mardi 9 juillet 2013

Ulysse 31 : entretien croisé avec Laurent Dobbelaere et David Colin

La bande originale de la série animée télévisée Ulysse 31, inédite jusqu'alors, est sortie sur CD en juin dernier. On l'a vu, ce disque enterre toutes les tentatives précédentes de commercialiser la musique de cette série, offrant pour la première fois à l'auditeur, dans un honnête confort d'écoute, une partition exceptionnelle dans sa richesse sonore et sa puissance d'expression. Enfin, Denny Crockett et Ike Egan gravent leurs noms de compositeurs dans le marbre de l'histoire du dessin animé.
  • Pourquoi plus de trente années se sont-elles écoulées avant que cette musique, dont les enregistrements étaient soigneusement conservés par les compositeurs, soit enfin mise à l'honneur ?
  • Pourquoi a-t-on si longtemps répété que ces enregistrements étaient perdus ?
  • Comment l'enthousiasme de deux amateurs a-t-il abouti là où un label professionnel, douze années plus tôt, avait failli ? Combien de tentatives de publier ces enregistrements ont échoué depuis 1981 ?
  • Entendra-t-on un jour les musiques qui manquent encore sur ce CD ? En particulier, qu'en est-il des musiques additionnelles de Haïm Saban et Shuki Levy, absentes de ce disque ?
  • Qu'est-ce que le projet « Ulysse 31 Soundtrack revisited », et quand sera-t-il achevé ?

    Pour répondre à ces nombreuses questions, j'ai interrogé David Colin et Laurent Dobbelaere, sans qui, selon la formule consacrée, la sortie de ce CD n'aurait pas été possible. Cet échange prolonge, complète et enrichit l'entretien avec Laurent Dobbelaere que vous pouvez lire sur le site d'Olivier Putschkar.

    Et si vous avez d'autres questions encore... N'hésitez pas à les glisser dans un commentaire, je tâcherai d'y répondre.
  • Hervé de La Haye


    1. Le CD Expert Music (2013)

    David et Laurent, bonjour. La bande originale d'Ulysse 31 signée Denny Crockett et Ike Egan vient de sortir en CD chez Expert Music. L'un et l'autre, quel rôle avez-vous joué dans cette parution ?

    David COLIN. — Techniquement parlant, je n'ai pas fait grand chose. J'ai été juste consultant sur le remastering : Laurent, producteur du disque, a requis mon avis sur certains extraits. Mais c'est lui qui s'est occupé de tout, des autorisations légales — il est allé aux USA et a assisté au remastering avec Denny Crockett. Selon eux, j'ai été un élément motivant dans cette aventure. Peut-être ai-je relancé l'intérêt pour cette BO avec mon projet d'album Parallax Ulysse 31 Soundtrack Revisited. Si c'est le cas, j'en suis heureux !

    Laurent DOBBELAERE. — J'ai pratiquement tout fait, sauf le mastering et le nettoyage de la bande magnétique. Donc je me suis chargé des recherches pour obtenir les droits, de la production du disque et de la vente du disque.

    Cette BO est restée inédite pendant plus de trente ans. Qu'est-ce qui avait empêché sa parution jusqu'ici ? Qu'est-ce qui a permis qu'elle ait finalement lieu ?

    DC. — Je ne sais pas vraiment pourquoi le 33 tours des musiques, prévu à l'époque, n'est jamais sorti. Je suppose que la priorité était donnée aux génériques et chansons. C'est probablement pourquoi nous avons eu, en France, deux 33 tours avec principalement des chansons. Puis le temps a passé. Il y a eu une réelle demande lorsque la période de nostalgie des années quatre-vingt a démarré à la fin des années quatre-vingt-dix. Il y a eu alors plusieurs obstacles : retrouver la ou les bobines master d'origine, retrouver quels étaient les bons ayant-droits, et obtenir des autorisations de ces mêmes ayant-droits. C'est avant tout l'acharnement de Laurent qui a permis sa parution. En plus, il a fait d'une pierre deux coups, il m'a aiguillé et mis en relation directe avec les bonnes personnes pour officialiser mon projet d'album. Nous avons ainsi obtenu deux contrats signés séparés, l'un pour la BO, l'autre pour Parallax. Je lui dois beaucoup !

    LD. — Normalement, le 33 tours sorti en 1981 aurait pu —aurait dû ? — contenir la BO de Denny Crockett et Ike Egan, mais je suppose que Saban a choisi d'inclure uniquement ses chansons et musiques pour des raisons financières. Si la musique de Crockett/Egan avait été présente sur ce disque, 50 % des droits musicaux auraient dû être versés à Crockett et Egan.

    Concernant le CD paru en 2001 chez Loga-Rythme, l'éditeur avait affirmé que les bandes masters étaient perdues où détruites, ce qui est exact d'un certain point de vue car aucun des ayants-droit n'avait ces bandes en sa possession, ni Saban, ni TMS, ni Cookie Jar. Denny Crockett était le seul à en avoir fait une sauvegarde pour ses archives personnelles. Moi, j'ai simplement eu la chance de rencontrer Denny et d'obtenir les licences et droits. Voilà pourquoi la sortie a finalement eu lieu.

    Pendant la préparation de cette édition, vous avez été en contact permanent avec Denny Crockett, l'un des compositeurs. Comment a-t-il accueilli ce projet ?

    DC. — Denny Crockett souhaitait depuis longtemps éditer un disque des musiques d'Ulysse 31. Il est même allé au japon faire des recherches en 2008 ; j'en ai parlé à l'époque sur mon site. Il est évidemment ravi que cela soit réalisé. Il a souhaité superviser le processus de numérisation de la bande et la remasterisation, et suivre le projet à son idée : livret en anglais, produire le disque aux USA, etc. Il n'y a pas d'appât du gain dans ce projet, les choses sont faites simplement, efficacement.

    LD. — Il a été assez surpris, parce qu'Ulysse 31 est inconnu aux États-Unis. Personne ne connaît la série là-bas, donc pour lui, cette BO n'a pas la même signification que pour nous Européens. Pour lui et pour Ike, c'était un projet dispersé parmi des centaines d'autres pour la publicité et la télévision. Mais avec le temps, ils ont commencé à vraiment apprécier la popularité de cette BO.

    Avez-vous également eu des contacts avec Ike Egan ?

    DC. — Ike Egan est plus en retrait, je n'ai pas eu l'occasion de communiquer avec lui. Mais je sais qu'il est au courant de tout ça et qu'il apprécie le travail réalisé sur l'édition de ce disque, qui est aussi le sien.

    LD. — De mon côté, oui, des contacts un peu moins fréquents qu'avec Denny, mais assez souvent.

    À part vous, qui a travaillé sur la parution de cette BO ?

    LD. — C'est écrit sur la dernière page du livret : Eamon O'Donoghue pour l'infographie, Ken Hodges pour le nettoyage et le mastering, Denny Crockett pour le transfert de l'analogique au format numérique, moi pour le texte du livret et Matt Hales pour les photos du studio Osmond.

    Pouvez-vous nous dire quelques mots pour présenter le label Expert Music ?

    LD. — Ce n'est pas vraiment un label mais une structure d'édition musicale de Denny Crockett et Ike Egan, utilisée pour légaliser leurs propres compositions. Mais comme je n'ai pas de structure moi-même, on a décidé de l'utiliser pour le CD.

    De quand date votre première rencontre avec Denny Crockett et Ike Egan ?

    LD. — De 2001, si je me souviens bien.

    À quel moment avez-vous pu écouter pour la toute première fois les bandes qu'ils ont conservées ? Qu'avez-vous ressenti alors ?

    LD. — Environ deux semaines après notre première rencontre. Ce que j'ai ressenti ? La même chose que la plupart des gens qui ont acheté le CD : des émotions fortes et une joie immense !

    Le CD est très riche en contenu, mais quelques morceaux manquent à l'appel… En dehors de la bande qui a servi de master pour le CD, Denny Crockett a-t-il conservé d'autres supports, dont le mauvais état ne permettait pas l'exploitation, mais sur lesquels on trouverait certains des morceaux manquants ?

    DC. — D'après ce que j'en sais, une copie de sauvegarde des deux bobines master avait été faite par Denny Crockett sur CD-R. Il s'agissait d'une copie mal faite (beaucoup de souffle, niveau sonore faible). Quelques personnes de confiance ont eu ce CD, mais je crois que les copies ont été rendues à Denny. Je ne suis pas sûr que ce CD-R existe toujours. Je ne l'ai jamais entendu. Ce qui est regrettable, c'est que les deux bobines sources ont été perdues après cela. La bande qui a servi pour le CD qui vient de sortir est une autre bobine que Denny Crockett avait dans ses archives personnelles, mais qui était déjà montée et ne comporte pas toutes les musiques.

    LD. — En 2002, Denny Crockett avait encore la totalité des enregistrements, mais ils sont introuvables aujourd'hui, probablement mis dans des coffres-forts avec d'autres bandes magnétiques de leur compositions d'époque, mais malheureusement mal placées et introuvables maintenant. Il se peut également que ces bandes aient été détruites. On n'a pas de certitude pour l'instant.

    On a longtemps raconté que les enregistrements de cette BO étaient perdus, ce qui était faux. On raconte aussi que les enregistrements de Saban et Levy sont perdus, quel crédit accordez-vous à cette hypothèse ? Quelqu'un de sérieux s'est-il déjà consacré à la recherche de des enregistrements de Saban et Levy ? Seriez-vous prêt à vous lancer dans cette quête ?

    DC. — À part cette copie master conservée chez Denny Crockett (encore une chance !), plus personne ne possède les originaux du côté des ayant-droits (DIC, TMS, Cookie Jar). Quant aux locaux Saban, ils ont été revendus (et donc vidés) l'année dernière. Christophe Renaud (qui a travaillé sur les CD de la collection « Télé 80 ») m'a expliqué qu'il s'était rendu là-bas en personne et qu'il avait pu sauver quelques bandes de la destruction, mais beaucoup étaient inexploitables car trop détériorées (certaines bandes traînaient dans la boue). Tout ce qui restait a probablement été jeté à la poubelle ou brûlé. Donc oui, les enregistrements Saban et Levy d'Ulysse 31 sont probablement perdus, tout comme ceux des Mystérieuses Cités d'Or, malheureusement.

    LD. — C'est vrai que les masters originaux ont disparu : Denny à seulement des copies, pas les originaux. Les originaux pour DIC/TMS/Saban sont vraiment perdus ou détruits ainsi que ceux de Saban/Levy, cela m'a été confirmé. La seule possibilité serait que Haïm Saban ou Shuki Levy, comme Denny Crockett, aient conservé une copie de ces musiques. J'ai déjà essayé de contacter Haïm Saban à ce propos, mais il ne m'a jamais répondu. J'ai également contacté des sociétés liées à Shuki Levy mais hélas, sans aucune réponse de leur part, je suis donc pessimiste pour les morceaux de Saban/Levy

    À combien d'exemplaires le CD a-t-il été pressé ? Combien en avez-vous vendu actuellement ? Êtes-vous satisfait de ce résultat ?

    LD. — Le CD a été fabriqué à 1 000 exemplaires et 400 ont été vendus. Je serai satisfait quand le tirage sera épuisé.


    2. Autres éditions et projets inaboutis

    Que savez-vous du projet de 33 tours de 1981 ?

    LD. — Pas grand chose. Que ce disque des musiques de Denny Crockett et Ike Egan était prévu mais qu'il a ensuite été annulé, peut-être parce-que Saban et Levy ont choisi de sortir un 33 tours de chansons, mais je n'en suis pas certain.

    La bande utilisée pour le CD que vous avez produit correspond-elle au programme prévu pour ce 33 tours ? Sa durée semble supérieure à ce qu'on pouvait faire entrer sur un 30 cm à l'époque.

    LD. — De fait, le 33 tours aurait peut-être duré 40 minutes au maximum et on aurait dû faire une sélection de morceaux à partir de cette « bande promo » car il était impossible de mettre 58 minutes sur un 33 tours.

    Cette pochette de 33 tours, que l'on peut voir sur certains sites de collectionneurs, correspond-elle au disque non paru de 1981 ou bien encore à autre chose ?

    LD. — Je suppose qu'elle correspond au disque qui n'est finalement pas sorti.

    En 2001, le label Loga-Rythme a donnée une version très amateur de cette BO, bricolée à partir de la bande-son des épisodes de la série. Qu'en avez-vous pensé à cette époque ?

    DC. — Disons que ce disque à eu le mérite d'exister. Il y a eu un gros travail de reconstitution dessus. La qualité était pauvre, certes, mais ils ont fait avec ce qu'ils avaient. L'ironie du sort, c'est qu'il est l'une des raisons principales du retard de l'édition de ce nouveau CD (Loga-Rythme ayant obtenu un contrat exclusif avec les ayant-droits, qui courait jusqu'à 2009), et en même temps, il m'a pourtant aidé bien souvent à repiquer les thèmes pour mes réorchestrations. Donc je l'ai à la fois aimé (pour ce qu'il proposait, sans dialogue et peu de bruitage) et détesté (pour son son clair mais relativement pauvre en mono et surtout ses thèmes très incomplets). Il n'empêche que c'est aussi grâce à ce disque que j'ai décidé de réorchestrer et revisiter la BO d'Ulysse 31. Donc, merci Loga-Rythme !

    LD. — Très déçu. J'avais longtemps espéré ce CD. Cette déception a été le déclic pour rechercher la musique originale moi-même.

    Denny Crockett et Ike Egan ont-ils eu connaissance de cette édition à l'époque ?

    DC. — Oui, et je sais qu'ils en ont été déçus. C'est l'une des raisons pour lesquelles Denny Crockett a souhaité superviser une partie du travail et faire confiance à Laurent pour ce nouveau CD.

    LD. — Je les ai informés et leur ai remis un exemplaire du CD de Loga-Rythme. Il faut d'ailleurs savoir qu'ils n'ont pas touché un seul centime sur les ventes de ce disque ! D'après ce que l'on m'a dit, Loga-Rythme à vendu 10 000 exemplaires du CD d'Ulysse 31. Et si vous regardez, vous verrez qu'il a été produit sous licence de Saban. Or Saban n'est pas, techniquement parlant, le propriétaire de la musique de Crockett/Egan : c'est TMS et Radmus Publishing à New York qui possèdent les droits de leur musique, et à ma connaissance Loga-Rythme n'avait pas de contrat avec eux. Donc les revenus, comme en 1981, sont allés encore une fois à Haim Saban et Shuki Levy.


    Est-il vrai que le label allemand Varèse Sarabande a eu le projet de sortir la véritable BO au début de l'année 2007 ?

    DC. — Il paraît, mais je n'ai pas eu de détails à ce sujet.

    LD. — Effectivement, il y a eu des discussions en ce sens, mais ça n'a jamais abouti à cause du problème des droits. À ce moment là, on n'avait pas encore de licences avec les ayants-droit de la musique.

    Avez-vous joué un rôle dans ce projet ? Jusqu'à quel stade d'avancement est-il allé ?

    LD. — Oui, à l'époque j'ai établi le contact initial avec Varèse Sarabande. Le projet n'est allé nulle part, il y a eu uniquement des discussions préliminaires, rien d'autre.

    En mai 2007, sur le site d'Olivier Putschkar, on peut lire : « C'est confirmé : les compositeurs des BGMs ont bel et bien signé en vue d'une sortie CD par le biais de Varèse Sarabande. » Est-ce exact ? Les compositeurs avaient-ils effectivement signé ?

    LD. — Non, pas du tout !

    Il semble que Silva Screen ait également été intéressé, pouvez-vous nous dire à quelle date ? Étiez-vous concerné ?

    LD. — Ils ont effectivement été approchés mais jamais vraiment intéressés car ils croyaient que le disque ne se vendrait pas.

    En janvier 2007, sur un forum consacré à Ulysse 31, un inconnu poste l'annonce suivante :
    Une copie pirate des bandes de Denny Crokett est donc mise en vente à prix d'or… Savez-vous quelque chose à ce sujet ?


    LD. — Christophe était un associé à ce moment-là, et a vendu un bootleg sur le net sans demander mon autorisation. J'ai coupé tout contact avec lui après ce comportement malhonnête de sa part.


    3. La musique d'Ulysse 31 et ses compositeurs

    Denny Crockett a expliqué dans une interview que Ike Egan et lui ont écrit une grande partie de la musique chacun de leur côté. Est-il possible de savoir qui a écrit quoi ?

    LD. — Oui, mais je ne sais pas ça par cœur. Pour exactement savoir qui à écrit quoi, il faudrait consulter un document que j'ai laissé aux USA. Cela ne m'a pas semblé crucial pour le CD.

    DC. — Denny Crockett est pianiste/claviériste et Ike Egan bassiste et guitariste. Je dirais logiquement que Denny a composé les morceaux à prédominance de synthétiseurs et les orchestrations avec du piano, et Ike, les titres orientés rock, mais je n'en suis pas sûr, il faudrait le lui demander directement.

    Savez-vous s'ils ont conservé les partitions de cette musique ?

    DC. — Je n'en sais rien. J'en avais fait la demande à Denny il y a quelques années. Cela m'aurait bien aidé pour les réorchestrations, mais il n'a rien retrouvé.

    LD. — Je pense qu'il faudrait beaucoup de temps pour les retrouver mais que ces partitions existent toujours.

    Est-il possible de retrouver le nom des musiciens ?

    LD. — Bien sûr, assez facile. C'étaient les musiciens qui jouaient avec les frères Osmond pendant la période 1977-1985.

    Officiellement, quatre compositeurs ont contribué à la BO d'Ulysse 31. Savez-vous si d'autres personnes ont été impliquées ?

    DC. — Non, il n'y a pas eu d'autres compositeurs impliqués. C'est déjà beaucoup, quatre personnes pour une BO !

    LD. — En ce qui concerne la BO de Crockett/Egan, personne d'autre n'a été impliqué.


    La bande sonore d'Ulysse 31 comporte un morceau quasiment identique à « The Battle in the Snow » paru sur un disque de MECO en 1980. Comment l'expliquez-vous ?

    DC. — Pour se plonger dans l'ambiance, au début du projet, Denny Crockett et Ike Egan ont démarré leur travail en faisant quelques reprises de Star Wars (« The battle in the snow » de MECO n'est qu'une reprise d'un thème de L'Empire contre-attaque en version disco/funk). Il faut se replacer dans le contexte : en 1980, le deuxième volet de Star Wars cartonne au cinéma, et Jean Chalopin demande aux deux compositeurs de produire une musique épique, rock, orchestrale et électronique pour le futur dessin animé de la DIC, Ulysse 31. Alors je suppose que ce morceau, « The Battle in the Snow » de MECO, devait symboliser ce que Jean Chalopin souhaitait pour la musique d'Ulysse. Denny et Ike en ont donc fait une reprise, « Showdown », en le remaniant un peu (la fin est beaucoup plus rock et plus forte émotionnellement, évoquant plus le conflit et les combats).

    LD. — Ce n'était pas le seul cas. Sur les bandes d'origine, il y avait 3 ou 4 morceaux de la Guerre des étoiles, des reprises en fait. Ces morceaux étaient destinés à mettre les musiciens dans l'ambiance pour composer Ulysse 31, car la partie orchestrale est un peu dans le style de la Guerre des étoiles.

    Pourquoi le morceau est-il absent du CD Expert Music ?

    DC. — MECO a signé une licence avec Lucasfilm pour exploiter son titre. La DIC n'a pas fait le nécessaire pour la version Crockett/Egan, tout simplement parce que le morceau s'est retrouvé par erreur sur le master vidéo, ce qui explique les problèmes juridiques qui ont suivi. Le morceau est interdit de support et d'exploitation commerciale.

    LD. — Ce morceau est tout simplement absent de la bande qui a servi à fabriquer le CD. Cela dit, avant même que cette bande soit découverte, Denny Crockett m'a toujours prévenu qu'il ne fallait pas inclure ce morceau dans une éventuelle sortie de la BO.

    Dans une interview donnée en 2003, Denny Crockett répond qu'il ne connaît pas « The Battle in the Snow » et que la similitude entre les deux morceaux (celui d'Ulysse et celui de MECO) est une pure coïncidence… Qu'en pensez-vous ? Si vous avez évoqué le sujet avec lui, sa position a-t-elle évolué ?

    DC. — Je n'en sais rien. Je ne connais pas cette interview.

    LD. — Personnellement, je suppose qu'il n'a pas bien compris la question à l'époque. Je ne sais pas exactement qui a fait cette interview mais selon moi, il s'agit d'un malentendu car Denny m'a toujours averti de ne jamais inclure ce morceau sur un CD à cause des problèmes de droits, en particulier avec Lucasfilm.

    Est-il possible que Denny Crockett et/ou Ike Egan aient travaillé pour MECO ? Qu'ils soient effectivement les auteurs de la pièce originale ?

    LD. — Non, ils n'ont pas travaillé pour MECO et ne sont pas les auteurs originaux de la pièce. Cette pièce est de MECO sous licence avec Lucasfilm.

    À votre connaissance, existe-t-il des cas similaires (morceaux qui viendraient d'ailleurs) dans la BO d'Ulysse ?

    LD. — Comme j'ai dit précédemment, 3 ou 4 morceaux de MECO inspirés de La Guerre des étoiles ont apparemment été enregistrés par erreur sur le master original. Pour le reste, il y avait des morceaux influencés par la musique des films Flash Gordon et Superman.

    DC. — On leur a demandé de composer une musique pour un dessin animé de science-fiction. Il est normal qu'ils se soient inspirés de Star Wars. Le groupe Queen était également une influence forte lors de la composition des morceaux rock. Cela se sent notamment sur « Victory » et le générique inédit. Cela prouve tout simplement qu'ils ont cherché l'inspiration à partir de ce qu'ils écoutaient, ce qu'ils aimaient.


    4. Vous

    Quel est votre rapport à Ulysse 31 ? au dessin animé en général ?

    DC. — J'adore la série depuis toujours. J'ai eu la chance de la découvrir lors de la toute première diffusion. Elle fait partie des quelques séries qui m'ont marqué à vie, avec Les Mystérieuses Cités d'or, Goldorak et Capitaine Flam.

    LD. — Comme vous, je suis simplement un fan qui a grandi avec Ulysse 31 et comme vous, j'ai beaucoup aimé la musique.

    Quel jugement portez-vous sur la BO d'Ulysse 31 ?

    LD. — Bien que j'aimais également la BO de Capitaine Flam, la BO d'Ulysse 31 est, selon moi, la meilleure des dessins animés de cette période (fin années soixante-dix, début années quatre-vingt).

    DC. — En tant que musicien, je dois dire que le rock/metal progressif est mon style de prédilection, et c'est probablement grâce à cette BO. Le mélange rock/orchestral/électro est très réussi, je trouve. C'est l'une des plus belles musiques de dessin animé produite en son temps.

    Dans la bande-son d'Ulysse 31, que pensez-vous de la cohabitation des musiques de Egan & Crockett avec celle de Saban & Levy ?

    DC. — Les musiques de Saban et Levy apportent un côté plus électronique, mais je perçois plutôt l'œuvre dans sa globalité. Je n'imagine pas Ulysse 31 sans le thème de « Récits et légendes », comme la plupart des fans je suppose.

    LD. — Un style différent mais agréable à écouter ensemble. Une cohabitation réussie.

    Connaissez-vous d'autres travaux de Denny Crockett et/ou Ike Egan dans le domaine musical ? Pouvez-vous nous en parler ?

    DC. — Je dois dire que j'ignore totalement ce qu'ils ont produit à part la BO d'Ulysse. Je sais juste qu'ils ont travaillé au studio Osmond durant des années.

    LD. — Ils ont fait des centaines de musiques pour la télévision ainsi que des films aux États-Unis au début des années quatre-vingt. Et bien sûr, beaucoup de chansons pour les frères Osmond. Bien que je possède plusieurs de ces travaux, ils sont très difficiles à trouver de nos jours, probablement chez des collectionneurs.

    Que pensez-vous des autres BO de Saban et Levy ?

    DC. — La BO des Mystérieuses Cités d'or est un chef d'œuvre, à placer juste derrière celle d'Ulysse selon moi. Je sais qu'ils ont produit aussi beaucoup de génériques connus. Mais je ne suis pas assez connaisseur pour juger du reste de leur œuvre.

    David, pouvez-vous nous dire quelques mots concernant le projet Parallax Ulysses 31 soundtrack revisited ? Où en êtes-vous actuellement ?

    DC. — Le « Soundtrack Revisited », c'est une réinterprétation personnelle de la BO d'Ulysse 31. J'essaie d'y apporter modestement mon savoir-faire, mes influences, afin de mettre l'œuvre en valeur de différentes manières mais surtout sans la dénaturer. C'est une démarche artistique choisie et assumée. Le but, au départ, était de me faire plaisir, en comblant un manque, celui de la BO Crockett/Egan absente de tout support audio. Je me suis pris au jeu au fur et à mesure, et c'est devenu un projet officiel, sous licence, et approuvé par les ayants-droits. Le projet sera bouclé dans quelques mois. Les précommandes démarreront à la fin de l'été.

    Encore quelques petits thèmes à enregistrer, un travail conséquent à faire sur trois titres plus importants, et quelques retouches sur les plus anciens morceaux pour les améliorer un peu. Au total, 31 titres.

    Le livret/digipack est illustré par Benjamin Carré et Jérôme Alquié. Je dois dire qu'ils ont fait un travail vraiment formidable, un véritable écrin pour les musiques ! J'espère que les fans apprécieront le résultat final.

    Quel est votre parcours professionnel et musical ?

    DC. — J'ai fait un peu de clarinette dans l'enfance et j'ai appris la guitare en autodidacte à l'adolescence. Je me suis intéressé très tôt aux techniques d'enregistrements et de mixage, ainsi qu'à la composition et aux arrangements. J'ai passé un DEUG et une licence de musique à la faculté de Poitiers, puis le CAPES d'éducation musicale. Je suis aujourd'hui professeur de musique en collège.

    Merci beaucoup, Laurent et David, d'avoir accepté de répondre à mes questions.

    (Questions et réponses échangées par écrit en juin et juillet 2013.)

    © Hervé Lesage de La Haye, 2013.

    2 commentaires:

    1. merci pour cette interview, j'ai enfin compris cette histoire avec star wars !! lol en tout cas bravo à tous les deux.

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    2. Very interesting. Thank you for posting this.

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