébastien Carletti (Nos années Récré A2 : 1978-1988, 2013) on peut lire « plus de quatre millions », chiffre actuellement donné sur Wikipedia (dans l'article Goldorak, sans source).

    En dehors du fait que les journalistes sont nuls et que dans le royaume du dessin animé jeunesse les borgnes sont rois, que sait-on vraiment ?

    Le disque de Noam est effectivement certifié double disque d'or, ce qui implique plus d'un million d'exemplaires vendus, car en 1978 un disque d'or célèbre le cap des 500 000 exemplaires. (Le disque de platine, qui célèbre le million, ne sera créé qu'en mai 1980.) Cette information, solide, peut être vérifiée sur le site infodisc.fr. Si les ventes de Goldorak avaient dépassé les 1,5 millions, le 45 tours de Noam serait certifié triple disque d'or, ce qui n'est pas le cas.

    Sur le même site Infodisc, on trouve le chiffre de 1 353 000 exemplaires vendus, qui se situe effectivement sous la barre des 1,5 millions.

    En France, dans l'histoire du disque, une centaine de titres ont flirté avec le million d'exemplaires vendus, mais depuis Tino Rossi et son « Petit Papa Noël », aucun single n'a jamais dépassé les 4 ou même les 3,5 millions !

    CLASSEMENT DES MEILLEURES VENTES DE TOUS LES TEMPS

    Saban n'a donc pas vendu 4 milllions ni même 3 millions de 45 tours de Goldorak, mais 1,3 million, ce qui est déjà considérable et permet à Noam de se hisser à la 26e place des meilleures ventes de tous les temps. Plus loin dans le classement, on note la présence d'Ulysse 31 chanté par Lionel Leroy, avec 1 155 000 exemplaires vendus en 1981.

    Le « générique jaune »

    Dans le chapitre précédent de cette série de billets, j'ai montré les principales différences entre les génériques de début et de fin tels qu'ils sont utilisés au Japon et tels qu'on les a vus en France : l'image est la même, seuls les crédit en japonais sont supprimés. C'est vrai ! Pour autant, ces génériques ont-ils toujours été les mêmes ? Non ! Lors de la première diffusion française, les téléspectateurs ont pu remaquer l'apparition (brève) d'un second générique de début, présentant des images entièrement différentes, faisant intervenir nouveaux personnages et nouveaux véhicules. Ce second générique de début est connu chez les amateurs de Goldorak comme le « générique jaune » (à cause de la dominante jaune des premières images).

    Quelle est son origine ?

    Les génériques de début et de fin que nous connaissons en France correspondent aux génériques utilisés au Japon pour les 48 premiers épisodes. À partir de l'épisode 49 et jusqu'à la fin de la série, la version japonaise est marquée par un changement des deux génériques, avec de nouvelles images conçues par le studio Araki Productions. Ce changement correspond à un passage de relais, dans la production de la série, entre Kazuo Komatsubara et Shingo Araki à la direction de l'animation ; il permet aussi de souligner l'arrivée d'un nouveau personnage dans l'histoire en la personne de Phénicia, la sœur d'Actarus.

    Mais en France, assez curieusement, ce générique de début apparaît un épisode plus tôt (ép. 48, le 11 décembre 1978) et n'a été utilisé que pour cinq épisodes (48 à 52) : dès l'épisode 53, le générique première manière revient et demeure jusqu'à la fin de la série. Par ailleurs, le nouveau générique de fin japonais, lui, n'a pas été utilisé du tout (j'ai vérifié ce point).


    Le deuxième générique de début,
    dit « générique jaune », dans sa version japonaise



    Goldorak
    ou
    “Goldorak le grand”

    [version TV]

    Paroles : Pierre DELANOË
    Musique : Pascal AURIAT
    Arrangements : Michel BERNHOLC
    Chant : Noam KANIEL

    Qui a fait quoi ?

    Sur l'étiquette de la face A du disque, on trouve le titre réel de la chanson, ainsi que les principaux crédits :
    - entre parenthèses, le nom du parolier Pierre Delanoë et celui du compositeur Pascal Auriat ;
    - en gras, le nom de l'arrangeur et directeur d'orchestre, Michel Bernholc ;
    - le nom du réalisateur musical, Pascal Auriat ;
    - le nom du producteur musical, H.S étant les initiales de Haïm Saban.

    À droite du titre on peut lire la durée de la chanson (2 min 20) et juste au-dessus, en petit, le nom de l'éditeur musical, les Nouvelles éditions Barclay, qui gère les droits de la partition, que celle-ci soit effectivement publiée ou pas.

    Le texte

    Comme nous l'avons vu, Pierre Delanoë a commis une imprudence en traduisant les génériques japonais ; il va choisir une voie radicalement opposée pour cette nouvelle version. Et à y regarder de près, ce texte… ne dit plus grand chose, et même, ne veut plus rien dire (« une galaxie aux frontières d'une autre vie » ?). C'était sans doute le choix le plus prudent (ne pas se faire remarquer) et le résultat est d'une platitude rare. Le refrain, qui n'a quasiment pas de paroles du tout (« Goldorak le grand / le grand Goldorak »), frôle l'art conceptuel.

    NB : pour éviter toute confusion avec d'autres chansons de la même série, notamment celles d'Enriqué, on nomme parfois cette chanson « Goldorak le grand » mais son titre officiel est bel et bien « Goldorak ».

    Il traverse tout l'univers
    Aussi vite que la lumière
    Qui est-il, d'où vient-il,
    Formidable robot des temps nouveaux ?

    Il jaillit du fond de la mer
    Il bondit jusqu'à Jupiter
    Qui est-il, d'où vient-il,
    Ce terrible géant des nouveaux temps ?

    C'est Goldorak le grand
    Le grand Goldorak

    Il est né d'une galaxie
    Aux frontières d'une autre vie
    Qui est-il, d'où vient-il,
    L'invincible robot des temps nouveaux ?
    (… Nouveaux…)

    La musique

    La consensualité presque radicale de ce nouveau texte est portée très haut par sa musique et je me demande si nous n'avons pas, ici, la plus belle de toutes les partitions françaises inspirées par Goldorak. Son compositeur, Pascal Auriat, ne fera pas beaucoup d'autres incursions dans le générique de dessin animé pour la jeunesse, mais trois ans plus tard il cosigne un autre chef-d'œuvre : le premier générique de fin d'Ulysse 31. Ce double titre de gloire mérite bien que l'on voie son visage, que voici.
    Pascal Auriat (1976)

    L'orchestrateur, Michel Bernholc, n'est pas le premier venu : au même moment, il signe les arrangements de la comédie musicale Starmania (dont la musique est composée par Michel Berger) ; il assure la direction des cordes sur la version discographique parue en 1978 et dirige la musique du spectacle dans sa version scénique en 1979, vêtu d'un jean et d'une queue de pie.

    L'atmosphère générale de la chanson est douce, presque planante avec son tempo modéré et sa demie-pulsation qui instille une impression de lenteur (basse et batterie ne jouant pas les contretemps, la caisse-claire ne frappe qu'une fois par mesure, contre deux dans un rythme binaire classique), éthérée même, avec ses chœurs féminins sur le refrain.

    L'harmonie est simple en apparence (le couplet n'est bâti que sur trois accords : les degrés I-IV-V de la gamme, comme évitant soigneusement tout accord mineur) mais va emporter l'auditeur dans une jolie promenade pleine d'inattendu avec pas moins de quatre changements de tonalité pour un peu plus d'une minute de musique.

    L'introduction, sur deux mesures, pose la tonalité de Si majeur sur laquelle commence le couplet ; mais rapidement il glisse vers la tonalité éloignée de Ré majeur (il n'y a aucun accord commun entre les deux tonalités et cette première modulation, quasi instantanée, n'est pas préparée). Quelques mesures plus loin, on revient dans le ton principal de Si majeur (préparé, cette fois, par l'accord de Fa# majeur mesure 14) pour le refrain.

    Le refrain s'enchaîne avec un retour sur un fragment de couplet en Ré majeur, qui fait office de pont, avant le retour en Si pour la coda, sorte de cadence modale avec un accord de VIe degré abaissé (Sol♮ majeur).

    L'orchestration est parée des couleurs d'une pop light (basse, batterie, guitare sèche, un peu d'électronique, chœurs). Une ligne de synthé, dans l'aigu, alterne longues tenues et montées de gammes, dans un esprit qui évoque le thérémine ; c'est peut-être l'ingrédient « science-fiction » (soft) de l'ensemble. Cet ingrédient est remarquable, car il existe déjà un synthé suraigu dans « Tobe! Grendizer », le générique de début japonais ; et dans sa coda, l'instrument effectue une montée d'une octave en glissando, effet que Pascal Auriat reproduit à l'identique à la fin de sa version. Ce point commun unique entre deux chansons esthétiquement opposées ressemble fort à un emprunt en forme de clin d'œil de la part du compositeur français.

    Goldorak, série peace and love ?

    Avec ce morceau qui n'a l'air de rien, calme, en majeur de bout en bout, léger dans ses arrangements et riche en modulations, Pascal Auriat inscrit ce nouveau générique de Goldorak dans la liberté et l'audace des années soixante-dix (ah, les petites mesures à deux temps qui viennent se glisser juste avant les transitions !) et confirme, s'il le fallait, le talent du compositeur.

    Il remplit certainement les attentes du diffuseur, la chaîne Antenne 2, qui devait faire oublier le côté va-t-en guerre des premiers génériques. Reste une question : était-ce une bonne idée ? était-ce honnête ? Autrement dit : quel est le rapport entre cette chanson, ce que dit son texte (… à peu près rien), ce que semble dire sa musique (« faites l'amour, pas la guerre » ?) et la série animée Goldorak le robot de l'espace ?

    J'ai bien peur de conclure qu'il n'existe aucune manière honnête de lier tout cela ensemble et que cette chanson est plaquée sur les images du générique japonais comme une chanson de Hair qu'on aurait montée sur Les soucoupes volantes attaquent. Quelles que soient ses qualités d'écriture, la musique, par son sérieux et son lyrisme, soulève aisément la nullité des paroles jusqu'au sommet du ridicule. À la limite, avec un texte approprié, cette musique impeccablement écrite pourrait annoncer L'Île aux enfants. Mais où diable est passé Goldorak ?

    Curieusement, les chiffres de vente que j'ai évoqués prouvent bien que cela n'a gêné personne. Ou, en tout cas, que l'aura de Goldorak était telle que les enfants ont voulu leur 45 tours.

    L'image

    Commme pour les épisodes 1 à 17, le générique de début commence par un écran-titre aux couleurs de la société Pictural Films. Le seul petit changement intervient à la fin du générique de fin, où un nouvel écran de crédit vient remplacer l'ancien, afin de donner les crédits musicaux de la nouvelle chanson en langue française. Ce nouvel écran final survient, avec un peu de retard, à partir de l'épisode 24, diffusé le 18 septembre 1978.


    Bien que l'édition DVD et Blu-Ray de Goldorak chez AB comporte la chanson de Noam comme générique, cet écran de crédits en est absent ; on ne peut le trouver que sur les enregistrements témoignant de la diffusion de 1978-1979.

    J'ai évoqué les quelques correspondances qui existent entre le texte des chansons japonaises et les images présentes à l'écran pendant les génériques. Avec cette chanson nouvelle, bien sûr, aucune correspondance n'est maintenue. Les bruitages japonais synchronisés sur le générique de début restent absents en français sur le générique de Noam comme sur toutes les versions françaises ultérieures.


    Générique de début (1978) par Noam

    La partition

    Le saviez-vous ? Il existe un song-book pour « Goldorak le grand », c'est-à-dire une partition grand public contenant la mélodie et un accompagnement sommaire pour clavier.

    Pour plusieurs raisons, j'ai pris le parti, cependant, de vous proposer ma propre partition. D'abord parce que le song-book contient uniquement la version 45 tours (ou version longue) de la chanson. Or, mon projet est de publier et commenter l'intégralité des chansons des génériques de Goldorak utilisés à la télévision. Je vous offre donc ici la version TV, inédite, avec une introduction et une coda différentes, version que je trouve musicalement supérieure.

    En outre, immodestement, je pense que mon travail de transcription est plus intéressant, en termes de précision. Sur la portée inférieure, j'ai reproduit, telle quelle, la ligne de basse que l'on entend dans l'enregistrement. Sur la portée intermédiaire, j'ai reproduit les accords que jouent les instruments (principalement la guitare). Sur la petite portée supérieure, enfin, j'ai transcrit la ligne de synthé jouée dans les aigus. Les chœurs, en petites notes, sont sur la même portée que le chant.



    À suivre…

    C'est tout pour aujourd'hui. Il m'a fallu deux mois pour produire ce post, et trois nuits pour le boucler… j'espère qu'il vous intéressera. Et pour tout savoir sur les génériques version les Goldies, je vous donne rendez-vous aux épisodes 6 et 7 !



    Discographie


     
    Goldorak (chanson originale du feuilleton TV)
    Réf. : CBS 6667
     
    La face A du 45 tours contient la chanson dans sa version « longue » (différente de la version TV) et la face B contient sa version instrumentale.

    Remerciements

    Un grand merci à Gilles Broche, ainsi qu'à Fugazi et ses comparses sur le Forum de la lune rouge, qui m'ont permis de comprendre l'étrange cas du fameux générique jaune.
    Et merci à Jérôme Wybon, indispensable complice, désormais, pour les aspects les plus pointus, les plus fastidieux et donc les plus passionnants de ces recherches.

    © Hervé Lesage de La Haye, avril-mai 2022.

    vendredi 1 avril 2022

    Les génériques de Goldorak (3) et (4)

    Vous pouvez lire ici les premiers épidodes de cette série :
    – épisodes 1 et 2 : Les génériques japonais, précédés d'un hommage à Shunsuke Kikuchi.


    J'ai pris du retard, j'ai pris du retard… c'est même à ça qu'on me reconnaît. Mais je suis de retour, avec deux nouveaux épisodes de ce feuilleton de longue haleine consacré aux génériques de Goldorak. Après un double épisode inaugural qui portait sur les chansons des génériques japonais, le moment est venu d'attaquer cet Everest que sont les génériques français de Goldorak. C'est un énorme morceau : à ma connaissance, aucune autre série animée n'a connu un nombre aussi élevé de génériques en France.

    Les génériques français par Enriqué (1978)
    Lorsque Goldorak commence à être diffusé en France en juillet 1978, chaque épisode est encadré par un générique de début et un générique de fin, comme au Japon ; toutefois les génériques japonais connaissent les modifications suivantes :
    – à l'image, les titrages japonais disparaissent et ne sont pas traduits ;
    – aucun crédit (auteur, réalisateur…) n'est donc visible ;
    – les deux chansons originales sont adaptées en français par le parolier Pierre Delanoë et interprétées par le chanteur Enriqué Fort.

    Titre de la série tel qu'il apparaît au début du générique japonais, et image correspondante dans le générique français.
     
    Crédits dans le générique japonais, et image correspondante dans le générique français.

    L'une des conséquences de cette modification, c'est que le titre même de la série n'est jamais à l'image pendant le générique de début. Ce titre apparaît plus tard, au début de l'épisode, sur un écran qui n'existe pas dans la version japonaise (ce qui entraîne son absence des éditions DVD et Blu-Ray y compris sur le sol français). Notons en passant que le titre français complet de la série est Goldorak, le robot de l'espace, qui traduit fidèlement le titre original UFOロボ グレンダイザー (UFO Robo Grendizer, « le robot ovni Grendizer »).
    Cet écran, spécifiquement français, servait à accompagner l'annonce, en voix off, du titre de l'épisode.

    Goldorak constitue un cas rare, mais pas unique, dans lequel un dessin animé japonais arrive en France en conservant ses chansons de générique japonaises, dont les paroles sont adaptées dans la langue de Molière. Parmi les quelques séries qui ont bénéficié du même traitement, citons :
    Candy [pour sa diffusion initiale sur la chaîne Antenne 2],
    Sherlock Holmes,
    Bioman [pour sa diffusion initiale sur Canal +].

    La raison pour laquelle, la plupart du temps, les séries japonaises ayant un générique chanté en japonais sont diffusées, en France, avec une chanson originale composée par un Français est double, et assez terre-à-terre.

    Pour enregistrer la version française d'une chanson japonaise tout en conservant la musique, il faut disposer de la bande-orchestre japonaise d'origine, ce qui n'est pas simple : si le studio qui vend la série ne l'a pas prévu dès le départ, faire voyager une bande de la France vers le Japon peut être coûteux long à organiser, tandis que réserver une demi-journée dans un studio d'enregistrement avec quelques musiciens est assez simple. En second lieu, le fait de produire en France une chanson de générique spécifique offre l'intérêt de dégager des bénéfices potentiellement très élevés (le disque d'un générique peut se vendre à plusieur dizaines de milliers d'exemplaire, ou même beaucoup plus) et cela va constituer des droits dérivés dont le distributeur français garde le contrôle. Dans les années quatre-vingt, ce n'est donc pas pour rien que la plupart des productions japonaises importées par I.D.D.H., la société de feu Bruno-René Huchez, sont accompagnées de chansons originales françaises dont l'éditeur musical, Narcisse X4, est une filiale de IDDH.

    En outre, chaque épisode diffusé avec ses générique français génère des droits musicaux dont une partie tombent dans l'escarcelle du même éditeur musical. C'est ainsi qu'un certain nombre de séries vont subir un traitement peu enviable, que j'appellerai « huchérisation » (ou « huchezisation » ?), consistant à ajouter de force la chanson originale française (éventuellement, sa version instrumentale) sur certaines séquences des épisodes eux-mêmes. Ainsi dans Capitaine Flam ou dans X-OR, pendant les scènes d'action, les compositions originales sont régulièrement remplacées par la chanson du générique français ou sa version instrumentale. Chaque fois que cela se produit est minutieusement répertoriée et déclarée à la Sacem, et à chaque fois, de l'argent tombe sur le compte des intéressés (compositeur, parolier, éditeur musical). Côté français, tout le monde est content. Côté japonais, on n'y voit que du feu.

    Dans Goldorak, les chansons des génériques en français sont effectivement présentes dans le corps même de certains épisodes. Goldorak serait-il alors le premier dessin animé japonais à être huchezisé ? Non. D'abord parce que le distributeur de Goldorak en France était la société Pictural films de Jacques Canestrier, et non IDDH qui n'existe pas encore, et que Huchez n'a pas, pour autant qu'on sache, pesé sur l'adaptation. Ensuite parce que malgré les apparences, Goldorak a échappé à ce traitement : si les chansons en français sont bel et bien présentes dans les épisodes, c'est également le cas dans la version originale avec les chansons japonaises ; le montage sonore n'est donc pas dénaturé.

    La première série animée à être huchezérisée est vraisemblablement Capitaine Flam, diffusé à partir de janvier 1981, rapidement suivi par Les Misérables et Bouba le petit ourson, où les chansons sont utilisées jusqu'à plus soif (il faut beaucoup de patience ou être sous tranquilisants pour supporter de voir en version française l'adaptation pourtant habile des Miséables par Toei Animation sans sauter par la fenêtre à chaque fois que la voix de Chantal Goya vient chanter en boucle « Cosette, Cosette, Cosette... »). Mais la série Albator le corsaire de l'espace, dont la totalité des musiques japonaises sont remplacées par des compositions françaises enregistrées à la va-vite, présente un cas extrême du même modèle économique.

    Il serait intéressant d'évoquer maintenant la sabanisation et ses différences avec la huchérisation (ou huchezerisation ?), mais je m'éloignerais du sujet !



    Accours vers nous, Prince de l'espace
    [générique de début]

    Paroles : Pierre DELANOË
    Musique, orchestration : Shunsuke KIKUCHI
    Chant : Enriqué FORT

    Le texte

    Le texte de cette première chanson s'inspire très librement des paroles écrites par Kogo Hitomi pour le générique japonais et en reprend les grandes lignes : le texte s'adresse au héros, le prince de l'espace, et emploie l'impératif pour formuler un appel au secours, l'exhortant à protéger la Terre ; comme dans le texte japonais, les valeurs à défendre sont la justice et l'amour.

    Accours vers nous, prince de l'espace,
    Viens vite, viens nous aider
    Viens défendre notre Terre
    Elle est en danger !

    L'ennemi héréditaire
    Veut nous écraser
    L'avenir du genre humain
    Tu l'as dans tes mains

    Viens défendre notre Terre
    De justice et d'amour
    Toi, le chevalier solitaire,
    Nous t'appelons au secours

    Nous voulons sauver
    La liberté
    De notre planète
    C'est la seule vérité

    La musique

    La chanson française est enregistrée sur la bande-orchestre originale japonaise. Je vous invite à en lire le commentaire que j'en ai fait ici-même. La bande qui a été utilisée, toutefois, ne comporte pas les choeurs d'enfants présents dans la version japonaise.

    La mélodie chantée par Enriqué, elle, reproduit scrupuleusement la mélodie japonaise. Seul le rythme diffère, en un endroit. Dans le premier couplet, la mélodie originale alterne rythmes pointés (mesures 5, 7, 9) et rythme réguliers (mesures 8 et 10, où chaque temps est bien présent). Dans la version française, Enriqué casse ponctuellement cette alternance en pointant le rythme de la mesure 10. Rien de dramatique.

    L'image

    Au tout début du générique, la société Pictural Films, dirigée par Jacques Canestrier, détentrice des droits d'exploitation de Goldorak sur le sol français, appose sa marque avec l'écran-titre suivant, spécifique aux premières diffusions françaises, et qui mord sur le plan inaugural du générique japonais montrant la nébuleuse bleu turquoise.


    Le générique de début dans sa version japonaise comportait peu de correspondances entre le texte et l'image, mais la plus importante est conservée dans cette version française : on peut voir Actarus courir pendant qu'Enriqué chante « accours vers nous, prince de l'espace ». Cela peut sembler anodin mais il est remarquable que le tout début de ce générique appuie ainsi la première apparition du héros.

    La version japonaise comportait quelques bruitages, synchronisés avec les images montrant Goldorak en train de détruire un certain nombre d'ennemis. Ces bruitages sont tous absents de la version française, dont la bande-son, uniquement musicale, se détache ainsi de l'image. Il ne subsiste aucun élément de synchronisation entre les deux.

    La partition

    Comme je l'ai fait pour la version japonaise de la même chanson, je publie ici la partition de sa version française, établie par mes soins. La transcription des parties d'orchestre est un copié-collé de la version japonaise et pour en comprendre le fonctionnement et les partis-pris, je vous invite à lire les commentaires que j'ai écrits à ce sujet.



    Va combattre ton ennemi
    [générique de fin]

    Paroles : Pierre DELANOË
    Musique, orchestration : Shunsuke KIKUCHI
    Orchestration : Kenichiro MORIOKA
    Chant : Enriqué FORT

    Le texte

    Goldorak ! Goldorak !

    Va combattre ton ennemi
    Il est moins vaillant que toi
    Goldorak, pour notre vie,
    Je suis sûr que tu vaincras

    Toi, le prince de l’espace
    Le champion de la Terre
    Tu vas sauver notre race
    Nous redonner la lumière

    Pour l'amour des oiseaux, des fleurs,
    Et pour l'amour des enfants
    Tu seras vainqueur
    Des géants, des méchants

    Goldorak, tu es plus fort
    Que les anges de la mort
    Goldorak, go !
    Goldorak tu es plus fort
    Que la mort !

    Là où la chanson japonaise commençait avec une sorte de cri d'alerte (UFO ! UFO ! qui signifiait « ovni ! ovni ! »), la version française peine à trouver un équivalent et démarre sur un double « Goldorak ! » hurlé à pleins poumons qui, faute d'avoir le même nombre de syllabes, n'a pas la même brièveté et peine à convaincre.

    Ensuite, Pierre Delanoë s'inspire librement des paroles de Uchū no ōja Grendizer écrites par Kogo Hitomi, dont on retrouve des bribes presque à l'identique :
    le moment est venu d'apporter la lumière qui devient « tu vas nous redonner la lumière » ;
    pour les jeunes pousses vertes de la Terre / juste pour une fleur devient « pour l'amour des oiseaux, des fleurs ».

    La tonalité héroïque et optimiste de l'ensemble est poussée un cran plus loin : en japonais, Goldorak risque sa vie ; en français il est annoncé comme « vainqueur ». Le texte s'achève sur une hyperbole efficace dans sa relation avec la coda de la partition, mais discutable sur le fond : non, Goldorak n'est pas « plus fort que la mort », ni dans la chanson japonaise ni dans la réalité du dessin animé lui-même, loin s'en faut ! mais musicalement et dramatiquement, oui, cela fonctionne très bien.

    La musique

    Comme pour le générique de début, la chanson du générique de fin en français est enregistrée sur la bande-orchestre originale japonaise, que j'ai commentée sur ce même blog. Comme pour le générique de début, les choeurs en sont absents.

    Ici, la mélodie chantée par Enriqué Fort comporte quelques différences de détail avec la mélodie originale. Elles sont dues, probablement, à une légère différence de tessiture entre Enriqué (plus à l'aise dans l'aigu) et Isao Sasaki (à l'aise dans les graves). Le générique du début ne descend jusqu'au Do (mes. 4 à 7) et toujours pour des notes brèves (croches), qu'Enriqué sort sans difficulté apparente. (Toujours dans le générique de début, on retrouve un Do grave mes 29, un peu plus long cette fois : deux croches, donc un temps complet ; et c'est un moment où Enriqué produit quelque chose d'un peu curieux, comme une appogiature, et s'abstient de tenir réellement sa note.)

    Dans ce générique de fin, cependant, la mélodie originale descend deux fois jusqu'au Si grave pour des tenues longues (blanches) mes 14 et 22 ; et dans ces deux cas, sans doute parce que cette note était trop basse pour lui, Enriqué modifie la ligne mélodique et chante une ligne ascendante qui aboutit sur un Si aigu au lieu du Si grave.

    En violet, Enriqué monte jusqu'au Si aigu,
    là où la mélodie japonaise descendait au Si grave.

    Plus loin, dans le refrain en Si majeur, la mélodie comporte quelques Do dièse dans le grave (mes 24, 27 et 29) qu'il sort sans difficulté.

    Dans quelques cas, Enriqué modifie légèrement le rythme : aux mesures 11 et 12 où la mélodie d’origine enchaînait les noires, Enriqué introduit des croches (mes 12) qui créent un accent décalé. Et mesure 17, un groupe croche-noire-croche devient un beau triolet de noires (vous le saurez : j'aime vraiment beaucoup les triolets de noires).

    [Ajout du 2 avril 2022.]
    À la demande générale, voici le fameux triolet de noires de la mesure 17 (sur « le cham-pion »), spécifique à la version française et qui me met en extase :

    L'image

    Le texte français s'est un peu éloigné du texte japonais, les correspondances texte/image qui l'on pouvait relever dans les génériques japonais sont donc estompées. Reste l'apparition à l'écran d'une fleur au moment de « pour l'amour des oiseaux, des fleurs ».

    À l'issue du générique de fin, un écran est ajouté qui donne les crédits musicaux français, sans que l'on sache vraiment quelle chanson s'intitule « Goldorak » (générique de début, générique de fin ?). Aujourd'hui, pour les distinguer, il est convenu d'appeler chacune des deux chansons par son premier vers.


    La partition

    Comme je l'ai fait pour la version japonaise de la même chanson, voici la partition de sa version française, établie par mes soins. La transcription des parties d'orchestre est un copié-collé de la version japonaise et pour en comprendre le fonctionnement et les partis-pris, je vous invite à lire les commentaires que j'ai écrits à ce sujet.

    Comme toujours, n'hésitez pas à me signaler les éventuelles erreurs.






    Génériques de début et de fin (1978) par Enriqué

    Assez vite, après la diffusion d'une quinzaine d'épisodes, les paroles du générique de fin suscitent un tollé à cause du quatrain suivant :
    Toi, le prince de l’espace
    Le champion de la Terre
    Tu vas sauver notre race
    Nous redonner la lumière
    Dans la langue française, depuis la seconde guerre mondiale (et depuis que la génétique a mis en évidence que l'espèce humaine est une, et se divise pas en plusieurs races) le mot « race » est devenu tabou. Goldorak suscitait l'inquiétude, à cause de sa violence supposée et de son origine japonaise… il n'en faut pas plus pour que le robot géant soit présenté comme raciste et (point Godwin atteint) comme nazi.

    Pour Antenne 2, il n'est pas question de déprogrammer une série qui rencontre un succès pareil, mais il faut une solution rapide. Lorsque l'épisode 18 est diffusé, le 28 août 1978, on entend pour la dernière fois le générique de début tandis que le générique de fin, à l'origine du problème, est escamoté. Les deux chansons interprétées par Enriqué sont éliminées et remplacées par une nouvelle chanson enregistrée dans l'urgence par l'audacieux producteur Haïm Saban. La musique de Kikuchi et ses accents héroïques, sinon guerriers (cuivres, percussions), passe à la trappe et laisse place à une composition originale de Pascal Auriat nettement plus paisible. Ce nouveau générique, portée par la voix du jeune Noam Kaniel, est utilisé à partir de l'épisode 19, le 31 août 1978.

    L'enregistrement de la VF avait évidemment de l'avance sur le rythme de diffusion. Dans le corps même des épisodes, on continue donc de trouver les chansons d'Enriqué jusqu'à l'épisode 24, avec une ultime apparition à la fin de l'épisode 30. Par la suite, lorsque la version japonaise utilise une chanson, c'est en général sa version instrumentale qui sera utilisée pour la VF.

    Les deux génériques chantés par Enriqué, retirés de l'antenne après quelques semaines, n'ont pas connu les honneurs du disque et plus de quarante ans plus tard, ils demeurent inédits.

    À suivre…

    Pour tout savoir sur le générique version Noam, je vous donne rendez-vous à l'épisode 5 !


    Discographie

    En 2001, Olivier Fallaix, qui anime le jeune label Loga-Rythme, aimerait créer l'événement en sortant, enfin, un disque qui proposerait les deux génériques mythiques de 1978. Malheureusement, les bandes master semblent introuvables. Il a alors l'idée de proposer à Enriqué Fort de réenregistrer ces chansons. Ce dernier accepte et cela donne lieu à un CD deux titres que je mentionne pour mémoire.

    Initiative louable, belle idée sur le papier, ce nouvel enregistrement souffre de deux défauts. D'une part, l'interprétation vocale d'Enriqué est assez éloignée de cette qu'il avait donnée plus de vingt ans plus tôt. D'autre part, faute de disposer de la bande orchestre japonaise originale, ou faute d'avoir acheté le droit de l'utiliser, Loga-Rythme en produit un ré-enregistrement qui n'a pas la même couleur. L'orchestration originale est respectée, mais en partie confiée à des instruments synthétiques qui n'approchent pas la puissance sonore de l'enregistrement original.

    Pour les besoins du disque, les chansons sont présentées ici dans une version longue, avec des couplets français supplémentaires dont les paroles sont dues à Olivier Fallaix, qui n'est pas crédité sur la pochette.


     
    Goldorak (les chansons inédites de la série TV)
    Réf. : LR-501
     
    Sur ce CD 2 titres paru en 2001, les deux génériques d'Enriqué ont enfin les honneurs du disque… mais il ne s'agit pas des versions originales de 1978.

    Version produite par Yves Huchez pour Loga-Rythme.
    Orchestration : Tony Rallo.

    © Hervé Lesage de La Haye, mars 2022.

    mardi 26 octobre 2021

    Actarus n'a jamais dit “métamorphose”

    J'ai pris un retard certain dans la publication de mes articles consacrés aux génériques de Goldorak, mais j'ai une petite excuse : j'ai fait une découverte majeure, que je partage ici avec vous.

    Goldorak à la Une

    En cette rentrée Goldorak (le personnage, la série) fait la une de l'actualité française, de nouveau. C'est surprenant, et c'est logique : cette série animée, qui fit controverse lorsque son succès colossal et inattendu, à l'été 1978, confronta la France entière (enfants, parents, enseignants, journalistes…) à l'animation japonaise, s'est installée de longue date dans l'imaginaire collectif.


    Est-il possible de critiquer Goldorak, et serait-ce utile ? À l'orée des années quatre-vingt, la télévision française ouvrait grand les vannes de la programmation jeunesse et il fallait remplir les grilles. La France n'était pas en capacité de produire des séries d'animation de longue haleine (il fallut aller au Japon pour qu'Ulysse 31 devienne possible) et surtout, acheter des séries japonaises ou américaines coûtait beaucoup moins cher. Côté Japon, Goldorak ouvrit grand la brèche, accompagné par Candy et rapidement suivi par Albator, puis Capitaine Flam — quatre séries-phares dont le succès ne s'est pas démenti mais auxquelles l'arrivée sur le petit écran français confère une importance historique. En parler avec recul n'est pas si simple.

    Car, devant un tel triomphe, que peut-on dire ? Dans sa correspondance, François Truffaut, lui-même fin critique, explique un jour, en écrivant à Gérard Oury, qu'il lui semble totalement vain de prétendre analyser un film au succès aussi considérable que Le Corniaud : à quoi servirait-il d'en relever les éventuels défauts ou facilités, puisque qu'il a déjà l'unanimité pour lui ?

    De même, il reste difficile d'aborder Goldorak par la face nord et d'en faire l'escalade critique en prétendant à l'objectivité. Cependant, fait remarquable, cette série qui fut à ce point décriée alors même qu'elle triomphait en termes d'audience a fait l'objet, trois décennies plus tard, d'un colloque universitaire. La parution des actes de ce colloque constitue, en soit, un événement assez extraordinaire et je recommande sa lecture à tout amateur d'animation. Mais la chose est partiellement biaisée : les spécialistes d'aujourd'hui qui étudient Goldorak avec le plus grand sérieux sont à peu près tous les téléspectateurs d'hier. La réhabilitation par des intellectuels plus vieux que Goldorak n'a pas eu lieu et l'heure n'est pas, pas encore, à la redécouverte de l'objet par des critiques qui n'ont pas grandi avec. (Et pour ce qui me concerne, vis-à-vis des séries sur lesquelles se concentre mon attention, ma posture n'est pas tellement différente : je suis un geek qui voudrait se dire spécialiste, et non l'inverse.)
    Goldorak : l'aventure continue
    sous la direction de Sarah Hatchuel
    et Marie Pruvost-Delaspre
    Presses universitaires de Tours, 2018.

    Goldorak a été vu, en France, par des centaines de milliers de personnes, peut-être des millions. A été commenté pendant quarante années et plus, depuis les cours de récréation de la rentrée 1978 (… j'y étais !) jusqu'à Internet dans les années 2000, pour revenir dans les librairies, en 2021, sous forme d'une bande-dessinée francophone. Il aura fallu cinq auteurs (ça semble beaucoup) pour mener ce projet à bien, mais la présence au scénario de Denis Bajram, l'homme dont le cerveau a conçu l'impressionant Universal War One, est faite pour rassurer.

    C'est simple : à l'automne 2021, cela faisait bien quarante ans qu'on n'avait pas autant parlé de Goldorak dans les médias. Chose impensable : la série est même de retour à l'antenne, en grande pompe, sur une chaîne de télévision publique, France 4, depuis quelques jours.

    Voilà pour le préambule. Maintenant, venons-en au fait.

    Goldorak dans la culture geek

    Goldorak a été abondamment commenté par ses fans et fait même partie des objets d'étude qui, je le crois, ont contribué à l'émergence d'une culture geek active en France. Ainsi la fameuse question « pourquoi le siège d'Actarus fait-il deux demi-tours lorsqu'il passe de la navette de Goldorak à la tête du robot ? » fait partie des tous premiers sujets geek dont le traitement, sur Internet, a été remarqué et signalé par les médias généralistes. Pour étudier cette question, Omar Cornut a créé un site Internet où il a, dès 1997, collecté toutes les hypothèses possibles, des plus sérieuses aux plus farfelues : la seule constante, c'est le sérieux de la démarche elle-même.

    (Capture d'octobre 1999 consultée sur Archive.org)

    Le journal Le Monde en fait état dans son édition du 20 novembre 1998, il y a près d'un quart de siècle et c'est tout sauf anodin ; à mes yeux, cet article constitue une date fondamentale dans l'histoire des études geek en France.

    Pour mémoire, le site d'Omar Cornut a existé sous les URL successives suivantes :
    www.mygale.org/~affgold/#expose
    http://www.multimania.com/affgold/
    http://www.autolargue.net

    Aujourd'hui, on le trouve ici : http://autolargue.miracleworld.net/

    Terminologie

    L'une des grandes caractéristiques de Goldorak, c'est la richesse de sa terminologie, dont on sait qu'elle a été traduite, pour les besoin de la version française, avec beaucoup de créativité sous la direction de Michel Gatineau, qui en fut l'adaptateur : les « fulguropoings », « astéro-hache » et autres « cornofulgure », scandés tant et plus dans les cours de récréation sus-mentionnées, ont été des vecteurs de ce succès et de son inscription dans l'imaginaire collectif.

    Dans un article de Ouest-France daté du 27 août 2021, on peut lire :
    Évoquer Goldorak, c’est également se remémorer le vocabulaire qui l’accompagne. Les fans se souviendront de « métamorphose ! » lorsque Actarus doit rejoindre le robot.

    Aujourd'hui, nombreux, très nombreux, sont sur Internet les lieux d'érudition (blogs, forums, wiki) proposant un inventaire des termes employés ainsi que leur définition. Les plus savants signalent la correspondance entre termes français et termes japonais. Les plus pointilleux signalent dans quel épisode chaque terme est employé pour la première fois.

    Signalons par exemple :
    https://albator.com.fr/AlWebSite/Goldorak.php
    https://www.goldorakgo.com/wiki/index.php?title=Le_vocabulaire_technique
    https://www.ledman.tech/wiki/doku.php?id=start:other:jokes:goldorak


    Malgré les années qui passent, les échanges d'information entre spécialistes, quelques termes mal transcrits continuent parfois de circuler : non, à mon humble avis, les disques dentés lancés par la soucoupe ne se nomment pas « planitron » mais bien « planitronque » (qu'on écrira plutôt « planitronk »), du verbe « tronquer » qui signifie « couper ».

    Quelques variantes orthographiques subsistent : après tout, puisqu'il s'agit de transcription de dialogues, qui sait s'il faut écrire « corno-fulgur », « corno-fulgure » ou « cornofulgur » ? « mégavolts » doit-il s'écrire au singulier ou au pluriel ? Il faut consulter des documents d'époque, qui sont rares, pour pouvoir, dans certains cas, trancher.

    Mais, oui, j'en viens au fait.

    Découverte

    Cet été, j'ai entrepris de revoir Goldorak épisode par épisode et contre toute attente, j'ai découvert quelque chose.

    Depuis quarante ans, l'un des termes les plus emblématiques de toute la série, l'un des plus souvent répétés, a été systématiquement mal compris par les téléspectateurs, les fans, les spécialistes, au point que nulle part, sauf erreur, je n'ai pu trouver trace d'une hésitation sur ce sujet, et moins encore, trace du terme véritablement employé dans la version française de Goldorak.

    Car, à ce moment-clef où le héros s'élance dans les airs et va revêtir sa tenue de pilote, contrairement à ce que tout le monde considère comme acquis (cf. l'article de Ouest-France cité plus haut), Actarus ne crie pas : « Métamorphose ! »

    Non.

    À ce moment précis qui revient dans chaque épisode, le comédien Daniel Gall clame (attention…) : « Métamorphos ! »

    Oui, vous avez bien lu : métamorphos, en prononçant le « s » final. En alphabet phonétique international, Actarus dit \me.ta.mɔʁ.fos\ et non \me.ta.mɔʁ.foz\

    Et j'en veux pour preuve le montage suivant que j'ai effectué pour vous. J'ai mis, bout à bout, toutes les transformations d'Actarus en prince d'Euphor, du premier au soixante-quatorzième épisode. Au début de la série, chaque épisode ou presque contient un métamorphos ; quand on approche de la fin de la série, le montage fait parfois l'économie de cette séquence (on voit Actarus quitter l'observatoire, puis on le voit aux commandes de Goldorak). Je vous épargne le détail : si je ne me suis pas trompé, vous avez tout, et dans l'ordre.

    Ouvrez grands vos oreilles et… oubliez tout ce que vous croyiez savoir.




    Il faut reconnaître que la sonorité des deux mots est on ne peut plus proche. D'autant que, lorsque le comédien fait un peu traîner le « o », la consonne finale tend à se perdre : dans plusieurs épisodes on ne l'entend pas du tout. Elle reste cependant bien présente et audible dans beaucoup d'autres et je pense que le doute n'est plus permis. Car si ce \s\ n'est pas toujours nettement audible, je n'ai pas trouvé un seul épisode dans lequel on pourrait soutenir avec sérieux et sincérité que s'entend le \z\ final de « métamorphose ». C'est donc bien « métamorphos » que l'on doit maintenant écrire.

    Ce mot inventé est surprenant, certes, mais cohérent, quand on y réfléchit, avec l'ensemble d'une traduction qui fait la part belle aux consonances grecques (Hydargos, Minos, Horos…). Il est intéressant, aussi, car « métamorphos » devient non plus une sorte de formule magique, mais une véritable commande vocale codée, entraînant non pas une métamorphose au sens de transformation, mais l'exécution d'une opération (dont le processus restera inconnu) qui permet à Actarus de revêtir sa combinaison. Ce mot s'inscrit dans l'arsenal des « transfert », « autolargue » et « ovostable ». [Correction du 7 novembre 2021 : j'avais écrit, par erreur, « autostable ».]


    Et si l'on pousse un peu plus loin, ce « métamorphos » qui se prononce, donc « méta-mort-fosse », on peut aussi le comprendre, pourquoi pas ? « mets ta mort fausse ! ». Ce cri serait alors, pour le prince d'Euphor, l'expression d'un souhait : celui de ne pas mourir au combat. Je le reconnais, cette dernière proposition est quelque peu hardie.

    Ce qui est surprenant, c'est que de 1978 à 2021, personne (apparemment) n'ait correctement compris ce mot. D'autant que… les indices existaient !

    En effet, les paroles de la chanson « Le prince de l'espace », imprimées sur la pochette du disque vinyle 33 tours Goldorak comme au cinéma mentionnent ce terme et le font fidèlement à la VF du dessin animé :
    TOI LE PRINCE DE L'ESPACE
    CHEVALIER A LA ROSE
    TU TE MOQUES DES MENACES
    QUAND TU DIS MÉTAMORPHOS
    C'est doublement intéressant, car en l'état, les paroles ne riment pas : c'est bien le mot « métamorphose » qui rimerait avec « rose ». Tout porte à croire que le parolier Pierre Delanoë a écrit (par erreur) « métamorphose », puis que ce mot a été corrigé pour que le texte de la chanson soit conforme à la terminologie de la VF, quitte à abandonner la rime.

    Dans l'enregistrement, on ne peut pas dire que le mot soit très distinctement prononcé par le chanteur Jean-Pierre Savelli, qui devait être en difficulté devant cette rime qui ne fonctionne pas. En vertu de quoi les possesseurs de ce disque ont sans doute, tous, cru à une coquille dans le texte. Mais… la pochette du même disque contient également un outil précieux : un lexique dans lequel on trouve l'orthographe officielle de termes souvent mal transcrits que j'évoquais tout à l'heure (comme « planitronk » ou « mégavolt », au singulier). Et dans ce lexique, on peut lire, de nouveau, le mot « métamorphos » avec son orthographe correcte.
    Deux fois ! Ce n'est pas une coquille. Il me semble au contraire que ce disque, ajouté au montage vidéo proposé ci-dessus, fait la preuve définitive de ce que j'avance.

    Lorsqu'il revêt sa combinaison de pilotage de Goldorak, Actarus n'a jamais dit « métamorphose ».

    [Ajout du 28 octobre 2021.]
    Je découvre que ce sujet a brièvement été évoqué, en mars 2021, sur le forum Goldorakgo. On y apprend que le mot apparaît une troisième fois, dans le livret du disque Goldorak et l'ours polaire. Pourtant, à celui qui écrit « vous allez rire, j'ai revu le premier épisode, et on dirait bien qu'Actarus dit “métamorphos” », les autres répondent (je simplifie) « ah tiens, c'est drôle, c'écrit comme ça sur plusieurs supports mais c'est forcément une faute de frappe » et la discussion tourne court. [Fin de l'ajout.]

    Cette erreur, reprise partout depuis plus de quarante ans, se trouve évidemment dans l'excellent ouvrage déjà cité, Goldorak : l'aventure continue (qui propose, en annexe, un lexique fort utile mais contenant des erreurs difficilement compréhensibles, comme le maintien de « planiton »). Elle se retrouve aussi, par rebond, dans la BD Goldorak récemment parue chez Kana.

    Case tirée de Goldorak, par Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac & Guillo (éd. Kana, 2021).



    Mais non. Pendant 74 épisodes et d'innombrables rediffusions, sans que personne ne l'entende vraiment, Actarus a crié : « Métamorphos ! »

    Et en japonais ?

    Dans la version originale japonaise, les choses sont plus simples : lorsqu'il s'élance, le héros crie « Duke Fleed », ce qui est son propre nom.

    Longue vie à tous ceux qui ont aimé ou qui ont détesté Goldorak : c'est ma génération, celle des souvenirs qui vivent encore aujourd'hui.


    Merci à Gilles Broche.

    © Hervé Lesage de La Haye, octobre 2021.

    mardi 27 avril 2021

    Les génériques de Goldorak (1) et (2)

     
    À la mémoire de Shunsuke Kikuchi (1931-2021).



    [Ajout du 29 avril 2021.]
    Le 24 avril 2021, l'immense Shunsuke KIKUCHI est mort à l'âge de 89 ans, mais la nouvelle n'a été rendue publique que quatre jours plus tard. Dans la nuit du 26 au 27 avril, alors que je mettais la dernière main à l'article qui va suivre, puis que je le publiais en ligne, j'ignorais donc que le maître n'était plus et que l'hommage que je rendais à son travail serait posthume.

    Très simplement, je veux glisser ici quelques mots en son honneur et bien sûr, j'ajoute humblement une dédicace à son nom.
    Shunsuke Kikuchi (1931-2021)
    Kikuchi était un géant.

    Plus d'une fois, les musiques qu'il a composées ont su porter très haut la puissance dramatique de dessins animés que l'animation seule n'aurait pas toujours suffi à porter bien loin…

    Il a œuvré, en effet, pour cet âge d'or de l'animation japonaise qui, entrée dans l'ère industrielle, mettait en place des modes de production destinés à faire de la série animée télévisée un secteur rentable, quitte à le faire au dépens de l'animation elle-même — du moins si l'on se borne à l'évaluer selon des critères purement techniques (diminution du nombre d'images par seconde, réutilisation de plans, recours à l'animation par cycles, recours fréquent à l'arrêt sur image, etc.). L'animation limitée à la japonaise n'a pas empêché son succès et il faut prendre le temps d'en comprendre les raisons.

    Je suis personnellement convaincu que parmi les plus grands artisans de ce succès se trouvent les compositeurs. Je pense que très tôt, les grands studios japonais (Toei animation, TMS et leurs concurrents) ont compris combien il était important de s'attacher les services des meilleurs musiciens pour le petit écran, parce que sur un plan strictement comptable, il est beaucoup moins onéreux de payer un très bon compositeur et quelques jours d'enregistrement avec un orchestre que de faire travailler à plein temps des centaines de dessinateurs pendant des mois. Et Shunsuke Kikuchi fait partie, avec Kentarō Haneda (1949-2007) et Takeo Watanabe (1933-1989) de ceux qui étaient capables d'ajouter une plus-value immense aux séries qu'ils mettaient en musique. Il a eu la chance de travailler au service de réalisateurs talentueux qui savaient exactement comment, par l'art du montage, les noces alchimiques de l'image et de la musique pouvaient transformer la matière brute en or. Alors le gag le plus éculé fait rire, la séquence de combat déjà vue mille fois vous cloue au fond de votre siège, le plan fixe le plus anodin sur un visage immobile vous tire des larmes.

    En France, Goldorak est la série qui a permis aux spectateurs, pour la première fois, d'entendre la musique de Shunsuke Kikuchi. Je suis heureux et ému de pouvoir vous en parler, un peu, aujourd'hui, et surtout, de parler de ses partitions et de les montrer. J'ai également ajouté, en fin d'article, une petite sélection discographique.


    Est-il nécessaire de présenter Goldorak ? Série animée japonaise en 74 épisodes réalisée sous la direction de Tomoharu Katsumata d'après des personnages de Gō Nagai et produite par Toei Animation, UFOロボ グレンダイザー (littéralement : UFO Robo Grendizer, c'est-à-dire « le robot ovni Grendizer ») est diffusé en France à partir de 1978 sous le titre Goldorak (l'écran-titre français indique Goldorak, le robot de l'espace, qui restitue assez fidèlement le titre original). Le succès immédiat et considérable de la série ainsi que les controverses qui l'accompagnent vont contribuer à façonner durablement le paysage audiovisuel français ainsi que les débats qui l'animent.
    Témoins de ce succès hors-norme, un nombre impressionnant de diffusions (cinq en l'espace de dix ans) mais aussi l'enregistrement successif de nombreuses chansons destinées à accompagner les génériques (huit chansons en dix ans). Il faudrait consacrer un article complet aux nombreux disques dédiés à Goldorak qui ont été commercialisés en France à cette époque. Modestement, je me contenterai de parler des chansons elles-mêmes.

    Mais ai-je quelque chose de nouveau à proposer qui n'ait pas encore été dit ou écrit à propos des génériques de Goldorak ?

    En France, les chansons de génériques de dessins animés de la période 1978-1988 font l'objet, depuis la fin des années quatre-vingt-dix, d'un véritable culte. Ce culte a ses prophètes, ses apôtres, ses prêtres, ses écrits (des livres, des disques), ses prêches (des vidéos sur Youtube, des podcasts), ses cérémonies (des concerts) et bien sûr, ses fans. Comme c'est souvent le cas dans les domaines de la para-culture ou de la culture geek, les plus grand érudits (Olivier Fallaix, Archangel Eddy Chantel) en matière de génériques sont avant tout de grands collectionneurs. Il me semble toutefois remarquable de constater que ce culte consacré aux génériques (et pour être précis, aux chansons de génériques) peut donner lieu à d'innombrables échanges, discussions, commentaires mais que l'immense majorité de cette glose, consacrée à l'histoire des enregistrements, aux interprètes, à la discographie, ne se risque presque jamais à évoquer les aspects strictement musicaux de ce domaine. Est-il donc possible, comme l'ont fait Rui Pascoal et Olivier Fallaix en 2019, de consacrer un livre entier aux génériques sans jamais parler de musique ni présenter une seule page de partition ? Apparemment.

    Soit ! Loin dénigrer tout ce qui précède, j'en conclus que oui, il reste des choses à dire sur les chansons de Goldorak. Sans entrer dans l'érudition discographique, je tâcherai de décrire avec précision les différents génériques japonais et français tels qu'ils furent utilisés et donc, en me concentrant non sur les versions longues qui ont été exploitées au disque, mais sur les versions télévisées (parfois différentes). Sans m'égarer dans le commentaire musicologique (contrairement à ce que j'ai pu lire un jour sur Twitter, je ne suis pas musicologue !), je donnerai pour ces différentes chansons, outre leur texte, un aperçu de leur écriture musicale et de leur orchestration. Et pour chacun d'entre eux, je donnerai une partition complète sur trois ou quatre portées (chant + accompagnement).

    Nous voilà partis pour un marathon en dix épisodes consacré à l'intégralité des chansons des génériques de Goldorak ! Aujourd'hui, épisode double : les génériques originaux japonais.

    Les génériques japonais
    Chaque épisode de Goldorak commence par un générique d'ouverture (durée 1'10) et se termine par un générique de fin (1'10 également). Les deux sont chantés et interprétés par Isao SASAKI. Shunsuke KIKUCHI, compositeur des musiques de la série, signe également celle des génériques. Curieusement, il orchestre seul le générique de début mais l'orchestration du générique de fin est confiée à Kenichiro MORIOKA.

    Ces deux chansons d'une durée identique sont bâties sur un modèle assez proche :
    – même longueur (42 mesures) et même tempo, rapide (150 à la noire),
    – quelques mesures d'introduction et un couplet, en mineur,
    – un refrain dans la tonalité majeure homonyme,
    – une conclusion fracassante.

    Les deux chansons sont exécutées par un effectif important qui rassemble la plupart des pupitres que l'on entendra dans la musique de la série elle-même : cordes, cuivres, percussions, basse, batterie, guitares.

    Dans les grandes lignes, l'écriture est toute simple, résolument tonale, et repose essentiellement sur la mélodie. Mais l'orchestration est redoutable : cuivres et percussions se chargent de donner au chant un contrepoint façon fanfare, ce qui souligne les accents guerriers du texte. Alors que la mélodie chantée s'appuie principalement sur les temps forts, les cuivres jouent des rythmes brisés, façon jazz, avec force syncopes et croches décalées.

    Tobe! Grendizer, mesure 12 Uchū no ōja Grendizer, mesure 28
    Ci-dessus, deux exemples de croches décalées jouées par les cuivres dans les deux chansons.

    Dans le second exemple, ce motif vient se superposer sur une basse syncopée elle aussi, produisant un décalage supplémentaire : un quart de temps seulement (soit la valeur d'une double-croche) sépare le si aigu joué par la basse du si joué par les trompettes, et un quart de temps sépare ensuite le si des trompettes de celui que jouent les cordes (le seul à être posé sur un temps fort).

    Voici le texte japonais des deux chansons, ainsi que sa traduction. Ne lisant pas le japonais, je me suis appuyé sur les traductions proposées par Céline Epalle dans son intéressant mémoire de master intitulé Diffusion et réception du manga en France : l'exemple de Goldorak, de 1978 à nos jours (2017). J'ai corrigé quelques erreurs manifestes et tenté d'affiner le tout, grâce à l'aide précieuse de Gilles Broche, que je remercie.



    とべ!グレンダイザー
    Tobe! Grendizer

    [générique de début]

    Paroles : Kogo HITOMI
    Musique, orchestration : Shunsuke KIKUCHI
    Chant : Isao SASAKI
    avec le chœur Columbia Yurikago-Kai

    Le texte

    Le titre de cette première chanson est tiré de son premier couplet : Tobe, tobe Grendizer signifie « vole, vole, Goldorak ».

    ゆけゆけ デュークフリード
    とべとべ グレンダイザー
    Va, va, prince d'Euphor,
    Vole, vole Goldorak !
    大地と 海と 青空と
    友と誓った この平和
    守りもかたく たちあがれ
    Lève-toi pour protéger
    La paix comme tu l'as promis
    À la terre, la mer et au ciel bleu.
    地球はこんなに 小さいけれど
    正義と愛とで 輝く星だ
    守れ 守れ 守れ
    人間の星 みんなの地球
       
       
    La Terre est si petite, mais
    Grâce à l'amour et à la justice, c'est une étoile brillante
    Protège-la, protège-la, protège-la,
    L'étoile des hommes, notre planète à tous !

       (d'après la traduction de Céline Epalle)

    La musique

    Avec « Tobe! Grendizer », je me demande si l'on ne tient pas, musicalement, le plus marquant de tous les génériques de Goldorak. C'est, en tout cas, le plus spectaculaire. Après une introduction fracassante en fa mineur qui annonce le thème, le couplet démarre dans la même tonalité, accompagné par un orchestre discret au tout début mais dont les interventions vont s'amplifier. La manière dont les doubles-croches des violons, puis les envolées de trompettes, viennent s'enrouler autour du chant, le tout soutenu par une rythmique infernale, est terriblement efficace : c'est une chevauchée à bride abattue.

    Le couplet (« et au ciel bleu ») se ferme sur un rapide changement de tonalité par juxtaposition (deux accords de fa successifs, fa mineur puis fa majeur) qui permet l'arrivée du refrain, dans la tonalité homonyme majeure. Si l'on ajoute à cela l'entrée d'un chœur d'enfants qui vient doubler la mélodie, force est de constater que le kitsch n'est pas loin… mais les choses vont vite et arrive déjà la coda, en fa mineur de nouveau ; je reste stupéfait par la puissance dramatique de cet accord de sol bémol majeur martelé huit fois de suite ! Et le générique s'arrête, par la magie d'une tierce picarde, sur un accord majeur posé de façon abrupte non sur un premier mais sur un troisième temps.

    Cet accord répété huit fois peu avant l'accord final est une sixte napolitaine.
    Une cadence similaire sert de transition entre couplet et refrain (mes. 18 à 20).

    Comme beaucoup d'autres compositeurs japonais pour le dessin animé, Shunsuke Kikuchi ose tout, c'est même à cela qu'on reconnaît son talent.

    L'image

    Dans le générique tel qu'il est monté, le rapport image/son est distant et seuls les premiers plans font directement écho aux paroles de la chanson :
    – Actarus qui court sur « Va, va, va, prince d'Euphor »,
    – première apparition de Goldorak sur « Vole, vole Goldorak ! ».

    Ensuite, pour l'essentiel, le générique présente des séquences montrant Goldorak en train de détruire un à un toutes sortes d'ennemis. Il s'agit de dire au spectateur ce que sera la série, ou du moins de formuler une promesse. Dans la bande-son, quelques bruitages assez agressifs, principalement dans l'aigu, viennent se superposer à la musique. Avec ce générique de début, image et son annoncent nettement la couleur : Goldorak sera une série d'action riche en combats, en coups de laser, en explosions.

    Pour ceux qui ne l'auraient encore jamais vu, voici donc ce générique de début japonais.


    Générique de début japonais


    La partition

    Je vous propose la partition de cette première chanson, établie par mes soins. La partie chantée est notée avec une translittération du texte japonais en alphabet latin. Pour les parties instrumentales, j'ai fait le choix d'une transcription/réduction sur deux portées. Ce n'est pas exactement une réduction pour piano : il s'agit plutôt d'une version ramassée et aussi lisible que possible de tout l'orchestre (violons, cors, trompettes, timbale, basse). La portée inférieure reproduit fidèlement la ligne de basse, avec l'ajout de quelques interventions des timbales. La portée supérieure concentre, sous forme simplifiée, les cordes et les cuivres. Ainsi, les pianistes et et claviéristes pourront sans peine produire leur propre version ; les curieux pourront jouer à analyser l'écriture musicale ; et les orchestrateurs en herbe, qui souhaiteraient adapter la musique pour un ensemble de musiciens quel qu'en soit l'effectif, auront une base de travail qui me semble solide.

    En voulant reproduire avec fidélité les différentes parties sur la même portée, j'ai parfois créée des enchevêtrements qui peuvent rendre la lecture inconfortable… vous voudrez bien m'en excuser. J'ai fait au mieux, et ce n'est sans doute pas parfait. J'ai la faiblesse de penser que rien d'aussi précis n'avait été diffusé jusqu'à présent.

    Et si vous repérez des éventuelles erreurs, vous serez assez aimables pour me les signaler !



     
    宇宙の王者グレンダイザー
    Uchū no ōja Grendizer

    [générique de fin]

    Paroles : Kogo HITOMI
    Musique : Shunsuke KIKUCHI
    Orchestration : Kenichiro MORIOKA
    Chant : Isao SASAKI
    avec le chœur Kōrogi' 73

    Le texte

    Le titre de cette chanson est, en fait, son dernier vers. Uchū no ōja Grendizer peut se traduire par « Goldorak, le héros de l'espace » mais également par « Goldorak, le roi de l'univers ».

    (UFO UFO)
    切り裂け怒りの ダブルハーケン
    たたかえ グレンダイザー
    もう許せない
    (OVNI ! OVNI !)
    À la fureur de ton astéro-hache,
    Bats-toi, Goldorak,
    Sois sans merci !
    果てない暗さの 宇宙空間
    今こそ グレンダイザー
    光をともせ
    Dans l'obscurité infinie de l'espace,
    Le moment est venu, Goldorak,
    D'apporter la lumière.
    地球の緑の 若葉のために
    ただ一輪の 花のために
    デュークフリードは 命をかける
    (グレンダイザー ゴー!)
    宇宙の王者 グレンダイザー
       
       
    Pour les jeunes pousses vertes de la Terre,
    Juste pour une fleur,
    Le prince d'Euphor risque sa vie
    (Goldorak go !)
    Le héros de l'espace, Goldorak !

       (d'après la traduction de Céline Epalle)

    La musique

    Hormis que l'on est en tonalité de si (et non en fa), dans sa structure, ce générique de fin ressemble considérablement à son alter-ego. Introduction puis couplet en si mineur donc, même tempo (noire à 150), mélodie qui s'appuie sur les temps forts, avec les cuivres en contrepoint, sur des rythmes décalés. La musique appuie les accents dramatiques du texte qui évoque la « fureur » (ou la rage) et « l'obscurité infinie ». Il suffit d'un mot (« lumière ») pour renverser la couleur et passer immédiatement en tonalité de si majeur, pour le refrain qui évoque les « jeunes pousses », les « fleurs », accompagné par une polyphonie de voix d'hommes… jusqu'à une fin brève, avec un très léger ritenuto qui conduit à l'accord final (si majeur). Ouf !

    Un détail pittoresque parmi d'autres : comme pour affirmer assez vite que tous les coups sont permis, l'orchestrateur assume les accents déplacés avec un énorme coup de timbale venu presque n'importe où (un si, qui tombe un demi-temps après la basse qui pose la même note) :
    Uchū no ōja Grendizer, mesure 8

    L'image

    Ici, la correspondance entre image et son est plus étudiée que dans le générique de début et ne s'interdit pas quelques redondances :
    – plans sur Goldorak en vol et ses armes pour l'introduction et le couplet en mineur,
    – astéro-hache à l'écran au moment où le mot est prononcé (en japonais ダブルハーケン = « double harken »),
    – joie d'Actarus sur la Terre lorsque l'on passe en majeur et qu'entrent les chœurs,
    – apparition d'une fleur sur « juste pour une fleur »,
    – apparition du double visage d'Actarus sur « le prince d'Euphor risque sa vie ».
    Contrairement au générique de début, la bande-son du générique de fin utilise la chanson telle quelle, sans ajout de bruitages.


    Générique de fin japonais

    La partition

    Comme pour le générique précédent, je propose aux plus musiciens d'entre vous la transcription complète de « Uchū no ōja Grendizer » dans sa version TV, sur quatre portées cette fois. Le chant est reproduit tel quel, avec la translittération des paroles japonaises en alphabet latin. Les parties d'orchestre (cordes, cuivres, percussions) sont réduites sur une double portée de piano, sur laquelle figure la ligne de basse en portée inférieure, et en portée supérieure toute l'harmonie et les principales lignes et fioritures. Et s'ajoute tout en haut une quatrième portée avec la transcription des chœurs d'hommes.

    Là aussi, n'hésitez pas à me signaler les éventuelles erreurs.


    À suivre…

    Dans les prochains épisodes de cette série, nous parlerons des génériques français chantés par Enriqué, Noam, les Goldies, Lionel Leroy, Bernard Minet… avec bien sûr la totalité des partitions !


    Discographie

    [Section mise à jour le 29 avril 2021.]
    Au Japon, les chansons « Tobe! Grendizer » et « Uchū no ōja Grendizer » ont été exploitées commercialement à plusieurs reprises, soit dans la version du générique de la série (dite « version TV »), soit dans une version longue comprenant pour chacune un couplet et un refrain supplémentaires.


     
    UFOロボ グレンダイザー
    Réf. : Columbia SCS-270
     
    Sur ce disque 45 tours paru en octobre 1975, les deux chansons sont présentées dans leur version longue.

     
    菊池俊輔作品集
    Réf. : Columbia CS-7122-3
     
    Paru en 1979, ce double album vinyle 33 tours est une anthologie consacrée aux bandes originales de quatre séries animées mises en musique par Shunsuke Kikuchi : Tiger Mask, Casshern, Getter Robo et Goldorak. On y trouve les deux chansons du générique dans leur version TV.
     
    Réédité sous forme d'un double CD en 1991.
    (Réf. : Columbia COCC-7239-40)

     
    UFOロボ グレンダイザー
    Réf. : Columbia CX-7099
     
    Paru en juin 1983, cet album présente une belle sélection des musiques de Goldorak. On y retrouve les deux chansons dans leur version TV.
     
    Cet album est réédité au format CD en septembre 2004. Ce disque constitue une excellente introduction à la musique de Shunsuke Kikuchi.
    (Réf. : Columbia COCC-72072)
    UFOロボ グレンダイザー
    Eternal Edition File No. 7 & 8

    Réf. : Columbia COCX-32101 -2
     
    Paru en mars 2003, ce double-CD rassemble l'essentiel des musiques de la série Goldorak, ainsi que les deux chansons du générique (en version longue chantée et version longue instrumentale).

     
    UFOロボ グレンダイザー & Others
    Eternal Edition File No. 9 & 10

    Réf. : Columbia COCX-32228 -9
     
    Paru en mai 2003, ce second double-CD complète le précédent, avec quelques musiques supplémentaires ; on y retrouve les deux chansons dans leur version TV.

    Références

    J'ai emprunté à Simon Bréan l'idée des érudits-collectionneurs (même si le générique de dessin animé cherche encore son Pierre Versins…) :
    Simon Bréan, « Les érudits de la science-fiction en France, une tradition critique endogène », ReS Futurae [En ligne], 1 | 2012.
    https://journals.openedition.org/resf/131

    Et puisque je l'ai cité, voici les références du mémoire de Céline Epalle :
    Céline Epalle, Diffusion et réception du manga en France : l'exemple de Goldorak, de 1978 à nos jours, 2017.
    https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notices/67857-diffusion-et-reception-du-manga-en-france-l-exemple-de-goldorak-de-1978-a-nos-jours


    Merci à Gilles Broche, fin connaisseur de Goldorak et appui indispensable.
    Merci à François Vey et Julien de La Haye pour leur relecture attentive de la partition de « Tobe! Grendizer » et leurs précieux conseils. C'est à chaque fois un plaisir d'échanger avec eux qui savent l'un comme l'autre conjuguer pragmatisme et érudition.

    © Hervé Lesage de La Haye, avril 2021.