vendredi 30 mars 2018

Hommage à Patrick Dusoulier

Patrick Dusoulier était traducteur. Depuis juillet 2007 jusqu'à ces derniers mois, j'ai eu le bonheur de le côtoyer, lors des "déjeuners du lundi" qui réunissent, puis plus d'un demi-siècle, auteurs et amateurs de science-fiction. Il est mort il y a quelques jours, brutalement, des suites d'un cancer.

Patrick, après avoir fait carrière dans un grand groupe pétrolier, était venu à la traduction littéraire tardivement, à l'âge de la retraite. Gérard Klein, créateur et directeur de la collection "Ailleurs & demain", chez Robert Laffont, a décelé son potentiel et lui a mis le pied à l'étrier. En quelques années, il est devenu une figure incontournable de la traduction dans le domaine de la science-fiction, offrant aux lecteurs français les romans récents de Margaret Atwood, Usula Le Guin, Charles Stross, Dan Simmons et Ian M. Banks. Il a, également et surtout, activement contribué à promouvoir l'oeuvre de Jack Vance, son auteur favori, s'employant à faire traduire et faire paraître ses inédits.

Pendant toutes ces années, il a également traduit, avec constance et conscience, les suites de Dune commises par Kevin J. Anderson. A chaque fois qu'un nouveau volume paraissait, il essuyait quelques sarcasmes, et tentait parfois de nous convaincre que ces livres n'étaient pas inintéressants. Je n'en ai jamais ouvert un seul, mais chacune de ces parutions est un excellent souvenir, et il y eu eut beaucoup.

En 2012, sa traduction du livre de Iain M. Banks Les Enfers virtuels fut couronnée par le prix Jacques Chambon de la traduction.


Lors de nos déjeuners, Patrick se distinguait par une voix sonore, souvent outrancièrement sonore, par une susceptibilité d'un niveau presque aussi élevé, et une grande constance dans le calembour de tradition almanach Vermot. Ces qualités contribuaient évidemment à faire de lui un convive dont l'absence ne pourra que se faire cruellement sentir.

Il était aussi d'une générosité toujours surprenante, offrant une bonne bouteille ou une tournée de grappa pour célébrer toute occasion qui lui semblait importante, ou simplement parce qu'il en avait envie. Je le soupçonne d'ailleurs fortement d'avoir, parfois, inventé des prétextes pour offrir sa tournée. Car lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, en juillet 2007, il offrait justement un verre à toute la tablée pour fêter ses trois ans au "déjeuner du lundi", je m'en souviens comme si c'était hier. Et puis, quelques années plus tard, il payait également sa bouteille pour célébrer (je ne sais plus exactement) cinq ans ou peut-être huit ans de présence, sauf que ce jour-là (je ne pouvais me tromper, me rappelant, moi, avec précision l'anniversaire de l'été 2007) ne coïncidait ni en mois ni en année avec l'anniversaire précédent. Je n'ai jamais su s'il le faisait en toute conscience ou si son cerveau, qui jugeait que fêter quelque chose était sans doute plus important que la chose fêtée, fabriquait et lui envoyait dans ce but des informations fausses. Je me suis bien gardé de le dénoncer, en tout cas.

Quand il faisait des présentations à un nouvel arrivant, il me désignait toujours comme "grand spécialiste du cinéma" et je suis heureux que dans la plupart des cas, cette réputation qui eût été usurpée ne se soit pas installée. A l'origine de cette haute opinion qu'il avait de moi, il y avait un débat, toujours lors de ce déjeuner de juillet 2007, au cours duquel les personnes présentes cherchaient le nom du cinéaste ayant mis en scène le film 1984. Les noms qui surgissaient, je le savais, étaient tous faux, mais je trépignais car je ne parvenais pas à trouver moi non plus la réponse à cette question. Soucieux de faire bonne impression, j'ai alors "fait appel à un ami" et envoyé un texto discret, qui m'a permis de murmurer, quelques minutes plus tard, "Michael Radford". Patrick en fut tellement impressionné que j'ai rapidement révélé que l'information m'avait été transmise "de l'extérieur". Mais cette première impression lui est restée.

Patrick Dusoulier était un cinéphile averti, d'une culture ample. Et comme beaucoup de cinéphiles, il était totalement opposé à l'idée même de doublage, considérant que changer la voix d'un acteur était une entorse insupportable à l'oeuvre cinématographique. Ce point de vue m'a toujours semblé, de la part d'un traducteur littéraire, paradoxal ; mais jamais je n'ai réussi à le convaincre qu'un roman traduit, dont il reste 0% du matériau originel, est une violence beaucoup plus grande faite à l'oeuvre qu'un film doublé, dont la bande sonore est, il est vrai, transformée (et pas totalement : musique et bruitages sont inchangés) mais dont dimension visuelle, elle, n'est aucunement modifiée. La dernière fois que j'ai tenté de soutenir ce point de vue, c'était en 2017, j'ai rapidement fait machine arrière car j'ai vu, effaré, que mon interlocuteur commençait à me soupçonner de dénigrer son métier ou, pire encore, de le comparer à cette abomination qu'on appelle le doublage des films. Et qui n'a jamais vu Patrick Dusoulier contrarié ne peut imaginer la frayeur qui m'envahit ce jour-là.

Patrick Dusoulier avait, aussi, un goût prononcé pour les films intensément macabres comme Saw et ses suites, qu'il ne cessait de me recommander en m'assurant "je pense que ça te plaira beaucoup", et je me demande encore ce qui pouvait lui faire croire une chose pareille (je n'ai jamais suivi ses conseils dans ce domaine, je l'avoue). Mais surtout, dès 2007 et la sortie française de Saw IV, nous nous amusions déjà de la possible sortie, un jour, d'un Saw VI puis d'un Saw VII dont les titres nous faisaient hurler de rire.

Il faudrait que je parle de son métier de traducteur. De son amour de la langue. Du grand bêtisier de la traduction, qu'il alimentait à chaque fois qu'il travaillait à la révision d'une traduction ancienne. Je ne le ferai pas. Il faut lire les livres qu'il a traduits ou retraduits. Ces dernières années, sa traduction nouvelle de Limbo est peut-être le travail qui lui a donné le plus de fil à retordre et dont il était légitimement fier.


Depuis trois ans, ma présence aux déjeuners s'est espacée, mais Patrick était toujours là, inamovible, et m'impressionnait par la sincérité vraisemblable avec laquelle il prenait de mes nouvelles et des nouvelles de mes enfants, dont il avait en tête prénom et date de naissance.

La dernière fois que je l'ai vu, c'était en novembre. Il venait de faire paraître l'ultime roman inédit de Jack Vance, un polar de jeunesse, L'Île aux oiseaux. Il en était très heureux, je crois.


Je vais relire son Terremer, je crois. Dont on me dit qu'une auteur américaine l'a écrit en anglais. En français, toutefois, le texte définitif porte la marque de Patrick Dusoulier.

© Hervé Lesage de La Haye, 30 mars 2018.

 

mercredi 14 mars 2018

« Résumer Tolkien » ou Le Hobbit à Roanne

En 1972, le Monty Python Flying Circus diffusait le sketch The ”Summarize Proust Competition“ (« Résumer Proust »)…


En 1966, Gene Deitch, réalisateur de dessins animés, principalement de cartoons, s'est vu confier un projet relevant de la gageure : adapter The Hobbit de J.R.R. Tolkien en un court-métrage de 12 minutes maximum, et de le faire en quelques semaines. Ce qui fut fait.

Remarquable à plus d'un titre, par ses partis-pris esthétiques et techniques, par ses choix d'adaptation radicaux, The Hobbit, production américaine réalisée à Prague, est aussi la seule adaptation à l'écran d'une œuvre de Tolkien menée à bien du vivant de l'auteur. Tolkien, toutefois, n'a jamais vu le film, qui fut projeté brièvement à New York, puis jeté aux oubliettes pendant 45 ans.

Invisible depuis, The Hobbit a refait surface sur Internet en 2012.


Le vendredi 23 mars 2018 à Roanne, dans le cadre du colloque Au milieu de l'image coulent les textes consacré à l'adaptation littéraire en court-métrage animé, je reviendrai en détail sur l'histoire étonnante, encore en partie obscure, de ce Hobbit longtemps oublié.

Et si tout se passe bien, un article devrait suivre !

mardi 14 novembre 2017

Hommage à André Ruellan

 
Pour Philippe, Gérard, Joseph, Marianne, Patrick, Christophe, Olivier, Matthieu, Simon…


Le 10 novembre 2016 disparaissait André Ruellan, qui fut à la fois scénariste de cinéma et de télévision (pour Pierre Richard, Alain Jessua et Jean-Pierre Mocky) et, sous le pseudonyme de Kurt Steiner, l'un des meilleurs auteurs français de science-fiction de son temps. Les Utopiales de Nantes lui ont rendu hommage lors d'une table ronde, le 2 novembre dernier. Parce que j'aime ses livres et parce que j'ai eu la chance de connaître un peu l'homme, je reprends ici, sous une autre forme, le travail que j'avais fait pour cette table ronde.

Jeunesse

André Ruellan est né le 7 août 1922 à Bécon-les-bruyères (commune de Courbevoie). Son père, soudeur de profession, était grand amateur de livres.

« Mon père était anarcho-syndicaliste ; matérialiste en ce qui concernait Dieu, en revanche plutôt mystique à propos de la vie future. Comme beaucoup de socialistes vers la fin du siècle dernier, il avait été influencé par un courant spiritualiste venu des Indes. Vers douze ans, par exemple, il m'a fait lire les Maisons hantées de Camille Flammarion et je croyais aux fantômes dur comme fer. »

À seize ans, André Ruellan entre à l'École Normale d'Instituteurs de Versailles. Alors, déjà, il pense à écrire. À quatorze ans, il avait commencé un roman où il était question d'insectes géants.

Il traverse la guerre tant bien que mal, échappe à un départ pour le STO en Allemagne. Quinze jours après le débarquement, il manque de peu d'être fusillé comme otage. Il a tout juste vingt-deux ans.

Il devient instituteur et enseigne pendant deux ans, mais en 1947, il commence des études de médecine.

Années 1950

L'envie d'écrire ne l'a pas quitté. En 1953, il publie son premier roman de science-fiction, Alerte aux monstres, sous le pseudonyme de Kurt Wargar. En 1956, il commence à publier des romans fantastiques dans la collection « Angoisse » du Fleuve Noir sous le nom de Kurt Steiner. Il écrira 22 romans pour cette collection en moins de cinq ans.

« Quand j’ai commencé à écrire au Fleuve Noir, beaucoup d’auteurs français utilisaient des noms anglo-saxons, pour me démarquer j’en ai pris un allemand. À l’époque la signature appartenait à la maison d’édition donc si je voulais écrire ailleurs, il m’en fallait d’autres. Et comme pour l’histoire de la parcelle d’âme que l’on vous prend en vous photographiant, j’ai préféré conserver mon nom et vendre un leurre. »

La même année, il soutient son doctorat de médecine. Il tiendra un cabinet de généraliste dans le quartier des Halles jusqu'en 1970.

« Il aimait bien la médecine, explique son ami Philippe Curval, mais pas tenir un cabinet. Il passait ses soirées avec nous, dans le comité éditorial de Fiction avec Alain Dorémieux, Jacques Goimard, Gérard Klein et moi-même, nous baladait dans sa Buick décapotable et souvent les patients l'attendaient sur le palier le lendemain. »

En 1958 paraît son premier roman pour la collection « Anticipation » du Fleuve Noir, Menace d'outre-terre. Il écrira 11 volumes pour cette collection, qui vont l'imposer comme l'une des grandes plumes de la science-fiction.

Années 1960

En 1963 paraît, sous le nom d'André Ruellan, le Manuel du Savoir-mourir, illustré par son ami Roland Topor et qui sera plusieurs fois réédité. Ce livre étonnant remporte cette année-là le Prix de l'humour noir et vaut à son auteur d'être remarqué par André Breton. Ruellan se rapproche alors des surréalistes, puis rejoint un temps le mouvement Panique avec Topor mais aussi Arrabal et Jodorowski.
En 1965, il travaille pour la première fois pour la télévision, signant les poèmes de Marie Mathématique, un étonnant petit dessin animé de science-fiction dans lequel, sur des dessins de Jean-Claude Forest, les textes d'André Ruellan sont dits et mis en musique par Serge Gainsbourg. Six épisodes sont produits et diffusés d'octobre 1965 à avril 1966.



À la même époque, sous le pseudonyme de Kurt Dupont, il sévit dans les pages de Hari-Kiri, comme le font ses amis Curval et Topor.

À la fin des années soixante, à la Coupole, il fait la connaissance d'un jeune comédien de 35 ans, plein de promesses, au physique dégingandé et au visage lunaire, qui se cherche encore un personnage pour exister. André Ruellan lui dit : « Ouvrez les Caractères de La Bruyère, et relisez Ménalque. » Ce comédien s'appelle Pierre Richard. Et Ménalque, c'est le personnage du distrait.

Ruellan offre à Pierre Richard, sur un plateau, ce personnage auquel il sera identifié pour tout le reste de sa carrière. Ensemble, ils signent le scénario du film Le Distrait, que Pierre Richard réalise et qui sort en 1970, avec le succès que l'on sait. (André Ruellan fait une brève apparition dans ce film.) Deux ans plus tard, ils récidivent avec Les Malheurs d'Alfred.

Années 1970 et 1980

En avril 1970, il donne au magazine Midi-Minuit Fantastique un long et bel entretien dans lequel André Ruellan fait mine d'interroger Kurt Steiner.

En 1972 son roman Le Seuil du vide est porté à l'écran par Jean-François Davy.

En 1973, Gérard Klein lui ouvre les portes de la prestigieuse collection « Ailleurs & demain » en publiant Tunnel, premier roman de science-fiction à paraître sous le nom d'André Ruellan. En 1975, il réédite le diptyque Ortog de Kurt Steiner dans « Ailleurs & demain les classiques », agrémenté d'une longue préface de Jacques Goimard.

De 1973 à 1976, plusieurs de ses romans fantastiques sont adaptés en bande-dessinées dans la revue pour adultes Hallucinations. Au même moment, ses romans des années cinquante et soixante commencent à être repris en poche, d'abord ses romans d'angoisse, en Marabout fantastique (1974), au Masque fantastique (1976-1977) et en Super Luxe Fleuve noir « Horizons de l'au-delà » (1975-1983), puis ses romans de science-fiction, dans les trois collections créées et dirigées par ses amis Jacques Sadoul (J'ai Lu, 1976-1981), Jacques Goimard (Presses pocket science-fiction, 1978-1981) puis Gérard Klein (Le Livre de Poche science-fiction, à partir de 1987).

En 1975, il écrit son premier grand scénario pour Jean-Pierre Mocky, celui du film L'Ibis rouge, d'après Fredric Brown, début d'une collaboration qui durera 40 ans.

En 1984 paraît Mémo dans la collection « Présence du futur » chez Denoël. L'année suivante, ce roman est couronné par le Grand prix de la science-fiction française. En 1988, il dirige brièvement, avec Alain Garsault, la collection « Gore » du Fleuve Noir, qui sous sa férule s'orne de couvertures hallucinantes de Roland Topor.

Années 2000 et 2010

Tout au long des années 2000, André Ruellan, égal à lui même, octogénaire, continue de fréquenter chaque semaine le mythique Déjeuner du lundi, rendez-vous de la science-fiction qui existe depuis le début des années cinquante où j'ai le privilège de le côtoyer. Il aime à rappeler aux plus jeunes qu'il a vu le premier King Kong lors de sa sortie au cinéma, il établit des parallèles acides entre l'actualité politique du moment et ses souvenirs de l'Occupation, bref, il joue de son statut de figure éternelle de la science-fiction française et nous faisons tous comme s'il serait toujours là.

En 2006, Philippe Curval et lui contribuent à créer le Nouveau Grand Prix de la science-fiction française, dit Prix du lundi.

Début 2009 encore, alors qu'il a 86 ans, toujours malicieux et alerte, il apporte chaque lundi sur une clé USB la sauvegarde de son roman en cours, ce qui suscite toutes sortes de dialogues surréalistes comme « — André, tu as bien jeté ta clé à la corbeille avant de la retirer le l'ordinateur ? — Noooon, bien sûr que non ! » ou encore « — Tu enregistres régulièrement ton texte, pendant la saisie ? — Que veux-tu dire par-là, exactement ? » et des sueurs froides quant à la sauvegarde de ce précieux manuscrit.

Il continue à écrire jusqu'au soir de sa vie : des scénarios, des nouvelles, comme le glacial « Temps mort », dans le recueil collectif Retours sur l'horizon dirigé par Serge Lehman (2009).

Au début des années 2010, il s'efface un peu, fatigué, se déplaçant avec peine, mais garde l'esprit qui est le sien et signe encore trois scénarios pour Jean-Pierre Mocky entre 2013 et 2015.

Il meurt à Paris, le 10 novembre 2016, à l'âge de 94 ans. Il laisse 44 romans dont 16 de science-fiction, 30 films, une œuvre poétique considérable et largement inédite. Son extraordinaire avis de décès, publié dans Le Monde, a été largement remarqué et repris par la presse régionale et les réseaux sociaux.


« Presque tous ses romans, analyse son éditeur et ami Gérard Klein, même ceux réputés de science-fiction, penchent du côté du Fantastique, de l'œuvre sournoise de forces maléfiques et incompréhensibles, ombrées par la mort. »

© Hervé Lesage de La Haye, octobre/novembre 2017.

 
Sources :
— Alain Sprauel, « Bibliographie d'André Ruellan/Kurt Steiner », Biblio-SF n° 4, septembre 2010, p. 1-22.
— « Kurt Steiner et le fantastique de grande diffusion. A. Ruellan : entretien avec Kurt Steiner », Midi/minuit fantastique n° 21, avril 1970, p. 72-75.
— Gérard Klein, préface à Kurt Steiner, Les Océans du ciel, Le Livre de poche science-fiction, 1992.
http://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/lp27148.html
— Gérard Klein, préface à André Ruellan, Le Disque rayé, Le Livre de poche science-fiction, 1997.
http://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/lp27200.html
— Frédérique Roussel, « Le déjeuner fantastique », Libération, 21 janvier 2005.
http://www.liberation.fr/grand-angle/2005/01/21/le-dejeuner-fantastique_506852
— Frédérique Roussel, « André Ruellan dialogue avec la mort », Libération, 17 novembre 2016.
http://next.liberation.fr/culture-next/2016/11/17/andre-ruellan-dialogue-avec-la-mort_1528870

Merci à Alain Sprauel.

mercredi 4 octobre 2017

Il était une fois... l'homme censuré ?

La série animée Il était une fois… l'homme, écrite et réalisée par Albert Barillé, aura bientôt quarante ans. Depuis sa première diffusion, de septembre 1978 à avril 1979 sur la chaîne FR3, elle a connu un nombre de rediffusions record et a été exploitée de nombreuses fois en cassettes VHS (des années quatre-vingt jusqu'au début des années 2000), puis en DVD (à partir de l'an 2000), puis en Blu-ray (depuis 2013). Pendant plus de trente ans, cette série documentaire destinée à la jeunesse, qui entend balayer toute l'histoire de l'humanité depuis l'apparition de la vie sur terre jusqu'à la fin du XXe siècle, n'a pas subi la moindre modification ni de forme, ni de contenu. Cela peut sembler curieux : comment réagirions-nous, parents, si nous découvrions dans l'école de nos enfants des manuels scolaires vieux de plusieurs décennies ? en particulier pour enseigner l'histoire, matière dont le contenu s'enrichit à la fois avec la marche des événements et par l'évolution du regard que l'on porte sur le passé ? C'est pourtant bien grâce à la bienveillance des parents d'aujourd'hui, qui étaient les jeunes spectateurs d'hier, que Il était une fois… l'homme réjouit des générations successives d'enfants.


Au début des années 2010, la société Procidis annonce que sa série-phare va subir une restauration majeure et quelques transformations. Trente années et plus de rééditions et rediffusions à partir de masters vidéo datant des années soixante-dix, cela faisait beaucoup, et ne promettait pas de franchir l'obstacle des nouveaux supports haute-définition. Pour que la série continue à vivre, il fallait revenir aux origines de la production et sortir, pour la première fois depuis 1978, les négatifs de leur laboratoire.

Les négatifs sont donc scannés au standard haute-définition 2K, les cassures réparées, les poussières nettoyées, la colorimétrie corrigée. Procidis et son prestataire Mikros ont, ensemble, mené une très belle campagne de communication pour expliquer aux futurs spectateurs le processus en cours et l'investissement que cela représentait. À l'automne 2013, le résultat était là, spectaculaire ; la série pouvait être rediffusée en HD pour la première fois, et commercialisée sur support Blu-Ray. Parallèlement, un nouveau coffret DVD vient remplacer les précédentes éditions sur ce support.

On a pu lire, ici et là, quelques avis négatifs concernant le nouveau cadrage de la série, dont l'image originelle, au format 4/3, est maintenant proposée en 16/9. Je reviendrai sur ce sujet dans un prochain article.

À la recherche de Charles Martel

En mai 2015, à la suite d'une critique de la série sur le site ForgottenSilver, paraît l'étonnant commentaire d'un internaute, qui dénonce la censure de l'épisode d'Il était une fois… l'homme consacré à l'islam (épisode 8, « Les conquêtes de l'islam »). Le même jour, un autre confirme et surenchérit.


« Épisode sur l’Islam censuré ! Charles Martel ne sauve plus l’Europe de l’islam. Il n’est même pas cité. On ne montre pas non plus les armées musulmanes en fuite !
Diffusion de cet épisode tronqué le jour de l’ascension !
Bravo France 4 ! »
(14 mai 2015 - Jean)

« Effectivement. L’épisode sur les conquêtes de l’Islam a été expurgé de certaines séquences par rapport à la première diffusion en 1978 ! Rien d’étonnant ! »
(14 mai 2015 - FILIGRANE)


Ainsi, pour des raisons que ce deuxième internaute juge évidentes (mais que j'aurais beaucoup aimé lire sous sa plume), la figure tutélaire de Charles Martel aurait été purement et simplement supprimée d'Il était une fois… l'homme.

Pris de curiosité, je m'empresse de visionner l'épisode incriminé, qu'on trouve sur Youtube dans sa version restaurée (identique à celle diffusée à la télévision et exploitée en DVD et Blu-Ray). Effectivement, point de Charles Martel.



On trouve d'ailleurs, de nouveau, dans le commentaire de cette vidéo, une allusion à cette possible coupe dans l'épisode.

« Il ne s'agit pas de l'épisode intégral, des passages concernant Charles Martel et le repli de l'Islam suite à sa victoire à Poitiers ont été censurés et supprimés pour des raisons désolantes qu'on ne peut hélas qu'imaginer facilement… »
(Boba Fett, juin 2017)



Bien étonné, mais encore dans le doute, je sors donc mon coffret DVD d'une édition antérieure à cette restauration, à la recherche de Charles Martel. Et là, dans « Les conquêtes de l'islam », stupeur : toujours pas de Charles Martel ! Mon édition DVD date de 2004 mais son contenu est, à priori, identique à celle de l'an 2000, seul le packaging est censé avoir changé. Je n'ai pas en ma possession l'édition DVD de 2000, la première sur ce support, mais j'ai les coffrets VHS sortis la même année, fabriqué à partir du même master. Un vérification rapide me confirme que l'épisode 8, sur ces cassettes vidéos qui ont dix-sept ans, est exactement le même que celui qui a été restauré en 2013. Toujours pas de Charles Martel.

De plus en plus perplexe, je sors mes cassettes VHS d'une édition plus ancienne encore, celle de 1990. Même résultat.

Une chose est maintenant sûre : il est faux d'affirmer que cette séquence a été coupée récemment, puisqu'elle n'existait déjà pas il y a 27 ans. Mais a-t-elle seulement déjà existé ? Les effluves de complotisme qui émanent des commentaires qui m'ont propulsé dans cette recherche sont-ils plus pernicieux encore que je croyais, regrettant (de bonne ou de mauvaise foi) une séquence qui n'a jamais existé ?

La clef de l'énigme

Je commence à envisager de me rendre à l'Ina pour visionner l'épisode tel qu'il a effectivement été diffusé en novembre 1978. Mais je commence, aussi, à sérieusement m'interroger. À me dire que j'ai déjà, sans doute, passé beaucoup plus de temps à vérifier cette information que ne l'ont fait ceux qui l'ont publiée et relayée, et que j'aurais dû, déjà, parvenir à une conclusion. J'en tire deux hypothèses :
– soit la séquence n'a jamais existé (et tout est faux, il n'y a pas eu censure) ;
– soit… elle existe bel et bien.

Plusieurs personnes paraissent se souvenir de cette séquence, ce n'est probablement pas pure invention. Et si elle existe, il suffit de la trouver. Une fois que j'en suis arrivé là, en trois minutes, c'est fait. Je parcours en accéléré l'épisode 9 qui, heureux hasard, est consacré aux rois de la dynastie carolingienne, à laquelle Martel a donné son nom. Et bien sûr, bingo ! Charles Martel, Poitiers, les arabes, tout le monde est au rendez-vous.

Là où se loge l'erreur des paranos « on m'a coupé Charles Martel » et où, en même temps, Il était une fois… l'homme est une grande série, c'est que les deux épisodes concernés (8. « Les conquêtes de l'islam » et 9. « Les carolingiens ») proposent deux séquences similaires, au montage légèrement différent, pour évoquer le même événement. Le choc entre les armées de l'islam et celui des armées occidentales y est montré deux fois, de deux points de vue différents. La première fois, du point de vue arabe, dans l'épisode 8. La deuxième fois, dans l'épisode 9, le point de vue est occidental et la séquence se prolonge par l'évocation de Charles Martel.



Qui sont les désinformateurs ?

Il n'y a donc pas eu de censure concernant l'islam dans la version restaurée d'Il était une fois… l'homme. Les complotistes peuvent aller se rhabiller. Mais pourquoi cette fixation sur Charles Martel ?

Aujourd'hui, une partie de l'extrême-droite française ressasse l'idée selon laquelle Charles Martel aurait eu, de tout temps, une importance centrale dans le « récit national », jusqu'à ce qu'il en soit récemment gommé. Rien n'est plus faux. Comme l'ont montré les chercheurs William Blanc et Christophe Naudin, cette figure de l'histoire de France a vu son importance varier selon les époques, les régimes politiques et les courants de pensée. Dans le livre qu'ils ont consacré à ce sujet (Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'histoire au mythe identitaire, Libertalia, 2015), ils évoquent d'ailleurs, en passant, la série d'Albert Barillé qui nous occupe aujourd'hui :
[…] la télévision française parle peu de Charles Martel. Outre une émission historique de 1974 consacrée à l’affrontement de 732, le dessin animé de vulgarisation historique Il était une fois l’Homme (1978), évoque la bataille de Poitiers tant du point de vue des Arabes que de celui des Francs (les différentes incarnations des héros, Pierre et Gros, se trouvent en effet dans les deux camps).
Il y a près de vingt ans, Bruno Mégret, à la recherche d'une figure emblématique susceptible d'être au MNR ce que Jeanne d'Arc était au Front national, s'emparait de Charles Martel. En janvier 2015, après les attentats que l'on sait, Jean-Marie Le Pen affirmait « je ne suis pas Charlie du tout, je suis Charlie Martel si vous voyez ce que je veux dire ». La fachosphère ne l'avait d'ailleurs pas attendu pour brandir cette référence et dès 2014, des internautes peu avisés voulaient nous faire croire, donc, que certaines instances occultes, jamais nommées (le complot islamophile ?), avaient réussi à faire disparaître ce personnage historique d'un dessin animé. Eh bien, il n'en est rien !

Conclusion

Aucune censure n'est venue altérer Il était une fois… l'homme concernant Charles Martel et l'islam. On peut même dire, en revoyant l'épisode 9, que des clichés anciens y subsistent qui mériteraient discussion (la voix off affirme tranquillement « Charles Martel vient de sauver l'Europe de l'Islam »).

Mais il reste une question plus générale : la série a-t-elle, oui ou non, subi des transformations au cours du temps ? Comme je l'évoquais en introduction, cela pourrait se justifier : un enfant qui découvre aujourd'hui l'histoire par le prisme de cette série, c'est un enfant de 1978 qui apprendrait l'histoire dans un livre de 1938… en 1978, ç'aurait été impensable et vu de 2017, ça le reste largement. Il y a des choses terriblement datées, comme le regard porté sur la place des femmes et celle du personnage de Pierrette en particulier. (Dans le premier épisode, pendant une scène de chasse, un plan de coupe sur deux femmes homo habilis regardant avec un sourire béat les mâles en train de poursuivre un mammouth vaut son pesant de cacahuètes.)

Il était une fois… l'homme, cependant, n'est pas un manuel : c'est un récit, avec son rythme, ses personnages, ses musiques, ses émotions. Il me semblerait bien périlleux de vouloir mettre à jour le contenu car cela impliquerait de modifier la forme. Mais qui suis-je pour affirmer que cela n'a pas été le cas ? Il était matériellement difficile, à moins d'échelonner ce travail sur plusieurs mois, de visionner en parallèle les 26 épisodes sur les différentes éditions à ma portée, comme je venais de le faire pour l'épisode 8.

J'ai donc écrit à Procidis pour poser tout simplement la question : la série a-t-elle connu des modifications dans son contenu (montage, texte de la voix off) lors de sa restauration en 2013 ? Quelques jours plus tard, j'ai reçu une réponse éclairante de Gilles Bourgarel : Nous avons restauré à l'identique Il était une fois… l'homme et Il était une fois… la vie sans rien modifier afin de rester fidèle à l'œuvre originale. Le seul changement est constitué par le raccourcissement du générique de … la vie d'environ 30 secondes.

C'est dit !

Les deux séries ont tout de même subi une transformation cruciale puisqu'elles sont maintenant exploitées en 16/9. J'y reviendrai dans un très prochain billet.

© Hervé Lesage de La Haye, septembre/octobre 2017.

 
Sources :
— William Blanc et Christophe Naudin, Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l'Histoire au mythe identitaire, Libertalia (2015). ISBN 978-2-918059-60-8
— Éric Aeschmann, « Depuis quand Charles Martel est-il un héros de l'histoire de France ? », L'Obs, 18 avril 2015.
— Lauren Provost, Jean-Marie Le Pen appelle à voter Front National et déclare "Je suis Charlie Martel" après l'attentat de Charlie Hebdo, huffingtonpost, 09/01/2015.
« Il était une fois l’homme : restauration 2K », Jérôme, Forgotten Silver, 22/11/2013.
 
Merci à Gilles Bourgarel, de Procidis, pour ses réponses.

mercredi 28 juin 2017

Je hais les journalistes

 
Pour JB.



Je hais les journalistes. D'ailleurs, mon plus vieil ami, mon meilleur ami, est journaliste. Je ne manque jamais de lui signaler quand un de ses confrères a écrit une bêtise ou fait la preuve indirecte de son ignorance. Vous écrivez vite, vous publiez vite, vous ne vérifiez rien, en particulier dans le domaine culturel (pour le judiciaire, c'est souvent plus rigoureux mais pour le culturel… j'aime le cinéma ergo je connais mon sujet ergo je ne vais quand même pas sortir un dictionnaire du cinéma ? donc je ne vérifie rien, cqfd).

Conséquence : si moi, lecteur, je lis un papier consacré à un sujet auquel je m'intéresse de près, donc dans lequel j'ai une culture solide, les erreurs tombent au cours de la lecture, comme des fruits mûrs. Je me rappelle la mort de Kubrick, en mars 1999 : pétri de tristesse et fétichiste, j'achète toute la presse que je peux trouver (quotidiens nationaux, régionaux, étrangers, hebdomadaires, revues de cinéma, j'en ai deux cartons) et ça ne loupe pas : dans 50 % des papiers, les mecs ne savent pas combien mettre de Y à Barry Lyndon. En mon for intérieur, j'éructe.

Tiens, cette semaine Télérama célèbre les cent ans de l'animation japonaise. Goldorak en couverture ! Incroyable. (On parle du supplément « Sortir », hein, faut pas déconner non plus). L'image choisie est un jpeg ignoble car beaucoup trop agrandi où les couleurs baveuses sont attaquées par des pixels aux contours bien visibles, dans un ensemble qui pourrait être la métaphore graphique de la dualité onde-particule. Cela serait-il passé si la couv était un Picasso ? (Au fond, j'espère que non.)

L'article, de deux pages, se tient. Amusant de voir que pour illustrer un siècle de création, les trois productions choisies tiennent dans un mouchoir de poche chronologique (1975 pour Goldorak, 1978 pour Albator le corsaire de l'espace, 1983 pour Signé Cat's Eyes) et qui sont toutes arrivées en France sensiblement au même moment et par le même canal — il ne manque qu'une statue à l'effigie de feu Bruno-René Huchez, mais pourquoi pas ?

On rappelle avec une pudeur de gazelle les polémiques qui ont accompagné l'arrivée de beaucoup de séries japonaises en France (pas toutes ! et il serait intéressant de se pencher sur ce sujet), et de fait ç'avait commencé fort, avec le fulguropoing Godwin « Goldorak est-il nazi ? »

En son temps, Télérama n'avait pas été le dernier à tirer à vue sur l'ambulance des « japoniaiseries » (néologisme qui avait beaucoup amusé mon père) crucifiées notamment (… je parle de mémoire, faudrait vérifier !) par l'excellent Bernard Génin et se laissant aveugler par quelques conventions bien visibles mais peu signifiantes (la qualité de Candy était-elle nécessairement inversement proportionnelle à la taille des yeux de l'héroïne ?). Je ne vais pas, trente ou trente-cinq ans plus tard, crucifier Télérama, que je n'ai jamais cessé de lire depuis que je sais lire, mais c'est intéressant de voir que la presse rate généralement les occasions de faire un brin d'autocritique, même les plus belles.
Deux pages qui ne mangent pas de pain, donc, et pour finir le fruit tombe, superbe : Stéphane Jarno ne sait pas écrire le nom d'Émile Cohl. Bon ben voilà. Ite missa est.


© Hervé Lesage de La Haye, juin 2017.

vendredi 2 décembre 2016

Rencontre avec Olivier Fallaix

Homme de mots, de sons et d'images, Olivier FALLAIX s'est distingué comme l'un des acteurs les plus durablement présents et les plus actifs dans le domaine du dessin animé japonais en France, depuis ses premières interventions à la radio, à la fin des années quatre-vingt, jusqu'à son activité récente dans le domaine de la S-VOD, depuis le 36-15 TOON jusqu'à l'animation de divers forums, en passant par le magazine de référence AnimeLand qu'il a vu naître puis dirigé, et l'éditeur vidéo IDP pour qui il a réalisé l'édition d'innombrables séries cultes, sans oublier la création du label musical Loga-Rythme. Année après année, il a pris une part active dans le processus de professionnalisation du fandom, les amateurs d'hier se faisant une place dans les entreprises d'aujourd'hui.

Alors qu'il travaillait comme éditeur pour IDP Home Video, il est chargé, fin 2004, de réaliser une réédition ambitieuse d'Ulysse 31 en DVD, proposant à la fois une image restaurée et de nombreux contenus inédits. Cette « édition Premium », avec ses qualités et ses défauts, est un jalon dans l'histoire mouvementée de l'exploitation d'Ulysse 31 en vidéo. Douze ans plus tard, cette belle édition, épuisée, se vend au prix fort, signe qu'elle n'a pas encore été surpassée. En cette année d'anniversaire pour Ulysse 31, il est temps de revenir sur les conditions dans lesquelles ces coffrets ont été réalisés et ce qu'il devaient contenir initialement...

Je vous invite à rencontrer Olivier Fallaix, d'abord refaisant avec lui son parcours depuis le tout début, puis détaillant la genèse de l'édition Premium d'Ulysse et les difficultés rencontrées, et enfin revenant sur feu le label Loga-Rythme et le contexte qui a conduit à la première édition en CD de la bande originale d'Ulysse 31.


I. Parcours

Bonjour Olivier, quel est votre parcours et votre lien avec l'animation japonaise ?

Je suis né à Lyon en 1969. Pour moi, tout a commencé avec Goldorak : on en parlait à la récré, je ne connaissais pas, j'ai eu envie de regarder. Évidemment, ç'a été un choc et je suis devenu fan. Mais juste après, j'ai découvert La Bataille des planètes, qui est vraiment devenue ma série préférée. Jusqu'à l'arrivée des Mystérieuses cités d'or, puis de Cobra et de toutes ces séries diffusées dans Récré A2 ou Les Visiteurs du mercredi.

Quelles études avez-vous faites ?

J'ai un DUT de génie électrique et informatique industrielle. Rien qui ait un rapport direct avec l'animation ! Cela correspond à une brève période de ma vie où je me suis éloigné du dessin animé. À cette époque, regarder des dessins animés quand on avait 16-18 ans semblait un peu honteux. J'ai décidé de m'en détacher, à contrecœur… mais cela n'a pas duré !

Que s'est-il passé ensuite ?

J'ai débuté sur la radio SuperLoustic à Lyon, en 1989. Comme auditeur, j'avais remarqué qu'ils ne passaient jamais certains génériques. J'ai donc commencé par leur apporter le disque des Mystérieuses cités d'or, qu'ils n'avaient pas, et très vite j'ai trouvé ma place à l'antenne. À l'époque, à Lyon, j'étais le seul dans l'équipe à m'intéresser autant aux dessins animés, notamment japonais.

En septembre 1989, SuperLoustic prend de l'ampleur et devient un projet de réseau FM national, c'est le moment où je monte à Paris. J'anime alors un rendez-vous hebdomadaire sur le dessin animé. À paris, je découvre les librairies japonaises, j'achète des disques japonais en import, c'est le bonheur. Je reste jusqu'à la fin de SuperLoustic, en septembre 1992.

Je crée ensuite le service minitel « 36 15 TOON » sur le dessin animé. Pour le magazine JoyPad, j'écris quelques articles sur le manga. Et sur RMC, j'anime une émission hebdomadaire avec d'autres anciens de SuperLoustic.

Surtout, au même moment, j'ai eu la chance de faire partie de l'équipe d'AnimeLand dès le début, alors que ce n'était qu'un fanzine, d'abord pour la rubrique audio où j'ai chroniqué les sorties CD. J'ai commencé à être payé en 1996, lorsque le magazine s'est professionnalisé.

Comment en venez-vous à travailler dans l'édition vidéo ?

Parallèlement à tout le reste, j'ai travaillé ponctuellement pour plusieurs éditeurs vidéo comme maquettiste PAO, pour réaliser des jaquettes de VHS et de DVD. Sur la première édition DVD des Cités d'or, chez AK Vidéo, je me suis également chargé de l'interview avec Bernard Deyriès, qui était un bonus intéressant.

J'ai commencé à travailler pour IDP en réalisant les jaquettes de leurs tout premiers DVD, celles de Capitaine Flam et Tom Sawyer, fin 1998 ou début 1999. Ensuite, tout en continuant à réaliser la PAO, j'ai pris en charge plusieurs projets. On m'a demandé de m'occuper de la version française de Conan le fils du futur. Dans un premier temps, nous avons repiqué la VF d'origine depuis des VHS mais la qualité n'était pas satisfaisante. J'ai donc proposé à IDP de produire un nouveau doublage avec les mêmes comédiens. Plus tard, je me suis chargé des VF pour Lupin III, avec Philippe Ogouz, que je connaissais un peu. Travailler avec de tels comédiens a été un grand plaisir.

À l'époque, quelles étaient les meilleures ventes de DVD parus chez IDP ?

Les trois séries qui se sont le mieux vendues, loin devant les autres, sont Capitaine Flam, Tom Sawyer et Bouba. Signé Cat's Eyes a également rencontré un bon succès.

Comment évoluez-vous ensuite ?

Jusqu'en 2004, IDP était une petite structure menée à bout de bras par Yves Huchez et son épouse. En 2005, IDP grossit, il y a alors dix employés, et la société aide Japan Expo à se professionnaliser. C'est le moment où je m'éloigne un peu.

Presque au même moment, en décembre 2005 précisément, Yvan West Laurence, le rédacteur en chef historique d'AnimeLand, souhaite prendre du recul et me propose de lui succéder à son poste. J'arrête alors tous mes travaux extérieurs, notamment pour IDP, pour prendre les commandes du magazine en janvier 2006 et j'y reste jusqu'en 2013. Cette année-là, AnimeLand traverse une crise terrible, la société fait l'objet d'un plan social et je suis remercié en décembre.

Depuis l'été 2014, je travaille pour Crunchyroll, service mondial de SVOD, qui fournit de la vidéo à la demande par abonnement et dont je suis le principal correspondant français.


II. Ulysse 31, l'édition Premium

Venons-en à l'édition « premium » d'Ulysse 31 en DVD. Qui a dirigé ce projet ?

C'est Yves Huchez, gérant d'IDP, qui en était responsable éditorial et c'est moi qui étais en charge du projet.

Quelle était votre ambition initiale ?

Nous voulions faire une très belle édition, riche en bonus pour comprendre la genèse de la série, avec une image remasterisée et un packaging haut de gamme, proposant des livrets richement illustrés avec une analyse de chaque épisode.

Il était prévu que chacun des six disques de cette édition contienne un bonus exclusif. Le premier disque devait contenir l'épisode pilote, tandis que les cinq disques suivants devaient chacun contenir une interview filmée avec les cinq personnes ayant joué un rôle majeur dans la genèse et la production d'Ulysse 31 : Jean Chalopin, Nina Wolmark, René Borg, Bernard Deyriès et Shingo Araki.

Avez-vous envisagé de réaliser une sorte de grand « making of » dans lequel ces entretiens auraient été entremêlés, avec des documents d'époque et des extraits de la série ?

Non, pour une raison simple. Il nous a semblé que prévoir un tel documentaire comportait surtout le risque de tout compliquer : chaque intervenant aurait eu un droit de regard sur le montage, donc le moindre désaccord sur les propos tenus par un autre intervenant aurait pu bloquer le documentaire dans sa totalité. Il faut se rappeler qu'Ulysse, c'est aussi une série sur laquelle il y a eu des mésententes, des conflits, dont il reste des traces encore aujourd'hui. Nous avons donc très vite décidé que chaque interview serait montée séparément, comme un petit film autonome.

Entretien filmé avec René Borg
dans l'édition Premium d'Ulysse 31
Tout ne s'est pas passé comme prévu.

Des contacts ont été pris pour réaliser les cinq entretiens. Celui avec René Borg a été tourné le premier. Devait venir ensuite un entretien avec Bernard Deyriès, dont la date était même fixée, ce dernier finalement annulé la veille du tournage, pour des raisons que je ne m'explique pas encore aujourd'hui. C'est là que tout le reste a définitivement capoté.

Vous avez eu un contact avec Jean Chalopin ?

Oui, mais à un certain moment, le contact a été rompu, c'est resté sans suite.

Et avec Nina Wolmark ?

J'avais eu un contact fructueux avec elle lorsque j'ai préparé le disque de la BO des Mondes engloutis pour le label Loga-Rythme. Mais pour l'édition Premium, c'était compliqué, j'ai senti une méfiance, ou en tout cas une réticence. Comme nous n'avions plus grand monde, je n'ai pas souhaité donner suite.

Comment expliquez-vous ces désistements successifs ? Comment les avez-vous vécus ?

Je les ai mal vécus, bien sûr, car ils ont malheureusement empêché l'édition définitive dont nous rêvions de voir le jour. Je les explique par une raison simple, même si elle est un peu rageante : IDP a souvent pâti de la mauvaise réputation associée au nom de Huchez, même si Yves Huchez a toujours gardé ses distances avec son oncle, Bruno-René Huchez, dont on peut dire sans porter de jugement qu'il est à l'origine de cette réputation sulfureuse. Pour beaucoup de gens avec qui nous avons voulu travailler, donc, le fait qu'IDP soit dirigé par un Huchez posait, en soi, un problème. Cela peut expliquer les refus de répondre à un entretien pour cette édition premium, je pense.

Restait Shingo Araki…

Oui. Le principe d'une interview filmée semblait moins naturel pour lui que pour nous, Français. Les Japonais n'aiment pas beaucoup se montrer. Nous avons finalement fait une interview écrite avec lui et Michi Himeno, qui se trouve dans le livret.

Comment s'est passé l'achat des droits pour la série elle-même ?

Très simplement. À l'époque, c'était le groupe Saban qui détenait les droits d'exploitation de l'ensemble du catalogue de la DIC, y compris Ulysse 31. Nous avons passé un accord avec Saban International Paris (SIP), la filiale française de Saban, qui le transmettait aussi à TMS, studio qui a réalisé Ulysse 31 et détenteur des droits pour le Japon.

Quels ont été les masters utilisés et quelle était leur provenance ?

Nous avions deux sources différentes, un master Saban identique à celui de l'édition DVD précédente et un master plus ancien fourni par l'Ina. Les deux sources étaient sur support vidéo (bandes 1 pouce). Sur les bandes de l'Ina, on retrouvait enfin les écrans-titres sur fond de nébuleuse qui manquaient cruellement sur les master Saban et sur nos précédents DVD.

Avez-vous fait appel à TMS pour fournir un nouveau master ?

Non, car cela aurait été un coup au hasard : nous aurions fait venir du Japon, à grands frais, un matériel d'une qualité incertaine. Par ailleurs, le master vidéo de l'Ina n'était pas exempt de défauts, mais il nous a apparu nettement supérieur au master Saban déjà utilisé précédemment.

Pourquoi le générique est-il d'une qualité très différente des épisodes eux-mêmes ?

Ce sont des souvenirs anciens, mais je crois me souvenir que nous avons utilisé une source différente pour le générique et pour les épisodes ; le master Ina pour les épisodes et le master Saban pour le générique, de mémoire parce que le générique était trop abîmé sur le master de l'Ina.

Quel regard avez-vous porté sur la qualité de l'image obtenue pour cette édition ?

Un test de restauration avait été fait depuis un même extrait pioché dans chacun des masters. C'était difficile de prendre une décision car il y avait des avantages et de défauts de chaque côté. Une image était plus nette, tandis qu'une autre avait de plus belles couleurs. Cependant, nous sommes tombés d'accord sur les masters de l'Ina. Le résultat était meilleur et suffisamment concluant pour justifier une réédition de qualité.

A-t-il été question, à un moment, d'inclure la version japonaise pour l'intégralité de la série ?

Nous l'avons envisagé brièvement, oui, mais cela représentait des coûts énormes et il n'était pas certain que le public allait nous suivre : Ulysse 31 est une série écrite en français, qui donc allait vraiment visionner la série complète en japonais ? Par ailleurs, ajouter une deuxième bande-son sur les 26 épisodes, cela représentait à la fois un coût pour l'achat des droits, pour le rapatriement de toute la série sur bandes 1"C depuis le Japon, pour la numérisation de 26 épisodes en japonais, pour l'authoring des DVD… Nous n'étions même pas certains que le montage image était exactement le même que pour la version française ; cette vérification aurait elles aussi un coût, sans parler des difficultés techniques si les montages étaient effectivement différents.

Nous avons mis tout cela dans la balance, et TMS, après discussion, a proposé de nous fournir un épisode. Nous avons jugé que c'était suffisant. Lorsque nous avons reçu la bande vidéo, la grosse surprise, ce fut de découvrir ce premier épisode avec les musiques originales de Denny Crockett et Ike Egan, alors que nous pensions recevoir la bande-son refaite avec les musiques de Kei Wakakusa !
L'épisode pilote d'Ulysse 31 reste, à ce jour, inédit en DVD

Pourquoi le fameux épisode pilote est-il absent cette édition ?

René Borg nous a dit qu'il avait le pilote. Il était même prêt à nous en fournir une cassette, mais celle-ci était enregistrée dans un format ancien que nous nous pouvions pas lire (peut-être un U-Matic ou un Betamax). Parallèlement, Saban International Paris (SIP) qui nous vendait les droits de la série n'a pas su nous dire s'ils étaient dépositaires des droits du pilote : ils n'en savaient rien. Ils n'ont pas pris le risque d'autoriser la diffusion d'un film qui n'était pas dans leur catalogue.

Et TMS ?

Concernant le pilote, leur réponse a été très simple : « Si Saban vous dit qu'ils n'ont pas les droits, nous ne pouvons rien de plus. » Effectivement TMS n'avait pas la possibilité, légalement, de nous vendre des droits d'exploitation d'Ulysse 31 directement. Nous étions coincés.

Vous n'avez donc même pas visionné cette cassette ?

Non, car pour cela, il aurait fallu commencer par la faire transcoder dans un autre format et cela représentait un investissement. Nous l'aurions fait si nous avions eu la certitude de pouvoir l'exploiter ensuite.

C'est une histoire ubuesque. Quelle morale peut-on en tirer ?

Je pense qu'on aurait du mettre ce pilote, sans rien demander à personne ! Je suis persuadé que personne n'aurait protesté. Parfois, à vouloir trop bien faire, on se retrouvé bloqué. Après, cette décision appartenait surtout à IDP. Il y aurait eu un risque de procès ou simplement une demande d'interdiction de commercialisation.

C'est ce qu'on a fait avec le clip de Nono, sur l'édition Premium. Cherchez bien, il est caché sur le cinquième disque, si je me souviens bien ! Nous l'avons donc inclus discrètement sans rien demander à personne car nous savions que nous n'aurions eu que des refus, ou plutôt, que nous ne réussirions jamais à trouver l'interlocuteur qui détenait les droits.

Illustration originale de Jérôme Alquié pour l'édition Premium

Au total, combien de temps de préparation a demandé cette édition ?

Le volume 1 est sorti en mars 2005, après 4 à 6 mois de travail. J'ai retrouvé quelques dates : les textes du livret ont été prêts en décembre 2004, l'interview de René Borg a été tournée en novembre/décembre 2004, j'ai rendu la maquette des jaquettes en janvier.

Qui a illustré les jaquettes des deux coffrets ?

Afin de ne pas ré-utiliser les mêmes sempiternelles images, nous avons commandé quatre dessins grands format à Jérôme Alquié, qui est le meilleur pour réaliser des illustrations originales respectant pleinement les graphismes d'une série, dans une mise en scène qui est sa création pleine et entière. Esthétiquement, les deux coffrets m'ont semblé très réussis.


III. Loga-Rythme

Parlez-nous de votre travail pour le label Loga-Rythme…

Loga-Rythme, c'était vraiment mon bébé. C'est Yves Huchez et moi qui avons monté ce label : il s'occupait de l'aspect financier et de la distribution et moi, des choix d'édition, du mastering et des livrets. Cela me ramenait à mes premières amours, les bandes originales de dessins animés que je diffusais à la radio. J'étais très enthousiaste.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Lorsque nous avons préparé notre toute première compilation de génériques, les Succès Saban, nous avons évidemment pris contact avec l'antenne parisienne de Saban pour demander du matériel, mais ils nous ont répondu qu'ils n'avaient rien. C'est un problème qui s'est présenté à de nombreuses reprises : les grosses boîtes sont toujours d'accord pour vendre les droits de leur catalogue musical, mais sont incapables de fournir des masters ! La plupart du temps, vous discutez avec des personnes qui sont là depuis peu de temps et ne connaissent absolument pas les séries ni les musiques dont vous parlez. Partir à la recherche de vieilles bandes, ça ne les intéresse pas du tout.

Parfois, les bandes n'existent même plus…

Absolument. Il faut bien avoir en tête que la conservation coûte cher : il faut des locaux aménagés pour, avec des conditions de température et d'hygrométrie particulières, et les bandes, ça prend rapidement beaucoup de place. Pour ces raisons, il n'est pas rare que d'anciennes bandes soient réutilisées pour enregistrer de nouvelles choses par dessus : ça économise de l'espace de stockage. Et quand il y a un problème de place, que fait-on ? On regarde dans le catalogue quelles sont les bandes qui n'ont pas été demandées depuis plus de cinq ans, par exemple, et hop ! on les jette à la poubelle.

Y a-t-il eu, néanmoins, de bonnes surprises ?

Pour la première compilation des génériques Saban, donc, j'avais sorti ma collection de vinyles et nous avons apporté tout ça à l'ingénieur du son. Quand il a vu mes disques, il nous a dit : « Mais pourquoi vous vous embêtez à prendre les vinyles au lieu d'utiliser les bandes ? » Nous nous sommes alors aperçu que lui, il savait où les trouver car il était dans le métier depuis longtemps et ces bandes, il les avait vues peu de temps auparavant ! Il savait exactement où aller, dans quelle armoire, etc., ce que les gens de chez Saban ne savaient pas eux-mêmes.

Finalement, c'est avec les interlocuteurs les plus modestes que les choses se sont le mieux passées. Avec Procidis, par exemple, pour les BO des séries Il était une fois…, ç'a été très simple et le contact a vraiment été excellent. Sur place, vous avez des gens qui connaissent les séries en question et qui savent où trouver les éléments. Même chose avec Vladimir Cosma pour la BO des Mondes engloutis : il nous a accueilli chez lui, où il a une petite pièce où toutes ses bandes sont entreposées et classées méticuleusement. Là, pas de mauvaise surprise possible !


Il faut maintenant évoquer le fameux CD d'Ulysse, qui a tellement déçu…

Clairement, le CD qui est finalement sorti, ce n'était pas le CD que je voulais faire. Mais c'était ça ou rien. Pour la bande originale d'Ulysse 31, Saban n'avait en France que les génériques. Nous savions que, peut-être, les BGM se trouvaient aux USA mais où ? Comment s'en assurer ? On ne pouvait pas s'offrir trois mois de voyage là-bas pour faire un travail d'archéologue sans garantie de ne pas rentrer bredouilles… surtout quand on voit qu'à Paris, rien que pour des génériques, c'était déjà mission quasi impossible…

Je me suis donc personnellement occupé de reconstituer les musiques à partir de la bande internationale (qui ne contient que les musiques et les bruitages), que Saban a pu nous fournir, et je peux vous dire que ç'a été un travail de fou.

Avez-vous envisagé de ne pas le sortir ?

La question s'est posée, oui. Nous en avons parlé avec Yves Huchez. Nous avions acheté les droits, et du côté des fans, l'attente était énorme… il était difficile de ne rien sortir du tout. Au risque de décevoir, nous nous sommes lancés. Le disque a suscité des réactions très contrastées mais je pense que nous avons été honnête en expliquant clairement la démarche. Au final, il s'est tout de même vendu.

Quand avez-vous été en contact avec Laurent Dobbelaere ?

J'avais entendu parler de cet inconnu qui disait à qui voulait l'entendre qu'il avait retrouvé les masters des musiques d'Ulysse 31 et qu'il y avait accès. Pourquoi le croire ? J'étais franchement sceptique. Jusqu'à ce jour, à Japan expo de 2002, où Laurent est venu me trouver sur le stand de Loga-Rythme, m'a tendu des écouteurs et m'a fait entendre des extraits… J'étais stupéfait. Je lui ai proposé de ressortir le CD avec lui, mais il n'a pas donné suite. J'ai su ensuite qu'il souhaitait le faire lui-même.

Y a-t-il eu d'autres cas similaires ?

Bien sûr. Toutes les BO des séries de la DIC, époque Saban, posaient le même problème : les bandes sont introuvables ou considérées comme perdues. Pour les Cités d'or, nous avons eu la chance de pouvoir éditer les musiques réenregistrées par Yannick Rault : j'avais trouvé son travail bluffant et je lui ai proposé de l'éditer. Il a alors tenu à tout refaire !

Nous avons aussi pensé éditer les musiques de Jayce et les conquérants de la lumière… Hélas, sans aucun master, il aurait fallu faire le même travail qu'avec Ulysse. Je l'ai envisagé, pendant un temps. Je pense que cela aurait été encore plus difficile et moins satisfaisant, car dans la bande-son de Jayce, les bruitages sont beaucoup plus présents et fondus avec la musique que dans Ulysse. Nous avons renoncé.

Merci beaucoup, Olivier.

(Entretien réalisé à Paris, le 12 octobre 2016.)

© Hervé Lesage de La Haye, 2016.

 
Références, sources & liens :
— Critique de l'édition premium d'Ulysse 31 :
http://ulysse31.saitis.net/cassvideo.htm#Les%20coffrets%20DVDs%20Edition%20Premium
— Critique de la BO d'Ulysse 31 parue chez Loga-Rythme :
http://ulysse31.saitis.net/disques_cd.htm#CD Loga-Rythme
— Interview d'Olivier Fallaix décrivant son travail chez Crunchyroll :
http://www.mangamag.fr/dossiers/coin-du-guest/coin-guest-6-olivier-fallaix-crunchyroll/
— Portrait au moment de son arrivée à AnimeLand :
http://www.animeland.fr/dossier/olivier-fallaix/
— Olivier Fallaix annonce son départ d'AnimeLand :
http://www.animeland.fr/2013/12/20/au-revoir-a-bientot/
— Les archives du 35-15 TOON :
http://japon.canalblog.com/archives/p3-3.html#34084423

mardi 11 octobre 2016

Ulysse 31 : une deuxième copie du pilote en français retrouvée

Il y a un peu plus d'un an, j'étais heureux de vous annoncer la découverte d'une copie de l'épisode pilote d'Ulysse 31 dans sa version française, qui était considéré comme définitivement perdu. Il s'agissait d'une cassette VHS dénichée dans la collection d'un particulier, qui m'en avait gracieusement fourni un report sur DVD. En commentant cette découverte, je signalais que malheureusement, un petit morceau de l'épisode ne comportait pas du tout de son. Cette anomalie d'une vingtaine de secondes gâchait l'un des plus beaux moments de l'épisode, celui où Zeus énonce sa sinistre malédiction.

En cette année d'anniversaire pour Ulysse 31, je suis donc particulièrement fier de vous dire que j'ai trouvé, cette année, une deuxième copie de ce pilote, dont la bande-son est cette fois absolument complète. Il s'agit, à nouveau, d'un report sur cassette VHS trouvé dans les archives d'un particulier. La bande est de qualité correcte pour un support vieux de trente ans ; l'image souffre de traits parasites mais les couleurs sont belles, plus que dans la copie de 2015 et dans la copie japonaise de 2007. Cet enregistrement est daté de 1984, ce qui ne laisse pas d'étonner : quatre ans après avoir été jeté aux orties, ce pilote intéressait donc encore et il en existait un master accessible. Tous les mystères qui entourent cet épisode abandonné ne sont pas levés...

Je maintiens ma position de l'année dernière, à savoir :
— je ne détiens pas les droits de ce film, je ne prendrai donc pas la responsabilité de le lancer sur Internet sachant qu'aucun retour en arrière ne serait alors possible ;
— je vais poursuivre le travail consistant à faire connaître ce pilote pour encourager les ayants-droit à en autoriser, un jour, une restauration et exploitation dans le cadre d'une réédition de la série tout entière ;
— pour les mêmes raisons, les extraits sont donnés dans une définition faible, en espérant que vous me pardonnerez.

(Ne rêvez pas, la numérisation de la VHS donne une image à peine meilleure. Pour découvrir un jour ce film tel qu'il devrait être, il faudra partir de la pellicule 35mm d'origine, sans doute conservée au Japon.)

Pour fêter cette bonne nouvelle, et pour souhaiter un bon anniversaire à Ulysse 31, je vous offre un nouvel extrait tiré du tout début : l'anniversaire de Télémaque, tiré du master 2016.

À Ulysse et à vous tous qui suivez ses aventures depuis octobre 1981, je souhaite un joyeux anniversaire !

 
© Hervé Lesage de La Haye, 2016.