lundi 8 avril 2013

Les Cités d'or changées en plomb

Être amateur d'oeuvres télévisuelles, c'est souffrir. Cette idée s'est imposée à moi depuis une vingtaine d'années, depuis que j'ai vu le dessin animé Les Mondes engloutis massacré par TF1 lors d'une rediffusion, en 1991, et les années n'ont fait que la confirmer. Comme l'avait souligné en son temps feu le Front de libération télévisuelle, la vague montante des séries télévisées, notamment américaines, n'a en aucune façon été accompagnée d'un respect croissant des canaux de diffusion, et principalement des chaînes de télévision, à l'endroit des objets concernés. Episodes tronqués, diffusions dans le désordre, versions françaises édulcorées, images recadrées, ces maux sont devenus une épidémie avec l'avènement de la télévision numérique.

Ici même, j'ai récemment évoqué les avanies qu'a subi le dessin animé Albator le corsaire de l'espace au cours de trente années de vie sur les écrans français. Aujourd'hui, c'est une autre série animée, guère malmenée jusqu'ici, qui subit un véritable massacre — Les Mystérieuses cités d'or .

Co-production franco-japonaise de prestige, diffusée en France à partir de 1983, Les Mystérieuses cités d'or est peut-être la plus extraordinaire série animée de son temps, extraordinaire par les qualités de son scénario (qui a l'audace d'introduire des éléments de science-fiction dans un récit d'aventures historiques situées au XVIe siècle), et atypique à la fois dans sa structure (structure de la série, feuilletonnante, et structure de chaque épisode, qui inclut un résumé des épisodes précédents, une annonce de l'épisode suivant et un documentaire pédagogique en prise de vues réelles) et dans son mode de production (projet japonais sur lequel sont intervenus en cours de route le Français Jean Chalopin et son équipe).

Maintes fois rediffusée, la série a connu un destin vidéo similaire à celui d'Albator le corsaire de l'espace : parution en cassettes VHS vendues à l'unité chez AK vidéo à partir de 1996, puis sortie en DVD (sous l'étiquette AK Vidéo pour le circuit spécialisé, sous étiquette Sony pour le circuit généraliste), et innombrables rééditions et repackagings DVD au cours des années 2000. Ces différentes éditions n'ont jamais proposé autre chose qu'une image vieillie et la seule version française. Pour la première édition DVD, AK Vidéo n'avait d'ailleurs pas hésité à revendiquer le choix d'une résolution inférieure à la résolution standard du DVD, pour tenter de dissimuler les défauts de l'image.

En 2008, l'éditeur vidéo Kaze propose une réédition qui s'annonce comme haut de gamme, avec une image restaurée et un packaging luxueux. Mais le contenu reste proche des éditions précédentes : l'image a certes été améliorée, mais reste issue d'un master vidéo et non des films 16 mm d'origine. En 2013, Kaze annonce avec fracas ce qui pouvait constituer un événement considérable dans le monde de l'édition vidéo : la parution des Mystérieuses cités d'or sur support Blu-Ray, donc en haute définition, et partant des masters 16 mm. Pour la première fois, une série animée de l'âge d'or allait connaître les faveurs de ce nouveau support et, peut-être, en magnifier les qualités graphiques tout en consacrant le Blu-Ray comme le lieu possible de la redécouverte de tout un patrimoine télévisuel auquel le DVD n'a jamais vraiment rendu justice.

Puis Kaze a dévoilé une bande-annonce qui a laissé pour le moins perplexe. Enfin, le produit a été expédié à la presse et commercialisé. Il a fallu se rendre à l'évidence : en fait de coup d'essai, ce coffret Blu-Ray est un coup d'épée dans l'eau et une trahison.

Une trahison, parce que cette édition a été fabriquée à partir du même master que les DVD déjà connus, et non à partir des films 16 mm d'origine. Il n'y a donc aucun gain en terme de qualité d'image. Pire, afin d'exploiter malgré tout les possibilités du support et de vendre le produit sous l'estampille "haute définition", les alchimistes de chez Kaze ont fait subir à l'image un traitement destiné à la lisser, à la rendre plus propre, à lui donner l'apparence de la restauration. Le résultat, consternant, est la disparition de nombreux détails : côté personnages, les aplats de couleur tendent à ronger les traits de contour, et côté décors, beaucoup de petits éléments tendent à se dissoudre. Les documentaires de fin d'épisodes, eux, sont à ce point dégradés par ce traitement que l'image évoque plus la rotscopie ou la photo peinte. Détail ridicule ultime : le logo qui porte le titre de la série dans le générique d'ouverture a été refait et grossièrement collé par-dessus l'ancien, bricolage honteux qui n'aurait de toute façon pas été nécessaire si le master utilisé avait été de qualité.

DVD Sony (2000). Blu-Ray Kaze (2013). Les rais de pluie ont quasiment disparu, les traits du manteau également, ainsi que la texture du décor (la surface du mur et des planches de bois a été polie).

Un coup d'épée dans l'eau, parce que ce qui aurait pu constituer la tête de pont d'une réédition de séries animées contemporaines des Mystérieuses cités d'or dans un format haute définition est un objet éditorial d'une telle médiocrité que l'on ne peut lui souhaiter qu'une chose : qu'il passe inaperçu. En d'autres lieux, en d'autres temps, j'ai fustigé l'amateurisme qui présidait à l'édition de certaines bandes originales de dessins animés sur CD, mettant dans le même sac les éditeurs vidéo de l'époque (qui étaient les mêmes que les éditeurs de CD). Près de douze années ont passé, le pouvoir a en partie changé de mains, mais l'incompétence demeure et progresse même.

Les défauts de cette regrettable édition Blu-Ray ont principalement été pointés sur les forums ainsi que dans les commentaires d'Amazon ; à l'heure actuelle les critiques un peu plus institutionnelles font preuve d'une relative discrétion. Fait remarquable, toutefois, le magazine spécialisé AnimeLand, qui année après année a élevé l'art de ménager la chèvre et le chou au rang de discipline olympique, attribue à ce coffret une note globale inférieure à celle que recevait l'édition DVD Kaze de 2008, et précise sobrement que « les contours des traits ont été comme grignotés » et que « lorsque des personnages sont à l'arrière plan » ils en deviennent « presque flous ».
Blu-Ray Kaze (2013). Les visages des personnages sont comme gommés.
Blu-Ray Kaze (2013). Peut-être l'élément le plus surréaliste de cette "restauration" : les documentaires de fin d'épisode, qui ressemblent maintenant... à du dessin animé. Valse avec Bachir n'est pas loin.

Le fiasco de Kaze, sur cette édition, du reste, ne me surprend qu'en partie. Je n'oublie pas qu'en 2009, lors d'une réédition des Mondes engloutis en DVD, cet éditeur n'avait pas hésité à illustrer le menu du DVD par une musique directement récupérée... sur mon propre site web. Il faut dire que l'extrait en question (la face B du 45 tours des Mondes engloutis) est tiré d'un morceau jamais paru en CD ; je peux comprendre que Kaze ait eu du mal à se le procurer. On comprend moins bien que le concepteur du DVD se soit contenté d'un affreux MP3 bricolé par moi il y a plus de dix ans avec du mauvais matériel à partir d'une mauvaise numérisation du 45 tours ; il aurait suffit de m'envoyer un email pour se procurer une version bien meilleure, que j'ai acquise entre temps mais pas ajoutée à mon site. Mais non : précipitation, ignorance, goût de la facilité, choix de la discrétion pour ne pas payer de droits ? Kaze s'est contenté de ça, qui reste largement digne des menus que cette musique illustre, au demeurant.

Que peut-on plaider, aujourd'hui ? La cause des Mystérieuses cités d'or semble entendue : dix années passeront sans doute avant que voie le jour un nouveau transfert enfin issu des films 16 mm d'origine. D'autres séries, d'un rayonnement comparable, mériteraient évidemment de connaître les honneurs de la haute définition à partir des pellicules de jadis. Mais qui, pour s'y risquer, et investir dans un travail de qualité ? Aujourd'hui, personne, assurément.

En ce mois d'avril 2013 commence sur TF1 la diffusion d'une suite aux Mystérieuses cités d'or. Je pourrais évidemment dire ce que je pense et du projet, et de ce que j'en ai vu jusqu'ici... mais je vais m'abstenir.

© Hervé Lesage de La Haye, 2013.

Source
Captures d'écran : http://www.catsuka.com/interf/forum/viewtopic.php?f=1&t=7028&start=584

Post-scriptum

Beaucoup de choses ont été publiées sur Les Mystérieuses cités d'or, mais peu de contributions ont su éclairer les conditions de production de cette série, opacifiées par un générique français largement incomplet, sinon fantaisiste. Je ne saurais trop recommander la lecture du blog suivant, hélas anonyme, où pour la première fois justice est rendue aux véritables scénaristes et réalisateurs japonais de la série, et où sont décortiquées les principales différences entre le doublage français et la version originale japonaise, tant dans le dialogue, avec son lot d'erreurs de traduction, que dans l'utilisation de la musique et des bruitages. L'ensemble est tout simplement passionnant.
http://estebantaozia.blogspot.fr/

jeudi 21 mars 2013

La playlist du décompositeur, n° 1

Pot pourri • Chostakovitch • Cités d'or • Dents de la mer • Grieg • Haneda • Iron Maiden • Mondes engloutis • Pink Floyd • Prokoviev • Sheller


Cela fait longtemps que j'y songeais, sans trop savoir comment construire la chose ni la présenter. Pour le contenu, en revanche, les idées étaient là : vingt ans ont passé depuis que j'ai bricolé mes premières compilations musicales sur cassettes audio pour certains amis — le désir de partager et faire découvrir est intact. Aujourd'hui, la technologie me permet de recommencer.

Il y a donc, bien sûr, de la musique à écouter. À l'aveugle, ou presque : un titre, un genre, rien de plus. Et une liste de mots-clefs (des noms de compositeurs, des titres de films, de dessins animés…) qui permettent de situer les contrées où l'on s'aventure.

Ensuite, si vous le souhaitez, il y a mes petites notices bavardes. Au temps des cassettes, j'en écrivais déjà, d'abondantes. Ici j'ai tenté de me restreindre ; mais pour être sûr de ne pas vous assommer ou (pire) vous dissuader de vous plonger dans l'écoute, ces notices sont dissimulées. À vous de choisir à quel moment vous souhaitez les découvrir et (éventuellement) les lire. Mon conseil serait : après la première écoute. Mais jamais est possible également.

En fin de compte, le plus long aura été la résolution des points techniques soulevés par cette rubrique (trouver un lecteur convivial pour l'écoute des morceaux, trouver un script permettant de masquer les notices, construire la page). Je tiens à remercier Sylvain Chabert pour son aide toujours précieuse.

Une dernière chose : ces morceaux ne sont pas destinés au téléchargement. Je compte sur vous pour n'en faire aucun usage contraire à la loi. Ils sont en ligne de façon temporaire, jusqu'à la prochaine édition de cette liste d'écoute.

Faites-vous plaisir, et à bientôt.


1. Toccata Afficher/masquer la notice
2. Découverte de l'Orca Afficher/masquer la notice
3. Vers le nouveau monde Afficher/masquer la notice
4. Prinsessen Afficher/masquer la notice
5. Le Grand Héritage Afficher/masquer la notice
6. La Salle de commande Afficher/masquer la notice
7. Introduction & danse Afficher/masquer la notice
8. Cantilène Afficher/masquer la notice
9. Interstellar Overdrive Afficher/masquer la notice
10. Remember Tomorrow Afficher/masquer la notice

mardi 5 mars 2013

Les sept morts d'Albator

En janvier 1980, la série animée Albator le corsaire de l'espace (宇宙海賊キャプテンハーロック, Uchû Kaizoku Captain Harlock, 1978) commence à être diffusée en France. Immédiatement, elle fait l'événement et devient, à égalité avec Goldorak, Candy et Capitaine Flam, emblématique du succès remporté par le dessin animé japonais sur le petit écran de la télévision publique hexagonale, succès qui alimente toutes les polémiques (par voie de presse, on fera à ces dessins animés le procès tantôt de la niaiserie, tantôt du facisme).

Albator est sans doute à la fois la meilleure et la plus intéressante série de cette tétrade. Son réalisateur, Rintaro, s'illustrera vingt ans plus tard en signant l'excellent long-métrage animé Metropolis (2001), d'après Tezuka. Mais lorsque la série arrive en France, elle passe dans plusieurs moulinettes, celle de la censure (qui peut se discuter) et celle de la bêtise (contre laquelle on ne peut rien).

Première mort

Plan censuré de l'épisode 30
En 1980, Albator le corsaire de l'espace est diffusé dans le cadre d'une émission destinée à la jeunesse, Récré A2. La tranche d'âge visée par l'émission est large mais même pour les spectateurs les plus âgés, la télévision a mission de service public et cela implique un contrat implicite avec les parents : quand vous les laisserez devant cette émission, vos enfants ne verront rien que vous puissiez considérer comme choquant — ni images violentes, ni propos graveleux, ni scènes à connotations sexuelles. Par précaution, il pouvait donc arriver que l'on rabote un peu ce qui pouvait donner lieu à discussion, et sans doute le débat sur la violence dans Goldorak a-t-il contribué à cette relative prudence. Albator le corsaire de l'espace n'a donc pas été diffusé dans son intégralité mais avec un certain nombre de coupes, souvent brèves, portant généralement sur des images de mort violentes (mais pas uniquement), ou sur des éléments pour lesquels il est difficile de trouver une explication. C'est la première mutilation de l'œuvre, la première mort d'Albator.

Deuxième mort

À la censure (que l'on peut justifier) s'ajouter la bêtise quand, sans doute pour des raisons rien moins que vénales, un compositeur réussit à convaincre le diffuseur de refaire toute la bande-son du dessin animé en remplaçant les musiques japonaises par des compositions de son cru. Pour le diffuseur, ça ne change rien. Pour l'auteur des musiques françaises, c'est le jackpot puisqu'à chaque épisode diffusé, des droits tombent ! Et pour que ce tour de passe-passe soit le plus rentable possible, il suffit de s'y mettre à trois, d'écrire un petit stock de musiques en quelques jours (quelques heures ?…), d'enregistrer tout ça à la va-vite et de retourner à ses petites affaires en attendant de recevoir le premier chèque.

La BO française d'Albator
est sortie en CD en 1998.
Je grossis le trait ? Peut-être. Pourtant, la bande-son française d'Albator le corsaire de l'espace est un véritable naufrage musical, le sabordage pur et simple d'une grande série. À la partition ample et inventive de Seiji Yokoyama, nos trois Français substituent quelques feuillets d'une indigence et d'une tristesse qui a pu échapper au jeune spectateur d'alors mais que l'on ne peut plus ignorer aujourd'hui.

Les coupables de ce crime esthétique se nomment Éric Charden, Guy Matéoni, et Caravelli. Que la chanson du générique, du même Charden (sur un texte co-écrit avec Didier Barbelivien), soit restée gravée dans beaucoup de mémoires au point de devenir culte, loin d'excuser l'entreprise, la rend plus scandaleuse encore.

En avril 2012, lorsque Éric Charden décède, les nombreux fans de dessins animés qui lui ont rendu hommage ont pudiquement omis de rappeler qu'il s'était ainsi rendu complice du plus grand massacre musical de l'histoire du dessin animé. Tué par la nullité musicale, c'est la seconde mort d'Albator.

Troisième mort

De façon assez incompréhensible, la série, en dépit d'un succès qui élève son héros au rang de mythe, tombe aux oubliettes : pour assister à sa première rediffusion, il faut attendre sept ans (M6, 1987) et pour la suivante, quinze ans de plus (France 3, 2002). De leur côté, Goldorak, Candy et Capitaine Flam sont maintes fois rediffusés et dix ans après leurs débuts, servent encore de locomotives au démarrage du Club Dorothée lorsqu'en 1988, une TF1 nouvellement privatisée lance une razzia sur le public jeunesse en proposant une grille de programmes démultipliée destinée à tuer la concurrence. Albator, lui, hormis une seconde série (Albator 84) inférieure à l'originale, disparaît des écrans. C'est sa troisième mort.

Quatrième mort

En 1997, le jeune éditeur AK vidéo, fort du succès remporté par l'édition en cassettes VHS des séries animées Cobra et Les Mystérieuses cités d'or, tente un coup hasardeux en proposant une première cassette d'Albator le corsaire de l'espace… en version originale sous-titrée. Pour la première fois, le spectateur français accède à l'œuvre de Rintaro et Matsumoto sous sa forme originelle, avec sa partition musicale japonaise. Mais le fan français, jeune trentenaire qui rêve de ranger dans sa vidéothèque ses souvenirs de jeune spectateur, est sans doute déconcerté, car Albator en VO, ce n'est pas le même dessin animé ; la mémoire fixe au moins autant les voix des personnages que leur présence physique à l'écran. Après 4 volumes parus, AK interrompt la collection. Il faudra attendre quinze années pour que cette version originale soit à nouveau proposée au public français. Albator qu'on a cru voir ressucité vivait sa quatrième mort.

Cinquième mort

Un an plus tard, AK vidéo corrige le tir et propose, toujours à l'unité, les premières cassette d'Albator le corsaire de l'espace en version française. Le succès est évidemment au rendez-vous (au point que l'éditeur publiera peu après la série Albator 84), la version française d'Albator (avec ses coupes et sa musique indigente) renaît. Elle verra assez vite les honneurs d'une intégrale en coffrets. Pour l'occasion, les épisodes qui n'avaient jamais été diffusés à la télévision sont doublés et Éric Charden commet un nouveau générique que je m'abstiendrai de commenter. C'est la cinquième mort d'Albator.

L'extraordinaire édition DVD tronquée

Sixième mort

En 2000, AK vidéo propose l'intégrale de la série en DVD. La technologie a évolué plus vite que l'offre éditoriale : les DVD contiennent exactement la même chose que les cassettes, c'est-à-dire la version française et rien de plus. Sony, sous un packaging différent, propose un coffret DVD au contenu identique, vendu dans les grandes surfaces et les enseignes non spécialisées. Pendant les onze années qui suivent, cette version sera à maintes reprises servie, resservie, repackagée, remasterisée, repackagée de nouveau, au point que l'éditeur lui-même ne s'y retrouve plus et met en vente, en 2008, une édition DVD tronquée où les sept derniers épisodes sont oubliés par erreur. C'est la sixième mort d'Albator.

Septième mort

Plan censuré de l'épisode 36
En octobre 2012, TF1 vidéo propose une nouvelle édition DVD censée faire date, qui contient l'intégrale de la série dans sa version française et sa version originale sous-titrée. La fièvre s'empare de l'amateur : enfin, les scènes coupées ou raccourcies depuis 1980 seront là ! Mais les espoirs sont immédiatement déçus. Oui, le coffret propose l'intégralité de la série en VF et VOST. Mais non, la VO n'est pas intégrale : les coupes effectuées en 1980 sont présentes sur la version originale. Pourquoi ? sans doute parce que les masters fournis par le producteur japonais pour l'édition DVD sont les mêmes que ceux fournis à la télévision française en 1979, et que ces coupes ont été effectuées par lui pour adapter la série aux demandes du client français. Paradoxe ? au même moment, la série était diffusée au Québec, en langue française donc, et sans aucune censure. À quel moment et par qui les coupes ont-elles été effectuées, c'est un mystère qui demeure, mais quand on sait que la série a bénéficié, au Japon, d'une édition DVD impeccable qu'il aurait suffi de sous-titrer, on enrage. En 2012, on peut enfin choisir entre la soupe chardenienne et la symphonie de Seiji Yokoyama, mais voir à l'écran ce chaste baiser échangé par Albator et Jasmine, il ne faut pas y songer. In memoriam.

© Hervé Lesage de La Haye, 2013.

Sources
Plans censurés : http://captainherlock.free.fr/index.php?page=24
Jaquettes VHS : http://www.luniversdetochiro.com/vhs_detail.php?s=3

samedi 28 juillet 2012

Publication : les intermèdes musicaux dans Les Mondes engloutis


C’est avec un peu de retard que j’ai appris la parution, au printemps 2012, de mon tout premier article, intitulé « Les Intermèdes musicaux dans Les Mondes engloutis ».

On peut le trouver dans le numéro spécial de la revue universitaire Inter-lignes qui contient les actes du colloque Le dessin animé ou les métamorphoses du réel, auquel j’avais participé en avril 2011.

Voici, en trois langues, le résumé de cet article.
Série de dessins animés pour la jeunesse conçue par Nina Wolmark, Les Mondes engloutis se distingue notamment par l’emploi d’intermèdes musicaux récurrents, qui remplissent des fonctions narratives importantes. Leur apparition souligne l’originalité graphique et scénaristique de la série, aventure de science-fiction où sont importés des personnages de cartoon, qui incarnent une satire du monde contemporain.
Spartakus and the Sun Beneath the Sea is a French animated series created by Nina Wolmark. It is made particularly original by the presence of recurring musical interludes with important narrative functions. Their appearance underlines the innovative writing and the graphic originality of the series, which mixes science fiction adventures with satirical cartoon characters alluding to the contemporary world.
Serie de dibujos animados para la juventud y concebida por Nina Wolmark, Espartaco y el sol bajo el mar se distingue sobre todo por el empleo de intermedios musicales recurrentes, que tienen funciones narrativas importantes. Su apparición subraya la originalidad gráfica y del guión de la serie, aventura de ciencia ficción en la que intervienen personajes de cartoon, quienes encarnan una sátira del mundo contemporaneo.

Hervé de La Haye

vendredi 29 juin 2012

La Fnac se suicide dans le métro


Dans les couloirs du métro, on voit en ce moment-même une extraordinaire campagne publicitaire pour la Fnac, où un jeune consommateur de loisirs numériques clame « la Fnac la plus proche de chez moi ? chez moi ». La messe est dite : la Fnac n’a plus besoin de ses vendeurs, libraires, disquaires, et leur adresse un bras d’honneur qui s’affiche gaillardement dans l’espace public. Le client est invité à rester chez lui, et les salariés de la Fnac à peuvent aller se pendre. La Fnac, bientôt, ce sera un réseau d’entrepôts avec un site Internet autour. Soit.

Moi qui ai beaucoup pratiqué la Fnac pendant une quinzaine d’années, de 1992 à 2007, il y a de toute façon longtemps que j’achète en ligne la plupart de mes livres et de mes disques — mais certes pas sur Fnac.com, dont le moteur de recherche a probablement été conçu par un cancéreux en phase terminale qui voulait faire une bonne blague au monde des vivants (ç’a marché, je ris à chaque fois que je tente une recherche sur le site). Et quand je veux éprouver à nouveau le grand frisson, fouiller dans des bacs ou rêver devant des étagères, je préfère hanter la Chaumière à musique ou les librairies d’occasion que les allées des Fnac parisiennes encombrées de CD et de DVD en promotion au point que c’en est indécent autant que mortifère. Toutefois, il m’est encore arrivé à deux reprises, en cette année 2012, de mettre un pied à la Fnac.

La première fois, c’était en mars dernier, j’avais été surpris de n’y point trouver le coffret 1 de la série Téléchat, paru quelques jours plus tôt, parution que je considérais sans doute naïvement comme un événement. Je suis rentré chez moi et j’ai passé une commande sur un site marchand.

La deuxième fois, c’était ce matin même, et j’ai été surpris de trouver, quatre mois après sa sortie, le coffret 1 de la série Téléchat fort bien mis en valeur. Mais aucune trace, en revanche, du coffret 2 qui est sorti il y a quelques jours… Je sais donc ce qu’il me reste à faire.

Une chose est sûre : en 2012, la Fnac la plus proche de chez moi s’appelle Amazon.

Hervé de La Haye

samedi 21 avril 2012

Retour sur Retour vers le futur

Mercredi 18 avril 2012, j’ai eu le plaisir d’être invité sur la webradio Silicon Maniacs pour participer à l’émission Very Serious Geek, qui se propose de prendre la culture geek au sérieux.

Autour de Denis-Quentin Bruet, animateur de l’émission, Simon Bréan, une fan et moi-même avons pendant un peu plus d’une heure évoqué le film Retour vers le futur pour en proposer un décryptage.

L’émission est évidemment écoutable, téléchargeable, podcastable.

(Onze années s’étaient écoulées depuis ma précédente incursion sur les ondes — l’exercice du direct est toujours aussi périlleux !)

mardi 27 septembre 2011

Jeanne-A Debats, Plaguers

Futur proche, quelque part en banlieue de Paris. Un matin de septembre, Quentin passe les portes d’une institution qui accueille les adolescents affectés de la « plaie », dont il devient pensionnaire. Comme la farouche Illya qui arrive le même jour que lui, comme Fred et Leila qui les accueillent, Quentin est un mutant. Un monstre, condamné à vivre à l’écart du reste du monde. Chacun souffre d’un mal différent, chacun a son pouvoir, qu’il faut apprendre à contrôler, à apprivoiser ; dans cette communauté de déviants, le jeune homme trouve progressivement sa place mais apprend également que sa métamorphose n’est pas terminée. Le retour parmi les hommes, sur cette terre ravagée, empoisonnée qui est la nôtre, ne sera jamais possible. Quentin apprend à l’accepter. Mais de son côté, Illya rejette avec colère la terrifiante transformation physique qu’elle est condamnée à subir et se révolte, jusqu’à mettre en péril sa vie même.

Jeanne-A Debats, auteur de nouvelles remarquées, livre dans ce premier grand roman une fable à la fois amère et optimiste sur l’adolescence, qu’on lit l’estomac noué par l’émotion, et se place d’emblée comme l’un des écrivains français les plus talentueux dans le domaine de la science-fiction.

Jeanne-A Debats, Plaguers, L’Atalante, 2010.

 
© Hervé Lesage de La Haye, septembre 2011.