mercredi 22 avril 2015

À Grenoble, les Mondes engloutis

Dans le cadre du colloque Imaginaire sériel, qui se tiendra à Grenoble les 28 et 29 mai 2015, j’aurai l'immense plaisir de proposer une communication consacrée à la série animée Les Mondes engloutis.

J'étudierai particulièrement les avatars du mythe de l'éternel retour dans l'ensemble de la série, en m'attachant à montrer comment les contraintes de production ont influencé la marche du récit et la manière dont ces contraintes ont parfois (parfois, pas toujours) été sublimées avec bonheur par les scénaristes et le réalisateur.

Le programme du colloque est en ligne. Mon intervention est prévue le vendredi 29 mai à 11h40 ; en voici le résumé.


Éternel retour : échos, reflets, réitérations dans Les Mondes engloutis

Série de dessins animés pour la jeunesse conçue, écrite, produite par Nina Wolmark et réalisée par Michel Gauthier, Les Mondes engloutis (1984-1986) a marqué la sortie du dessin animé français de l'ère artisanale.

En deux saisons de 26 épisodes, Les Mondes engloutis se distingue, dans le champ de la sérialité, par un traitement original où la tension vers l'avant est sans cesse contrariée par des effets de redite.

Ces effets sont, d'abord, générés par des contraintes de production : pour des raisons de coût, auteurs et réalisateur se voient imposer la réutilisation de personnages, de décors, de plans, voire de séquences complètes. Sous forme de clins d’œil, de comique de répétition ou de retrouvailles avec des lieux et personnages déjà rencontrés, cela génère pour le jeune spectateur un effet de familiarité bienvenu.

Mais plus profondément, ces redites font sens car s’accompagnent d'une conception cyclique de l’Histoire qui se dessine à la fois dans le temps et dans l'espace, des événements identiques ayant lieu à différentes époques à la fois au centre et à la surface de la terre : les jeunes héros rencontrent, dans des mondes souterrains, les alter-ego de personnages historiques du passé qui revivent, au présent, des événements identiques. Mieux : les héros eux-mêmes revivent, en une occasion, des scènes de leur propres aventures passées. Dans cette perspective, il est remarquable qu'un épisode complet soit explicitement inspiré de Nietzche et cite même la notion d'éternel retour, pour en faire un moteur de fiction.

Le docteur Test fait revivre aux héros
des péripéties d'épisodes passés
Bob face à l'inquiétant Zara,
inspiré du Zarathoustra nietschéen

Le paradoxe des Mondes engloutis est que la redite, le retour en arrière, le retour au point de départ à la fin de chaque épisode soulignent et bloquent en même temps la sérialité, dans un récit-cadre qui est condamné à ne pas progresser et qui fait de cette contrainte l'un des thèmes principaux du récit.

La tension vers l'avant qui fait effet de série se bloque ici dans un piétinement, une forme d’esthétique de la déception qu'appuient encore les accents volontiers ésotériques du scénario et qui confère aux Mondes engloutis une tonalité unique pour une série enfantine.

Hervé de La Haye
Images : http://www.dvdanime.net/

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